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Publié par Gaia - Dreuz le 24 décembre 2018

Témoin de propos antisémites tenus dans le métro parisien samedi soir, une femme de 74 ans est intervenue et s’est fait insulter. Elle témoigne…

Agnès* n’en revient pas. La presse a parlé d’elle ce dimanche matin. « C’est rigolo, j’ai eu mon quart d’heure de gloire ! » Hier soir, cette dame de « 74 ans et demi » a été confrontée, dans la ligne 4 du métro parisien, à plusieurs individus portant des gilets jaunes, tenant des «propos antisémites»​ et faisant des quenelles. « Des propos d’ivrognes », tranche cette petite femme, qui ne veut absolument dramatiser ce qui lui est arrivé. « Je suis au-dessus de tout ça ! » Cet après-midi, elle a contacté 20 Minutes et nous a raconté ce qu’il s’était passé.

Samedi soir, vers 23h, Agnès rentrait chez elle. Dans la rame, trois hommes, apparemment éméchés, rentrant de la manifestation des « gilets jaunes ». « Macron démission », hurlaient-ils. Soudain, ils ont commencé à faire des quenelles. Un geste qui a choqué Agnès. Elle s’est levée, est allée vers eux, et leur a dit : « C’est une geste antisémite, je suis juive, mon père a été déporté à Auschwitz où il est mort. Je vous demande d’arrêter. » Mais ces personnes ont rigolé et ont continué. « Je n’ai jamais imaginé que j’allais les raisonner », nous explique-t-elle ce dimanche.

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« Je lui ai dit d’aller jusqu’au bout »

« D’après ce que j’ai lu, c’est un geste antisémite », poursuit Agnès. « Peut-être que tout le monde n’est pas au courant. Mais Dieudonné [l’inventeur de ce geste] remet tous les ans des quenelles d’or à des personnages antisémites. » Si elle a bien entendu l’un des hommes lui dire qu’il avait, comme son père, été à Auschwitz, elle n’est pas certaine, avec le bruit du métro, qu’il a ajouté que « cela n’avait jamais existé », comme nous l’affirmions. Mais elle a « senti » sur le moment qu’il sous-entendait « un truc comme ça ».

En revanche, elle a bien entendu un des autres hommes, debout dans le couloir, hurler à plusieurs reprises, pendant une à deux minutes : « Dégage la vieille ! » « Je lui ai demandé d’aller jusqu’au bout et de dire “dégage sale vieille juive” ». Elle a aussi entendu l’un de ces individus faire des références à la « révolution nationale », qui est l’idéologie officielle du régime de Vichy. « Sans doute des sympathisants du Front National. »

« J’étais contente de mon esclandre ! »

Arrivée à la station Saint-Sulpice, Agnès est descendue, « très calme ». Mais elle assure qu’elle ne baissait pas la tête, comme nous l’avions écrit. « J’étais contente de mon esclandre ! Si je m’étais senti en danger je ne l’aurais pas fait. » Elle se dit aussi qu’elle a eu raison « de les engueuler », de se mettre « en colère ». « Manifestement, c’était des c… qui disaient des bêtises », des gens « qui n’ont pas eu d’éducation ».

Elle comprend aussi, un peu, que les gens dans le wagon n’aient pas réagi davantage. « Ils ont probablement estimé que ce n’était pas la peine de leur répondre », avance-t-elle. « Et puis pour des trucs plus graves que ça, ils ne bougent pas, donc… » D’ailleurs, dit-elle, Agnès est capable de défendre seule. Mais elle aurait aimé que plus de voyageurs lui disent qu’elle a eu « raison » de se lever et de leur demander d’arrêter de faire ce geste, que beaucoup jugent antisémite.

« Propos d’ivrogne »
En rentrant chez elle, Agnès a échangé quelques messages avec ses neveux et nièces. Ce sont eux qui ont contacté 20 Minutes, après être tombés sur les messages postés sur Twitter racontant ce qu’il s’était passé. Des proches qui étaient contents que, finalement, quelqu’un ait réagi en témoignant. Agnès, elle, a bien réfléchi et a décidé de ne pas déposer plainte. Elle ne veut pas donner plus d’importance à ces « propos d’ivrogne ».

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*Le prénom a été modifié

Source : Jforum

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