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Publié par Jean-Patrick Grumberg le 22 janvier 2019

Si vous me demandez mon opinion (et les informations que me livrent mes contacts dans la presse), je vous dirais que les rédactions regardent avec beaucoup plus d’angoisse le nœud se resserrer autour de leurs revenus publicitaires que la courbe plongeante de la confiance que les Français leur accordent, ou la fonte de leur monopole de l’information au profit d’internet. Même si les trois sont liés.

Les rédactions ont compris – mais ne l’avouerons pas, même au bout d’une corde – que leurs équipes ne sont capables d’aucune remise en question. La partie est perdue, ils le savent, et ceux qui le nient le sentent. Les forces en présence sont inégales : Facebook + Twitter + Internet, c’est là que les jeunes s’informent, le journal papier et télévisé du soir, c’est surtout les papys. C’est pour cela que « les séniors partagent plus les Fake News que les jeunes », constatait L’OBS le 10 janvier (1), sans se rendre compte que le journal télévisé était l’accusé (1).

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  • La confiance dans les réseaux sociaux est faible, se rassurent encore les salles de rédaction en lisant les études. Ces messieurs devraient au contraire s’inquiéter : le manque de confiance est le premier signe du discernement pour faire le tri entre l’info et l’intox. Et si l’on ne va pas sur Facebook pour se retrouver en confiance, mais pour un tas d’autres raisons, on y trouve toujours une bonne âme amie pour vous mettre en garde des Fake News – faites le test.
  • Par contre, la confiance envers les médias étant tombée si bas – 77% des Français n’ont plus confiance en eux selon la dernière étude Science Po pour OpinionWay (2) – et la crédibilité la seule chose qu’un journaliste peut offrir, que leur arrogance révèle en creux le malaise et le doute de la profession aux ficelles usées et à la rage vengeresse.

C’est dans ce contexte qu’il convient de saluer beau prince l’initiative de Libération (3), qui est allé au delà du constat de la détestation avouée, pour en chercher les causes – si tant est qu’un idéologue puisse réfléchir comme une personne libre.

Libération dit avoir réussi à trouver 25 professionnels de l’information capables de « regarder en face les pratiques du métier ».

Introduction :

Le mouvement des gilets jaunes rappelle très durement aux médias la défiance dont ils font l’objet auprès d’une grande partie du public. Le mot est faible : à ce stade, mieux vaudrait parler de colère, de détestation, voire de haine, écrit Jérôme Lefilliâtre dans son introduction.

Lefilliâtre continue :

Chez les journalistes, la situation est ressentie avec injustice. Jamais sans doute les titulaires d’une carte de presse n’ont été aussi bien formés que maintenant, aussi soucieux des enjeux déontologiques, aussi éveillés aux biais de la production de l’information. Les reproches qui leur sont adressés sont le plus souvent formulés avec excès.

Aïe ! Ca commence mal. « Excellente formation, souci déontologique, éveil aux biais de l’information, mais critiqués avec excès » : les journalistes ont un parcours parfait, donc ils sont injustement victimes. Donc ils blâment les lecteurs, comme le réalisateur raté d’un navet imbitable qui se voit artiste maudit, génial incompris, d’un public primaire qui ne le mérite pas.

Quant à dire que les journalistes « n’ont jamais été si bien formés que maintenant », je le dis platement : je n’en crois pas un mot, ce sont des balivernes. Une bonne formation, c’est enseigner au journaliste à être attentif que son opinion personnelle ne puisse pas se deviner de son récit. Aujourd’hui, leur penchant à gauche se voit comme le nez au milieu de leur dégoût du visage de Trump.

Continuons…

Si l’on veut réparer cette fracture, il semble nécessaire de s’interroger : les journalistes n’ont-ils absolument aucun tort ? Ne méritent-ils pas une partie de la méfiance qu’ils inspirent ? Libération a invité à l’autocritique 25 professionnels de l’information… choisis pour leur capacité à regarder en face les pratiques du métier.

Un très bon point.

Contrairement à leur image d’individus imperméables à la critique, nourrie par le réflexe de défense corporatiste souvent automatique en public, les journalistes ne sont pas – d’après notre expérience – hostiles à l’autoflagellation, pourvu qu’elle se fasse à l’abri des regards extérieurs.

Je le sais, recueillant les confidences de quelques-uns de mes confrères, mais le public lui, l’ignore et je tire mon chapeau à Lefilliâtre d’oser l’écrire.

La terrible pression économique qui plombe le secteur des médias (à bout de souffle, à cause d’une décrue générale des revenus) et contraint la bonne pratique du métier ne sert pas d’argument refuge à tous les reproches.

Bien dit. Mais incomplet. La pression économique a deux conséquences que la honte interdit de préciser :

  1. Les journalistes manquent de temps et se retrouvent à rédiger des articles superficiels sur des sujets qu’ils ne connaissent pas bien, alors ils cèdent à la facilité – et aux pressions – et paraphrasent les dépêches AFP prédigérées pour leur facilité le travail au point qu’ils ne font plus du journalisme, mais de la recopie, et
  2. ils subissent une immense pression du milieu qui impose une pensée unique diamétralement contraire à la bonne pratique du métier.

Les perles de la culture

  • Les journalistes ont une conscience aiguë de leur uniformité sociale et culturelle, de l’absence de diversité parmi eux.
  • Très souvent, ils vivent à Paris ou dans les métropoles,
  • Ils ont fait des études supérieures (souvent Sciences-Po et/ou une école de journalisme),
  • Ils viennent des classes moyennes supérieures,
  • Ils disposent en moyenne d’un pouvoir d’achat plus élevé que le reste de la population. D’après l’Observatoire des métiers de la presse, le salaire médian des journalistes titulaires (74 % de la profession) était d’environ 3 549 euros brut par mois en 2016, soit environ 2 800 euros net. Celui de l’ensemble des Français était de 1 800 euros net en 2015 selon l’Insee.
  • “Le profil socioculturel des journalistes parisiens est très éloigné de celui des gilets jaunes, constate Jean-Marc Four, chef du service international de Radio France. Ce décalage crée les conditions d’une défiance. Les journalistes n’ont pas une connaissance intime et spontanée des ronds-points ou que la limitation de la vitesse à 80 km/h a été vue comme une agression du pouvoir central.”
  • Cofondateur du média d’investigation local Médiacités, Sylvain Morvan a une jolie formule pour résumer le problème : “Les journalistes écrivent librement ce qu’ils sont socialement programmés à écrire.”

J’aime évoquer ici comment Jean-François Khan – et c’était en 2001 – exprimait cela :

“Les journalistes, dans leur immense majorité [sont] issus du même milieu, formés à la même école, fréquentant les mêmes espaces, porteurs des mêmes valeurs, imprégnés du même discours, façonnés par la même idéologie, structurés par les mêmes références, ayant souvent connu la même évolution ou le même cursus, [et ils] finissent pas penser presque tous pareils”.

Entre-soi, déconnectés d’un monde qu’ils ne connaissent pas et dont ils doivent prendre le pouls

« Parfois on écrit surtout pour nos sources et nos confrères, des personnes surinformées qu’on a envie d’impressionner »

  • Elorri Manterola (Ex-journaliste à iTélé) : “La déconnexion me paraît réelle. En plus, on traîne entre journalistes, on se marie ensemble, on est dans l’entre-soi. Parfois on écrit surtout pour nos sources et nos confrères, des personnes surinformées qu’on a envie d’impressionner. Peut-être devrait-on moins traîner dans les cabinets ministériels et revenir à des sujets concrets…”
  • Jean-Emmanuel Ducoin, rédacteur en chef de l’Humanité : “La presse écrite ne raconte pas la vraie vie des gens et on le prend en pleine gueule aujourd’hui. Je suis hanté par cela. Nous faisons des journaux qui ne s’adressent pas à la masse des gens. Où raconte-t-on la souffrance, la vie derrière les murs des entreprises ? Même à l’Huma, on n’y arrive plus tout à fait. On devrait se démultiplier, on ne le fait pas faute de moyens.”
  • En 2018, 20 000 des 35 000 cartes de presse en circulation étaient détenues par des habitants de la région parisienne. Rien d’étonnant : tous les médias nationaux, à l’exception notable des réseaux publics France 3 et France Bleu, sont installés à Paris.
  • “Les médias se sont éloignés des gens. Ils s’intéressent à la prise de décision et piochent de plus en plus haut”, observe Patrick de Saint-Exupéry.
  • “Hors de Paris, la presse nationale se donne de moins en moins les moyens d’enquêter, dit Sylvain Morvan, de Médiacités. La presse régionale aussi ferme des antennes locales. Des villes petites et moyennes deviennent des déserts médiatiques. L’actualité locale est moins bien traitée, les journaux perdent en qualité. Il est probable que cela joue sur la défiance.”
  • Philippe Gestin, maître de conférences à l’université de Rennes : “Les liens des journalistes locaux avec les territoires s’effilochent, le maillage se desserre, nos travaux de recherche le montrent. On traite de moins en moins les petits événements de la vie quotidienne, comme la kermesse d’une association. Les gens voient moins le journaliste du coin. Cette figure disparaît de l’imaginaire, elle n’est plus une référence. Et ça marche dans l’autre sens : il y a des personnes qu’on ne touche plus, qu’on ne voit plus. C’est frappant dans la crise des gilets jaunes : sur les ronds-points, il y a plein de gens que je ne connais pas.”
  • Omar Ouahmane, ex-correspondant de Radio France au Liban : “On a attendu que les immeubles s’effondrent à Marseille pour travailler sur le sujet. Même chose pour les gilets jaunes. Ils viennent nous rappeler qu’ils existent. On s’intéresse à leurs conditions de vie, parce qu’ils sont dans la rue. Mais leur colère était légitime hier. Et l’invisibilité décuple la colère. Nous sommes passés à côté, car il y a eu ces dernières années Daech, le Bataclan, Charlie… nous avons oublié le quotidien des Français. Il a été traité bien sûr, mais pas suffisamment.”

Puis celle-là, complètement à côté de ses pompes :

“Les médias n’ont sans doute pas assez ouvert leurs portes. Il faut être transparent, expliquer comment on travaille et on débat, pour retrouver de la confiance avec le public”, suggère Amaelle Guiton, présidente de la Société des journalistes et des personnels de Libération.

Non Guiton ! La perte de confiance ne vient pas d’un manque de transparence sur la façon dont vous travaillez et débattez pour produire l’info : les gens s’en battent l’œil, de la façon dont vous produisez l’info, c’est l’info que vous produisez qu’ils n’aiment pas.

« En réalité, un journaliste a peu de compétences, il est généraliste, car on n’approfondit pas les sujets en école de journalisme »

  • Notre profession serait devenue trop bavarde, passant son temps à donner son avis à elle plutôt que la parole aux autres.
  • Un journaliste de LCI : “Chez nous, il n’y a pas de reportage d’immersion. Nous sommes une chaîne d’experts.” C’est-à-dire de commentateurs, de spécialistes, de polémistes. Bref, “d’éditorialistes”, du nom de ces journalistes qui squattent les studios pour livrer leurs “opinions” alors qu’ils n’ont souvent pas produit un reportage depuis des lustres.
  • Natacha Polony, directrice de Marianne : “Beaucoup de journalistes considèrent que leur rôle est de dire le bien et le mal, comment il faut penser. Les gens ont l’impression d’avoir des curés en face d’eux.”
  • Brice Couturier, chroniqueur sur France Culture : “Avant, nous avions le monopole de l’information. Désormais, l’information nous devance sur les réseaux sociaux. Nous avons réagi en idéologisant à mort, en devenant des directeurs de conscience. Mais en réalité, un journaliste a peu de compétences, il est généraliste, car on n’approfondit pas les sujets en école de journalisme. Au lieu d’expliquer, on souffle sur des clivages idéologiques faciles. Les gens l’ont très bien compris, et ça les énerve.”

Absence de diversité : et la diversité d’opinion ?

La semaine dernière, une étude du Conseil supérieur de l’audiovisuel sur la diversité à la télévision a jeté une terrible lumière sur les impasses des journalistes. Elle est venue rappeler que les catégories socioprofessionnelles supérieures y représentaient “88 % des personnes présentées” dans les programmes d’information en 2018. Autrement dit, les classes populaires et moyennes n’apparaissent presque pas à la télévision.

Couvrez madame ce CSA qui ne saurait voir que la diversité d’opinion à la télévision s’étend essentiellement de la gauche à l’extrême gauche, des « no border » aux immigrationnistes, des islamo-gauchistes aux antisionistes, des Anti-Trump aux pro-Obama, et que les politiques défendues par la droite, et surtout par l’extrême droite qui représente la part du lion des mouvements politiques et des Français, sont sévèrement sous-représentés – ou moqués.

Arrogance et donneurs de leçons

« Nous sommes imbuvables avec nos leçons de morale permanentes… comme si nous étions investis d’une mission divine consistant à ouvrir les yeux d’une population trop conne pour comprendre quoi que ce soit.”

  • Avec une “élite” apparaissant comme donneuse de leçons, la corporation souffre tout entière d’une image d’arrogance. Injuste ? “La façon dont beaucoup de journalistes se placent au-dessus des petites gens me choque. Il y a de la condescendance dans la façon de les décrire, un manque d’humilité générale”, souffle la journaliste d’un hebdomadaire.
  • Les médias, univers hyperpersonnalisé où l’on signe tout ce que l’on produit, ne sont par nature pas les meilleurs endroits pour dégonfler les ego.
  • La chose ne s’est pas arrangée avec l’apparition de Twitter, bac à sable social préféré des journalistes, qui y profèrent à longueur de journée bons points, anathèmes, ironies et leçons de morale.
  • Journaliste à Vice, Paul Douard a publié il y a quelques mois un article plein de second degré, intitulé “Je suis journaliste et vous avez raison de me haïr”. Extrait : “Twitter a sans doute été inventé pour que les journalistes aient l’impression d’être utiles. Ainsi, je peux y “décrypter” l’actualité au lieu de le faire dans des articles, mais surtout je peux entretenir mon “personal branding”. […] Soyons clairs : nous sommes imbuvables avec nos leçons de morale permanentes sous forme de “threads” [successions de tweets formant des histoires, NDLR] que personne ne lit […], comme si nous étions investis d’une mission divine consistant à ouvrir les yeux d’une population trop conne pour comprendre quoi que ce soit.”

Jamais les titulaires d’une carte de presse n’ont été aussi bien formés. Vraiment ?

  • Natacha Polony : “Il y a un problème de culture générale dans l’ensemble de la société. Dans certains métiers, comme le journalisme, ça pose un peu plus de problèmes.” La directrice de Marianne fait remarquer que les bibliothèques sont rares dans les écoles de journalisme, où l’enseignement est plus souvent technique (tourner avec une caméra, faire du montage audio) que fondamental (peu de cours d’histoire, de philosophie…).
  • Elodie Safaris, ex-iTélé : “La chaîne d’info, c’est l’usine. On se contente d’imprimer une dépêche avant de sortir. On n’a pas forcément le temps de lire le Monde, la presse internationale, etc. Cela produit de la médiocrité.”

Vieille presse ringarde…

Nicolas Becquet : “Il aura fallu une vingtaine d’années pour que les médias prennent le Web et les réseaux sociaux au sérieux. Ce n’est pas seulement l’émergence d’un supermédia que nous avons manqué : nous avons échoué à tendre un miroir fidèle à une société en plein questionnement. Aujourd’hui, tout le monde s’y met, mais le retard a abouti à un déclassement des journalistes dans l’opinion”.

Rédactions aux abois… 

Infernale compétition à la polémique, la petite phrase, le spectaculaire, au détriment du temps long, de la réflexion, de la nuance. Une reporter de BFM TV s’étonne du discours de sa direction : ““Audience égale confiance”, disent-ils. Mais non, ce n’est pas vrai. La preuve, notre chaîne cartonne, mais on vit un rejet total sur le terrain.”

Et course au clic

La création du site Rue89, il y a douze ans, fut une réaction de contre-proposition à l’info-spectacle. Pourtant, dit sa rédactrice en chef, Nolwenn Le Blevennec, “nous sommes tombés, nous aussi, à pieds joints dans le piège de l’audience. On était scotchés à Chartbeat [un logiciel d’analyse du trafic internet en temps réel, NDLR], on prenait la moindre vague virale, on fonctionnait par mots-clés, on faisait des rebonds sur des polémiques futiles, on surtitrait les articles. On a mis de côté le qualitatif. Mais pour inspirer de la confiance, il faut avoir une colonne vertébrale. Ces cinq dernières années, on n’a pas été assez attentifs à ça.”

Suivisme : c’est la faute à Twitter

L’autre principe du réseau social est de fonctionner par communautés. Il y a là un refus du réel, une segmentation du monde peut-être sans précédent. Twitter est une caisse de rétrécissement de l’information, qui diminue le nombre de sujets traités et qui polarise.” Ce prisme nécessairement déformant porte en lui le risque d’un suivisme entre journalistes, d’une incapacité à se détacher du tout-venant, de l’actualité institutionnelle, des vagues d’émotion.

Je me demande là si le confrère a déjà regardé la presse sur Google actualité ou sur Yahoo. L’eut-il fait qu’il aurait vite constaté qu’au détail près, les mêmes titres, les mêmes angles, les mêmes sujets sont traités avec les mêmes mots, les mêmes citations, les mêmes références et les mêmes conclusions dans tous les médias. Ouvrez-en quelques-uns, ils ont tous la signature de l’AFP, qui a préparé pour l’ensemble des médias de quoi recopier la même dépêche. Je veux bien critiquer la paille dans l’œil de Twitter, mais pas pour oublier l’AFPoutre.

Cas de suivisme dangereux : Macron. Et l’anti-Sarkozysme primaire alors ?

    • Un cas d’école de suivisme dans la corporation a été, il y a deux ans, l’observation passionnée du “phénomène” Macron. Plus ou moins critique selon les médias, ce décorticage a assurément manqué à l’époque de lucidité, chez presque tout le monde, quant au positionnement politique du chef de l’Etat – cette fâcheuse croyance au “ni droite ni gauche”. Le reproche est aujourd’hui constitutif de la détestation des gilets jaunes pour la presse. Mais curieusement, il ne revient pas naturellement dans les conversations.
    • “On s’est pris au jeu de Macron, concède une « figure » de LCI. On a peut-être manqué de discernement. Il nous a fascinés, intéressés. Eblouis au point de manquer de recul ? Je constate qu’on ne l’épargne pas depuis qu’il est au pouvoir, depuis l’histoire de la baisse des APL [allocations pour le logement, NDLR] à l’été 2017. Mais, avant cela, on s’est peut-être emballés, on a suscité une forme d’enthousiasme et d’attente. Malgré nous.”

Renoncer à être un contre pouvoir, ça s’appelle le lèche-bottes

  • Elodie Safaris, ex-iTélé : “Dans le milieu, la remise en cause du système global est faible. … Dans les moments d’élection, on voit que tout le monde a un peu les mêmes idées.”
  • Géraldine Muhlmann dans le Monde : Jadis “au service du peuple”, le journalisme “est désormais honni pour être au service des élites et contre le peuple”.
  • Et si les médias avaient majoritairement renoncé à être un contre-pouvoir, critique de tous les ordres établis ?

Conclusion

Je suis fortement tenté d’applaudir la tentative de Jérôme Lefilliâtre, car l’autocritique est plus difficile pour l’opulent que pour le sans dents. Ma tentation est cependant tempérée par le thermomètre cassé du journaliste. Deux causes essentiellement font de ce rare essai un incomplet document :

  1. La moitié des Français sont à droite, et les médias sont à gauche, ou développent les points de vue qui traversent la gauche et les progressistes. Les journalistes, comme le démontre cette étude, sont déconnectés du monde qui les entoure en général. Soit. Mais au delà, cela veut dire que lorsqu’il s’agit du monde de la droite, ils sont carrément sur une autre galaxie. Quant à l’univers qu’on appelle l’extrême droite, un amalgame où se retrouvent les Français décomplexés qui sentent leur héritage culturel se débiner, il n’existe pour les journalistes que pour le combattre.
  2. Le pluralisme des idées est le signe d’une pensée. La pensée unique est celui d’une vacuité. Et du pluralisme, vous repasserez pour en trouver. Il n’est pas possible, à l’ère internet, de faire encore du journalisme et espérer ne pas irriter, en se posant à 100% en négatif contre Israël, contre les Chrétiens, contre Trump, contre le capitalisme, contre ceux qui doutent du réchauffement climatique, contre les patriotes, contre ceux – la grande majorité des Français – qui ne veulent plus d’immigration.
  3. Ca ne colle plus, la défense manichéenne d’un migrant forcément victime, forcément grandiose, et d’un blanc forcément oppresseur et profiteur. Ou la défense aveugle d’un islam religion de paix quand la plupart des pays musulmans sont en guerre, d’un islam d’amour quand la haine entre sunnites et chiites domine l’action politique et guerrière des nations à majorité musulmane, ou d’un islam de tolérance quand les homosexuels sont jetés en prison – ou pire. Et je ne parle pas du terrorisme, toujours et explicitement perpétré au nom de l’islam.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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