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Publié par Gaia - Dreuz le 18 décembre 2018

Voilà comment on installe la terreur du Bronx à Paris.

Depuis quelque temps, les vendeurs de drogue dure proposeraient des produits gratuitement pour rendre les exilés dépendants. Et élargir leur clientèle dans le nord de Paris.

C’est un drame qui s’ajoute au drame, la misère à la misère. Qui s’ajoute aussi à la condamnation, par le Conseil d’Etat en novembre dernier, de la Ville de Paris pour « carences fautives » dans un XVIIIe arrondissement que beaucoup jugent abandonné. Depuis le début du mois de décembre, plusieurs associations qui organisent des maraudes auprès des migrants du nord de Paris constatent que de nombreux exilés sont devenus la proie des dealers de crack.

Cette situation avait déjà été dénoncée avant l’été par le collectif Solidarité Migrants Wilson, qui avait suspendu ses distributions alimentaires, notamment devant l’afflux de toxicomanes qui se mêlaient, parfois avec violence, aux migrants.

Depuis, le phénomène semble s’être amplifié. Dès le 4 décembre, l’association Utopia 56 lançait un appel aux pouvoirs publics. « Sur le terrain, beaucoup s’inquiètent de la recrudescence de la consommation de drogue dure chez des migrants dormant dans des camps du quartier de la porte de la Chapelle (XVIIIe). Des dealers distribueraient des doses gratuites de crack pour les rendre dépendants à cette substance, puissant dérivé de la cocaïne. Il est temps, assène Utopia 56, que soit mise en place une véritable politique d’accueil pour les exilés abandonnés à la dureté de la rue. C’est toute une jeunesse qui est entraînée dans un cercle vicieux, alors qu’elle a traversé une partie du monde dans l’espoir d’une vie meilleure. »

«C’est une catastrophe»

Porte de la Chapelle, ils sont près de 200 migrants en errance, à deux pas de la sinistre « colline au crack », ce terrain vague spot parisien le plus important de deal et de consommation de la « drogue du pauvre », où survivent une centaine de toxicomanes, sous la haute surveillance de dealers. Évacuée au mois de juin dernier, la colline s’est presque immédiatement reconstituée. Et les migrants, isolés et abandonnés à leur sort, sont pour les trafiquants une clientèle de choix.

« Il s’opère une vraie porosité entre ces deux mondes : les exilés, d’une part, les toxicomanes, de l’autre, détaille un bénévole. Il n’est pas rare maintenant de croiser des migrants devenus totalement dépendants. Et désormais contraints à payer les doses dont ils ont besoin sur leurs pauvres deniers. C’est une catastrophe et nous sommes impuissants face à cela. On retrouve des gens qu’on connaissait dans des états incroyables… Et nous n’avons pas les outils pour faire face… »

Pierre Leyrit, le président de Coordination toxicomanies, est un fin observateur du phénomène, détecté il y a déjà une vingtaine d’années à Francfort, en Allemagne : « Dans ce compagnonnage de la misère, les dealers comprennent très vite leur intérêt commercial. Et deviennent dominants. Ils proposent d’abord des produits d’appel, gratuitement, puis une fois les clients devenus dépendants, font payer les doses au prix fort. Une manière d’augmenter la surface économique du squat de la colline avec ces gens en détresse, qui ne voient ni avenir, ni solutions. »

La ville de paris va renforcer les maraudes

Après l’appel commun « solennel », lancé début décembre par les maires (PS) des XVIIIe et XIXe arrondissements, Éric Lejoindre et François Dagnaud, la Ville annonce une série de réunions et mesures concernant la prise en charge des exilés.

Notamment « dès la semaine prochaine, pour faire le point sur l’évolution de la situation et la mise en œuvre de différentes actions, dont le renforcement des maraudes inscrites au Plan d’action de la Ville pour une politique de réduction des risques et dommages ». « Par ailleurs, poursuit-on à l’Hôtel de Ville, le dernier Conseil de Paris a voté une première délibération pour augmenter les moyens alloués aux associations de 300 000 €. Mais, assure-t-on, le phénomène de consommation de crack par les migrants reste assez marginal selon les maraudes de la Ville, qui restent très vigilantes. » La préfecture de police et l’Agence régionale de santé (ARS) sont également mobilisées pour tenter d’endiguer ce nouveau phénomène.

« Nous demandons surtout la reprise des opérations de mise à l’abri par l’État, lance encore Éric Lejoindre. De la porte de Clignancourt, à celle d’Aubervilliers en passant par les coins et recoins des rues, il y a des tentes partout. On ne peut pas continuer ainsi. C’est non seulement invivable pour les migrants mais aussi pour les habitants de ces quartiers. Migrants comme riverains ont besoin de dignité dans l’accueil et dans la vie de tous les jours. J’ai rendez-vous cette semaine avec Dominique Versini (NDLR : l’adjointe en charge des réfugiés notamment) pour trouver des solutions. »

Source : Leparisien

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