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Publié par Gaia - Dreuz le 12 janvier 2019

Un procès rarissime s’est déroulé mardi devant le tribunal correctionnel de Grenoble, qui a vu comparaître le directeur d’une école musulmane d’Échirolles et, au titre de personne morale, l’association qui la gère.

Le directeur de l’école Philippe-Grenier, fondée en 2016 et accueillant 104 élèves dans ses locaux de la rue du 19-Mars-1962, est prévenu d’avoir tenté de se soustraire à un contrôle de l’Education nationale, l’école interdisant l’entrée des inspecteurs pendant environ une heure, le 4 décembre 2017.

L’association Unicité, qui gère cet établissement privé hors contrat accueillant des élèves de maternelle et de primaire, est quant à elle prévenue d’avoir “dispensé un enseignement non conforme à l’instruction obligatoire malgré mise en demeure”. Des carences très importantes sur l’enseignement du socle commun de compétences auxquels sont tenus tous les établissements, avaient en effet été constatées lors d’une première inspection. Appelée à témoigner à la barre, une inspectrice de l’éducation nationale responsable des contrôles dans cette école, a évoqué des résultats « catastrophiques ». « Nous soumettons toutes les écoles hors-contrat à ce type d’inspection, quelle que soit la religion enseignée. Mais jamais nous n’avions constaté un tel décalage dans l’acquisition du socle commun. Dans cette école, les enfants ne sont pas accompagnés dans ce qu’ils apprennent ; on ne leur apprend pas à acquérir un sens critique, à prendre de l’autonomie ». L’inspectrice a estimé qu’il en allait de la responsabilité des équipes de l’Éducation nationale de relever ces carences : « Ces enfants ont droit à une éducation qui leur permette de se développer ».

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« C’est du lavage de cerveau » !

Communiqué par le recteur d’académie au procureur de la République, ce rapport a généré une procédure pénale qui amène donc l’association et le directeur devant le tribunal. Posément, d’une voix égale, celui-ci a longuement répondu aux questions de la présidente. Pour expliquer en substance, tout d’abord, que le but de l’établissement, qui dispense un enseignement religieux d’une dizaine d’heures par semaine (en plus des enseignements généraux), n’était pas de s’affranchir des règles républicaines. Il a souligné la création récente de l’école, a plaidé sa volonté de s’améliorer au fil du temps et mis en avant le manque de moyens et de subventions, et la difficulté de recruter des professeurs d’expérience.

Par la voix du procureur Olivier Nagabbo, le ministère public a rejeté l’hypothèse du manque d’expérience, ou de la seule incompétence, pour appeler un chat un chat : « C’est une école que l’on doit qualifier d’école salafiste. Les contrôles de l’Éducation nationale ont pour but de s’assurer des objectifs de la scolarité obligatoire : développer le corps et l’esprit des élèves, les élever vers une vie d’adulte autonome et enrichissante. Garantir les instruments fondamentaux du savoir. Mais il y a tellement de carences dans cette école… Les connaissances sont rabâchées, il n’y a pas de production orale et écrite, pas d’enseignement artistique, pas de travail de groupe, pas d’ouverture sur le monde, pas d’encouragement à développer l’esprit critique. C’est de l’obscurantisme, du lavage de cerveau. Cette école est nocive. » Il a requis une peine d’amende pour le directeur et l’école, et, surtout, a requis la fermeture définitive de l’établissement avec mise à exécution provisoire.

“Objectif d’excellence”

L’avocat de la défense, Me Michaël Bendavid, s’est insurgé contre ces réquisitions qui équivalent à la « guillotine pour l’école. On ne peut refuser d’aider financièrement cette association par des subventions et des contrats aidés pour ensuite lui reprocher son manque de moyens », a-t-il plaidé. Estimant que fermer cette école reviendrait à renvoyer un tiers des élèves chez eux, ce qui est paradoxal si l’on veut les aider à se développer, il a estimé que cette procédure était clairement le résultat d’une « volonté politique », et pointé de nombreux points juridiques irrecevables. En définitive, tout en plaidant la relaxe, il a prié le tribunal, en cas de condamnation, d’ajourner la peine, pour laisser une chance à l’école de continuer à progresser dans « l’objectif d’excellence qu’elle s’est fixé ». Jugement le 12 février.

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Source : Ledauphine

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