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Publié par Gaia - Dreuz le 17 décembre 2018

Plusieurs États américains ont adopté des lois rendant obligatoire l’affichage de la devise nationale, « En Dieu nous croyons », dans les écoles publiques.

Cette mesure suscite la controverse, sur fond de séparation des Églises et de l’État.

Les partisans et adversaires de la séparation des Églises et de l’État aux États-Unis ont un nouveau champ de bataille : les écoles. Ces derniers mois, plusieurs États de la « Bible Belt » dans le sud du pays (Louisiane, Arkansas, Tennessee, Floride, Alabama et Arizona) ont adopté des lois requérant ou autorisant l’affichage de la devise nationale « In God We Trust » (« En Dieu nous croyons ») ou d’autres références religieuses dans les écoles publiques. Des lois ou régalements similaires sont en cours d’examen dans au moins cinq autres États.

L’État de l’Alabama, lui, est allé encore plus loin. Après un référendum organisé lors des élections de mi-mandat en novembre, les électeurs ont largement approuvé une mesure qui autorise l’affichage des Dix commandements dans les lieux publics, dont les établissements scolaires.

Des terres à conquérir

« Les écoles publiques sont des terres à conquérir pour les chrétiens conservateurs. Le système public scolarise près de 90 % des jeunes Américains, rappelle Robert Boston, porte-parole d’Americans United for Separation of Church and State, une association qui milite pour la neutralité de l’État. Les écoles ne sont pas des lieux de culte ou des espaces privés. »

Ce n’est pas la première fois que les écoles suscitent un bras de fer entre la droite « religieuse » et les partisans de la laïcité. Dans les années 1940, la Cour suprême des États-Unis a dû se prononcer sur plusieurs cas relatifs à la récitation dans l’enceinte scolaire du traditionnel Serment d’allégeance au drapeau, un court texte patriotique dont la première version a été écrite à la fin du XIXe siècle par le pasteur Francis Bellamy. Celui-ci comprend les mots : « Une nation, sous Dieu, indivisible. » La référence a purement et simplement été retirée du texte dit par les élèves jusqu’en 1954, au motif qu’il contrevenait à la liberté de conscience protégée par la Constitution américaine.

Depuis les années 1980, les juges de la Haute cour ont également été saisis de plusieurs affaires controversées sur l’éducation religieuse dans les écoles publiques ou l’installation de symboles religieux ou de textes sacrés dans l’enceinte des établissements.

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Renforcement du patriotisme

Pour Robert Boston et d’autres organisations impliquées dans la défense de la séparation des Églises et de l’État, la multiplication récente de lois sur la devise dans les écoles correspond à un « effort coordonné » de plusieurs groupes chrétiens pour promouvoir la religion dans l’espace public. Ils soulignent notamment le rôle de l’influente Congressional Prayer Caucus Foundation (CPCF), un rassemblement d’élus qui militent pour l’expansion des libertés religieuses. Sollicitée par La Croix, la CPCF n’a pas souhaité donner son point de vue.

« La droite religieuse sent que le pays est en train de changer. Il est de moins en moins chrétien. L’inscription de la devise dans les écoles est une manière symbolique de combattre ces évolutions », analyse Robert Boston.

Les partisans de la mesure mettent en avant des arguments divers, allant de la reconnaissance de l’héritage culturel américain au renforcement du patriotisme, en passant par la nécessité de « combattre l’usage répandu de la drogue (…) et la violence grandissante dans nos écoles ». Ce dernier argument a été utilisé par Brandon Reed, le député de l’État du Kentucky à l’origine d’une proposition de loi visant à faire afficher, dès la rentrée, la devise dans « des endroits proéminents » au sein des écoles primaires et des collèges de cet État républicain.

Une devise « sans dimension religieuse »

En Floride, où une loi rendant l’inscription de la devise obligatoire a été promulguée par le gouverneur en mars, la députée démocrate qui l’a proposée a affirmé que les « écoles avaient plus que jamais besoin de lumière » après la fusillade dans le lycée Marjory Stoneman Douglas, à Parkland, qui a fait 17 morts en février 2018. L’élue est aussi pasteur évangélique.

Ces lois ont peu de chance d’être invalidées par la justice. Celle-ci a souvent réaffirmé la validité de la devise nationale, déjà présente sur la monnaie et dans plusieurs lieux publics. En mai 2014, un tribunal fédéral d’appel a jugé que son utilisation sur les billets ou les pièces n’avait « pas de dimension religieuse ».

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Dieu dans la Constitution américaine

1791. Ratification du 1er amendement de la Constitution qui stipule que « le Congrès n’adoptera aucune loi relative à l’établissement d’une religion, ou à l’interdiction de son libre exercice ». La notion de séparation des Églises et de l’État n’est pas explicitement évoquée.

1864. La devise « En Dieu nous croyons » apparaît sur la monnaie.

1956. Elle devient la devise nationale officielle des États-Unis.

1970. Première attaque en justice contre la devise sur la monnaie. La justice fédérale rejette la plainte jugeant que son emploi « n’a rien à voir avec l’établissement d’une religion » d’État.

2001. Le gouverneur du Mississippi promulgue une loi requérant qu’elle soit affichée dans toutes les salles de classes des écoles publiques. Une première.

2018. Au moins huit États américains autorisent ou obligent les écoles publiques à afficher la devise ou d’autres références religieuses officielles.

Source : Lacroix

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