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Publié par Gaia - Dreuz le 19 décembre 2018

Des réfugiés arabes arrivés à Berlin depuis 2015 sont devenus une cible du recrutement de clans criminels d’origine libanaise, une évolution qui inquiète les autorités, déjà accusées d’avoir sous-estimé ces groupes aux méthodes souvent spectaculaires.

Ces organisations familiales criminelles « cherchent à faire faire le sale travail par d’autres » comme la vente de drogues ou des petits cambriolages, explique Benjamin Jendro, du syndicat de la police GDP.

Beaucoup de ces réfugiés sont « des hommes arrivés seuls en Allemagne » et qui « n’ont pas encore eu affaire à la justice. S’ils sont pris, ils n’iront pas en prison », poursuit-il.

Plus d’un million de réfugiés, pour beaucoup arabophones, sont arrivés en Allemagne depuis 2015 sans en parler la langue, et en quête d’un emploi pour subvenir à leurs besoins.

Ces demandeurs d’asile constituent un vivier de recrutement presque sur mesure pour des clans familiaux eux-mêmes arrivés du Liban sans argent trois décennies plus tôt.

« Ce sont avant tout les hommes jeunes et forts physiquement qui sont dans le viseur des clans », explique aussi un enquêteur sous couvert d’anonymat au journal Die Welt.

Les « clans arabes », comme les surnomme la presse en Allemagne, se sont illustrés par leur audace, multipliant les casses téméraires, les meurtres commandités ou les démonstrations de force. Les premières pages des journaux locaux en sont régulièrement remplies.

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« Digne de la mafia »

Le 13 septembre, quelque 2.000 personnes, pour l’essentiel des hommes, se sont retrouvées dans le carré musulman d’un cimetière de Berlin pour rendre un dernier hommage à Nidal Rabih. Ce délinquant multirécidiviste de 36 ans avait été tué de huit balles le dimanche précédent près d’un parc très fréquenté.

Deux mille personnes réunies à Berlin à l’enterrement de Nidal Rabih, le 13 septembre 2018 (dpa/AFP – Paul Zinken)

Cent cinquante policiers avaient été déployés pour cette inhumation dont les images, diffusées dans toute l’Allemagne, paraissaient « dignes d’un film sur la mafia », commente l’hebdomadaire Stern.

Palestinien né au Liban, Nidal Rabih était l’une des figures charismatiques de ces groupes qui « règnent » dans le monde interlope de Berlin. Ils comptent plusieurs centaines de membres et fonctionnent comme des organisations criminelles, puissantes et fortunées, capables de se payer les services des meilleurs cabinets d’avocats.

Ces familles puisent leurs racines au Liban et sont arrivées en Allemagne à la faveur de la guerre civile à partir de la fin des années 70. À l’époque, aucune politique d’intégration n’était mise en oeuvre.

Ces personnes, d’origine palestinienne ou issues d’une minorité arabophone de Turquie réfugiée au Liban, étaient en outre considérées comme apatrides et n’obtenaient pas de permis de travail.

Elles « n’ont pas eu accès ici à l’éducation ou au travail », autant de facteurs qui favorisent un basculement dans la délinquance, relève l’islamologue Mathias Rohe. Il pointe également du doigt « les structures patriarcales extrêmement fermées » qui se sont mises en place.

Une douzaine de familles

Aujourd’hui, ces clans sont formés par une douzaine de familles, selon la police. Ils contrôlent une partie du trafic de drogue et des réseaux de prostitution à Berlin, et opèrent essentiellement dans les quartiers de l’ouest de la capitale allemande, en évitant de se confronter à des gangs russes, tchétchènes ou vietnamiens rivaux.

Le rappeur germano-tunisien Bushido et sa femme Anna-Maria Ferchichi lors d’une cérémonie de récompense à Wiesbaden en Allemagne le 10 novembre 2011 (AFP/Archives – DANIEL ROLAND

En raison de leurs faits d’armes, de leur goût pour les voitures de luxe et de leur attitude parfois tapageuse, ces groupes ont acquis une notoriété portée par la presse locale, supplantant celles d’organisations dites « russes » ou « turques », qui restent volontairement plus discrètes, ou de la mafia calabraise, qui règle ses conflits en toute discrétion.

« Au sein de la Ndrangheta, tuer quelqu’un en public est l’ultima ratio », explique M. Jendro.

Les « clans arabes », eux, ont notamment attiré l’attention du public avec le vol en mars 2017 d’une pièce d’or de 100 kilos dans un musée à Berlin. Le volumineux magot a été dérobé de nuit au prestigieux Bode Museum à l’aide d’une brouette, les brigands ayant profité du fait qu’une fenêtre du musée n’était pas reliée au système d’alarme. Ce butin, appelé le « Big Maple Leaf » et d’une valeur estimée à 3,5 millions d’euros, n’a jamais été retrouvé.

Trois membres d’une famille ont finalement été inculpés en octobre 2018 mais restent en liberté.

Et fin août, la police a saisi 77 biens immobiliers appartenant au même groupe. Elle estime que ces investissements ont été financés avec le butin d’un casse de banque.

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« Sociétés parallèles »

D’autres clans ne sont pas en reste : en 2014, des braqueurs ont dérobé en plein jour dans un grand magasin des montres et des bijoux pour plus de 800.000 euros.

Si ces groupes ont pu agir avec autant d’impudence, c’est que les autorités ont fait preuve de négligence, de peur notamment d’être accusées de racisme, estiment des experts. « Par crainte de stigmatiser et de discriminer certaines minorités, il est interdit de parler de clans ethniques », dénonce ainsi le chercheur d’origine libanaise Ralph Ghadban, auteur d’un livre sur le sujet.

« Ce sont des sociétés parallèles en plein milieu de l’Allemagne », fustige Anna-Maria Ferchichi, épouse du plus célèbre rappeur allemand Bushido, qui a longtemps été sous la protection de l’un de ces clans, dans un entretien à Stern.

L’artiste et sa femme ont décidé de dénoncer publiquement les méthodes de leurs anciens protecteurs : « Ils vont en pèlerinage à La Mecque et fréquentent la mosquée, mais en même temps ils laissent les prostituées faire le tapin ».

Source : Challenges

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