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Publié par Abbé Alain Arbez le 21 janvier 2019

Jean (2, 1-11)

Il y avait un mariage à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au repas de noces avec ses disciples. Or, on manqua de vin; la mère de Jésus lui dit: «Ils n’ont pas de vin.» Jésus lui répond: «Femme, que me veux-tu? Mon heure n’est pas encore venue.» Sa mère dit aux serviteurs: «Faites tout ce qu’il vous dira.»

Or, il y avait là six cuves de pierre pour les ablutions rituelles des Juifs; chacune contenait environ cent litres. Jésus dit aux serviteurs: «Remplissez d’eau les cuves.» Et ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit: «Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas.» Ils lui en portèrent.

Le maître du repas goûta l’eau changée en vin. Il ne savait pas d’où venait ce vin, mais les serviteurs le savaient, eux qui avaient puisé l’eau. Alors le maître du repas interpelle le marié et lui dit: «Tout le monde sert le bon vin en premier, et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant.»
Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana en Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.

On a souvent parlé de cette séquence de l’évangile de Jean comme d’une sorte d’action magique de la part de Jésus ! Jésus change l’eau en vin…

Or, tout se passe dans la discrétion, et l’évangéliste lui-même nous dit qu’il s’agit d’un « signe », c’est le terme souvent utilisé dans la bible hébraïque pour évoquer les bienfaits de Dieu, pour autant que son peuple sache les reconnaître ! Un signe qui est donc une manifestation, une « épiphanie » en grec, selon le 4ème évangile. Mais cette transformation de l’eau en vin, s’agit-il d’un fait réel, d’une fiction théologique, ou simplement d’un message pour provoquer notre réceptivité à la Parole de Dieu ?

Cette page d’évangile surprenante, bien composée, est en fait une catéchèse primitive. Une invitation à accueillir dans nos vies la puissance transformante de l’Esprit de Dieu. Peut-être nous demandons-nous : est-ce que Jésus n’aurait pas pu réaliser sa première intervention publique avec quelque chose de plus vital pour survivre que du vin ? Comme : apporter la santé aux malades, répondre à des besoins de base plus urgents… Si nous entrons dans la logique du texte de St Jean, nous comprenons que le geste de Jésus – à travers le vin de la noce – touche à des réalités profondes, au niveau de l’être. Le message est ontologique et anthropologique.

D’abord, l’action se passe au cours d’une noce, ce qui montre que Jésus n’est pas le rabat-joie qu’on a parfois décrit, il partage la fête d’un couple, de deux familles, et de tous les invités du voisinage, rassemblés à l’occasion d’un mariage au village de Cana.
Mais le cadre n’est pas dû au hasard, nous savons que dans la tradition biblique, la noce est un fil rouge révélateur qui parcourt tous les textes : cela représente l’alliance de Dieu avec son peuple Israël et avec l’humanité. Une union aimante manifestée depuis Abraham mais surtout lors de la sortie des servitudes d’Egypte, avec les dix commandements : une relation de confiance avec Dieu. Nous lisons dans le Cantique des cantiques et dans la littérature sapientielle : « La Sagesse a bâti sa maison, elle a dressé une table et préparé son vin ! Quittez votre inconscience, marchez dans la voie de l’intelligence » (Pr 9.1) C’est ainsi que par notre baptême, nous sommes devenus membres agrégés à cette alliance révélatrice de la vraie vie, et cela par l’intermédiaire du Christ seul médiateur. La bible insiste sur la fidélité dans l’alliance, c’est une noce, une union solide entre Dieu et son peuple. C’est pourquoi toute trahison de l’amour de Dieu scellé par le pacte du Sinaï est appelé par les prophètes « adultère », car servir de faux dieux est une idolâtrie. « Voici que je mets devant toi la vie et la mort, le bonheur et le malheur…Choisis donc la vie pour que tu vives ! » (Deutéronome)

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N’oublions pas que le nom du village : « Cana », signifie « jaloux » dans la langue de Jésus. Dieu est jaloux, selon les termes bibliques, non pas au sens humain caractériel, mais essentiellement parce que Dieu souffre lorsque nous nous détournons de lui en étant attirés par les idoles. En raison de nos multiples écarts, malgré nos infidélités, Dieu veut à tout prix nous sauver, et c’est le sens du nom même de « Jésus », « Yehoshua ». A la lumière de ce que Dieu nous offre et des réponses qu’il attend de nous, le message central de cet évangile des noces de Cana est justement le dévoilement du manque qui apparaît dans nos réalités humaines. La fête est compromise, il n’y a plus de vin ! C’est Marie la mère de Jésus qui signale à son fils que le vin manque. Le vin, c’est la joie, la convivialité de la fête, la réussite du rassemblement et aussi le bonheur des époux entourés de tous leurs parents et amis.

Mais le message révèle nos limites : c’est notre humanité qui bute souvent sur le manque, elle est fragile malgré ses prétentions, elle n’arrive pas toujours à l’essentiel malgré ses réussites. Beaucoup de nos contemporains traversent un vide existentiel, une crise des valeurs, une démotivation dans l’éthique. Précisément, l’évangéliste nous dit qu’il y a 6 jarres pour la purification. Or le 6, c’est l’incomplétude, il s’agit de passer au 7, la plénitude. En transformant l’eau des ablutions en vin de fête, Jésus ne renie pas la tradition des pères, nous savons qu’il se montre favorable à la purification en bien des circonstances, il reçoit lui-même avec d’autres le baptême de Jean qui encourage l’homme à la conversion. Mais il ouvre la voie à l’étape suivante, à laquelle doit aboutir toute purification : la joie d’un bonheur retrouvé. Car le rite a pour but de faire entrer dans la proximité avec Dieu et avec les autres. Par le passage de l’eau au vin, Jésus veut aider à franchir le pas, c’est un don qui réjouira le monde.

Cet évangile a parfois servi de disqualification de la religion de Jésus qui aurait échoué pour conduire le peuple à l’alliance. Cette vision réductrice estimait que le Christ avait rendu périmé tout ce qui l’avait précédé. C’est la théologie de la substitution, qui a été abolie dans les Eglises catholiques et protestantes, mais cela seulement au 20ème s. Ce qui veut dire que cette vision négative d’autrefois a provoqué des dégâts considérables au cours des siècles. Aujourd’hui nos Eglises affirment clairement que l’alliance avec Israël n’a pas été abolie, et que l’événement chrétien n’invalide en aucun cas la foi hébraïque dont il est issu.

Nous constatons que le geste de Jésus au cœur de ce mariage part des jarres remplies d’eau pour apporter sa réponse au manque de vin. Le manque pointé par l’évangéliste n’est pas simplement matériel, il est d’ordre spirituel. D’où la question : quelle sorte de vin nous manque aujourd’hui ? à nous et à notre prochain, à notre monde, à nos églises ? Quel est ce manque : est-ce une plus grande qualité de vie ? est-ce la formulation courageuse de la vérité, la réalisation incorruptible d’une justice ? Quel est ce vin, cette joie du cœur, qui manque à notre noce de ce temps, qu’est-ce qui altère l’alliance avec Dieu, sans oublier l’alliance entre nous ?

Il n’y a plus de vin ! La noce à Cana a failli être gâchée, les invités allaient être frustrés de la fête. Et les responsables de l’intendance n’en étaient même pas conscients…En sera-t-il de même pour nous, si nous ne voyons pas le manque qui nous concerne, ainsi que les manquements dans nos communautés, si nous minimisons ce qui aujourd’hui met sérieusement en péril les relations interpersonnelles et collectives dans nos sociétés ?…

Comment agir puisque ce manque n’est pas seulement matériel mais aussi spirituel : allons-nous pouvoir transformer l’eau en vin ? Ferons-nous aboutir les questionnements d’actualité, les recherches et les attentes des plus lucides? L’eau de la purification a son utilité : quand nous puisons à cette eau, par la remise en question de nous-mêmes, elle va se transformer en vin si nous sommes nous-mêmes transformés, nous atteindrons la joie, pour nous et pour les autres.

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Le récit de Cana nous alerte ainsi sur les besoins profonds de notre humanité. Au contact de l’enseignement du Christ, voici que les temps de crise peuvent nous ramener à l’essentiel, amorcer une transformation salutaire en nous-mêmes, dans nos Eglises, dans notre monde. Nous pouvons vivre l’œuvre de grâce, dans l’Esprit connaître ce passage de l’homme ancien à l’homme nouveau, créer des relations renouvelées. Pour cela, nous devons descendre au fond de la cuve, au cœur de notre réalité de baptisés, dans le saint des saint de nos consciences, là où se trouve l’eau qui purifie et qui fait vivre…Cette eau devient alors le vin de la joie et de la présence divine, le ciel et la terre en voie de réconciliation… une nouvelle étape est franchie sur la voie du royaume.

Selon l’évangile de Jean, nous sommes les convives du Christ participants du repas fraternel à sa table, pour anticiper le banquet messianique de la fin des temps. Le menu de fête qui nous est proposé est celui de l’amour désintéressé, de la générosité issue du Père, du service fraternel, et d’une grande espérance en cours de réalisation. Chaque année, notre prière pour l’unité des chrétiens nous en rappelle l’urgence.

Jésus a manifesté sa gloire dans l’attention aux autres, le don de sa personne, et l’amour incarné avec force jusqu’à la croix du Golgotha. La mort n’a pu le retenir emprisonné, et la vie a jailli au matin de Pâques, et elle vibre toujours en nous. Nous sommes aujourd’hui les uns et les autres, de modestes serviteurs de la bonne nouvelle.

Comme les serviteurs mis en évidence dans le récit de la noce de Cana, écoutons Marie, mère de Jésus, car elle nous recommande encore : « faites tout ce qu’il vous dira ! »

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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