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Publié par Abbé Alain Arbez le 16 février 2019

En 1844 est créée à Londres la British Society for promoting of the jewish Nation of Palestine. Un de ses dirigeants, le pasteur Crybbace, espérait obtenir de la Turquie tout le territoire de l’Euphrate jusqu’au Nil et de la Méditerranée au désert…

RENOUVEAU EVANGELIQUE:

C’est alors en Angleterre l’époque du renouveau évangélique. En 1830 John Nelson Darby développe sa pensée religieuse où il donne une place importante au retour du peuple juif en terre d’Israël. Tout un courant évangélique de réveil va entraîner dans le même sens les baptistes, les méthodistes, les adventistes et les mormons, mais sur une base de lecture biblique assez littéraliste.

JUDAISME LIBERAL:

Parallèlement, c’est aussi l’époque, dans les milieux juifs, de l’assimilation et de l’apparition du judaïsme libéral. En 1839, Abraham Geiger devient rabbin de Breslau, malgré l’opposition des rabbins orthodoxes. Il affirme que si les juifs ont autrefois constitué une nation, ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’espérance messianique doit être, selon lui, interprétée dans le sens d’une rédemption universelle et pas dans celui d’une restauration nationale. En 1841, on publie à Hambourg un livre de prières pour la synagogue d’où a été expurgée toute référence d’un retour à Sion. A Brunswick, Francfort, Breslau, des congrès de rabbins ont lieu et instaurent le judaïsme libéral, dans la ligne de Geiger. Les prières sont en langue locale, on ne prie plus en hébreu.

En 1878, mais dans un sens opposé, les chrétiens sionistes se manifestent aux Etats Unis: un livre de William Blackstone est publié « Jésus revient » c’est un succès; traduit en 40 langues, il popularise le rôle positif que les juifs doivent jouer à la fin des temps. L’auteur présente au président américain une pétition signée par plus de 400 dirigeants chrétiens demandant que les Etats-Unis d’Amérique assurent le retour des juifs en Palestine. Il estime que le retour des juifs et la restauration d’Israël sont prévus depuis le premier concile apostolique de Jérusalem, et il fait le reproche aux juifs réformés de renoncer à tort au « pays de leurs ancêtres » parce que, dit-il,  » ils préfèrent le confort et les richesses accumulées en Europe et aux Etats Unis. »

Certains chrétiens américains, persuadés que le temps de Sion est arrivé, vont en Terre promise, et 21 presbytériens de Chicago fondent sur place la colonie américaine de Jérusalem; c’est eux qui introduisent l’eucalyptus dans le pays. Laurence Oliphant, ancien député britannique, journaliste, parcourt le pays après avoir participé à la conférence des Hoveveï Tsion (amants de Sion) en Roumanie. Il cherche à persuader le sultan d’accorder des terres aux juifs. Il publie « le pays de Gilead« .

C’est alors que notre compatriote Henri Dunant fondateur de la Convention de Genève et de la Croix Rouge, lui-même sioniste, constitue la Société Nationale Universelle pour le renouvellement de l’Orient. Cette fondation lance un appel en 1866 pour que les colonies juives de repeuplement bénéficient d’un statut de neutralité comme la Suisse. Dunant essaye d’intéresser l’empereur Napoléon III à ce projet. Il voit même Jérusalem comme centre mondial des religions, et y envisage la résidence du pape.

C’est ce climat effervescent et favorable chez certains chrétiens influents que rencontre Theodore Herzl lorsqu’il commence sa campagne en faveur de la création d’un état juif.

En Belgique, une famille catholique, les Vercruysse de Courtrai bénéficie d’un statut social et d’un niveau de culture qui lui donnent des moyens importants. Les Vercruysse éditent en 1860 un opuscule intitulé « La régénération du monde (ouvrage dédié aux 12 tribus d’Israël) ». Cette réflexion rencontre l’opposition du clergé local mais l’approbation de Rome. Ils sont persuadés, en s’appuyant sur la Bible, que le retour des juifs en Palestine est proche. La conclusion de cette brochure catholique est celle-ci: « il est donc clair que la Terre sainte sera rendue un jour aux Israélites pour s’y reconstituer en nation, et que cette nation ne sera plus expulsée tant que la terre existera. »

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CONGRES SIONISTE:

L’histoire s’écrit peut-être aussi avec des prises de position modestes de ce genre, et par des appels prophétiques qui, peu à peu, balisent des voies d’avenir. Ce n’est pas un hasard si le chapelain de l’ambassade de Grande Bretagne à Vienne, l’aumônier William Hechler s’adresse en ces termes au Grand Duc de Bade Frederic: « Selon la Bible, les juifs doivent retourner en Palestine. Par conséquent, je viens en aide à ce mouvement en tant que chrétien pleinement convaincu de la vérité de la Bible. Cette cause est la cause de Dieu. »

Or le même Hechler se retrouve avec Dunant aux côtés de Herzl au 1er congrès sioniste à Bâle en 1897. Y participe également le pasteur luthérien Johann Lepsius, grand défenseur des Arméniens, et persécuté par les autorités allemandes alliées aux Ottomans. Il présente un rapport intitulé: « Arméniens et juifs en exil, ou l’avenir de l’orient, compte tenu de la question arménienne et du mouvement sioniste ».

MONTEE DE L’ANTISEMITISME EUROPEEN: 

C’est dans ce contexte belliqueux que la situation des juifs s’aggrave en Europe centrale et orientale. En 1882 à Dresde a lieu le 1er congrès antisémite. Les pogroms de Russie et de Roumanie incitent les juifs à émigrer en Amérique et en Europe occidentale, mais aussi vers la Palestine. Sur place, l’hostilité des populations arabes tout juste arrivées de Syrie et du Liban pour s’installer se manifeste envers les familles juives qui retournent sur la terre de leurs ancêtres.

L’Empire ottoman est allié de l’Allemagne, et quand la guerre éclate en 1914, le sultan déclare le djihad aux puissances alliées. C’est dans ce contexte que la Terre sainte est prise en tenailles entre forces britanniques et armées ottomanes soutenues par les Allemands. Aux côtés des alliés lutte la Légion juive, première unité nationale reconstituée depuis Bar Kokhba au 2ème siècle!

A ce moment-là, la Grande Bretagne prend l’engagement d’aider à la création du Foyer National juif en Palestine. C’est la Déclaration Balfour. (2 novembre 1917). On peut y voir une tactique calculée visant à assurer aux Anglais une position stratégique, on ne peut passer sous silence tout le volet spirituel de cette démarche. C’est d’ailleurs ce que déclare le premier président de l’Etat d’Israël Haïm Weizmann:
         « Les hommes comme Balfour, Churchill, Lloyd George, étaient profondément religieux; ils croyaient en la Bible. Pour eux, le retour du peuple juif en Palestine était une réalité de sorte que les sionistes représentaient pour eux une grande tradition pour laquelle ils avaient beaucoup de respect. »

Il est vrai que Balfour s’est intéressé au sort des juifs longtemps avant de devenir un homme d’état, il y avait été préparé par l’ambiance de son église. Idem pour le président américain Woodrow Wilson, fils de pasteur presbytérien; c’est sous son impulsion que l’Amérique a appuyé dès le départ la déclaration Balfour.

D’où cette affirmation qui résume assez bien la situation de l’époque. C’est le Reverend Norman Maclean qui parle:

         « Le sionisme réclame de nombreux juifs nobles comme organisateurs. Mais peu nombreux sont ceux qui réalisent que les trois hommes qui rendirent possible cette politique étaient chrétiens: un presbytérien américain, un presbytérien écossais, et un baptiste gallois (Wilson, Balfour, et Lloyd George). Ce sont eux qui firent entrer cette politique dans les conseils de gouvernements qui contrôlaient la moitié du monde. »

CERCLES JUDEOPHILES:

Après le travail de dialogue mené par la congrégation de Notre Dame de Sion, des frères Ratisbonne, a lieu à Rome en 1926 le lancement d’une association catholique des amis d’Israël, fondée par le général des chanoines de Sainte Croix et Francisca van Leer. Cette association  compte bientôt dans ses rangs 19 cardinaux, 278 évêques et 3000 prêtres du monde entier. Son programme est de s’attaquer à l’antisémitisme. Que les chrétiens ne parlent pas de peuple déicide, de conversion des juifs, mais qu’on enseigne l’amour de Dieu pour son peuple Israël. Il y a aussi l’initiative de Franz Rödel, créateur de l’Institutum judaeologicum catholicum en 1922 pour lutter contre l’antisémistisme en Allemagne. Il a adressé au pape un mémorandum qui a été repris comme contribution lors du concile Vatican II.

A part la Grande Bretagne, c’est, en fait, surtout aux Etats Unis que se manifeste le plus de soutien à l’égard du sionisme; en 1931 est créé l’American Palestine Committee, en 1942 le Christian Council on Palestine et ces 2 organes fusionnent en 1946 pour donner un American Christian Palestine Committee dans les rangs duquel on dénombre 20’000 ministres du culte chrétiens. Ses membres saluent avec enthousiasme la création de l’Etat d’Israël.

En France, Paul Claudel s’exprime sur la (re)naissance de l’Etat d’Israël en termes personnels; il écrit:

« Israël est rentré, et a repris sa place au foyer paternel, l’anneau a été remis à son doigt, il a repris son droit de Fils aîné. Il est rentré et il n’y aura plus besoin qu’il sorte.

Maintenant qu’Israël a réintégré le centre, il est impossible qu’il n’arrive pas quelque chose à la périphérie. »

Le grand écrivain Jacques Maritain écrit de son côté:

         « La diaspora ne cessera jamais jusqu’à la grande réintégration. Mais l’ébauche d’un nouveau centre existe maintenant, l’Etat d’Israël, état temporel qui a pourtant une fonction spirituelle à exercer »

Maritain rappelle avec force le droit d’Israël à sa terre: « ce que Dieu a donné une fois est donné pour toujours. Ce don de la terre de Canaan aux tribus d’Israël est matière de foi pour les chrétiens comme pour les juifs! »

Il y a de forts soutiens à l’Etat d’Israël dans les opinions chrétiennes occidentales, plus spécialement chez les fondamentalistes évangéliques. Billy Graham déclare: « la renaissance de l’Etat d’Israël décidée par les Nations Unies le 29 novembre 1947 est de loin le plus important événement biblique du 20ème siècle! »

Sur le terrain de ce qui va se jouer au Proche-Orient, voici ce qu’écrit en 1947 à l’ONU l’archevêque catholique de Beyrouth, Ignace Moubarak, Libanais maronite, après deux décennies de troubles sanglants entre juifs et arabes en Palestine:

« Historiquement, il est indéniable que la Palestine a été la patrie des juifs et des premiers chrétiens. Aucun d’eux n’était d’origine arabe; la force brutale de la conquête en a réduit et astreint à se convertir à la religion musulmane. Voilà l’origine des Arabes dans ce pays. Peut-on déduire de là que la Palestine est arabe ou qu’elle fut toujours arabe?

Les vestiges historiques, les monuments, les souvenirs sacrés des deux religions demeurent là vivants pour attester que ce pays a vécu en dehors des guerres intestines arabes que se livraient les princes et monarques d’Irak et d’Arabie. Les lieux saints, les temples, le mur des lamentations, les églises et les tombes des prophètes et des saints, en un mot tous les souvenirs des deux religions sont des symboles vivants qui infirment à eux seuls ceux qui ont intérêt à faire de la Palestine un pays arabe. Englober la Palestine et le Liban dans le cadre des pays arabes, c’est renier l’histoire et détruire l’équilibre social du Proche Orient!

Ces deux pays, ces deux foyers prouvent jusqu’à aujourd’hui l’utilité et la nécessité de leur existence comme entités indépendantes.

Des raisons majeures, sociales, humaines et religieuses exigent qu’il soit créé dans ces deux pays deux foyers pour minorités: foyer chrétien au Liban, foyer juif en Palestine, ainsi qu’il a toujours été…

Le Liban réclame la liberté pour les juifs en Palestine, comme il souhaite sa propre liberté et indépendance…./… »

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AMBASSADE CHRETIENNE INTERNATIONALE :

Initiative plus récente, l’Ambassade chrétienne internationale à Jérusalem. Ce groupement évangélique, dirigé par Johann Luckhoff et Jan Willem van der Hoeven, est né en 1980 pour protester contre le fait que de nombreux états refusaient de transférer leurs ambassades de Tel-Aviv à Jérusalem. Le mouvement a inauguré en 1980 à Bâle le premier congrès chrétien sioniste international. Et chaque année ses animateurs organisent un festival religieux et culturel auquel assistent les plus hautes personnalités politiques d’Israël. Cet organisme finance également par des dons (surtout américains) des aides à l’alyah et à l’intégration de nouveaux immigrants juifs sur tout le territoire d’Israël.

En guise de conclusion de ce parcours historique, il serait bon de rappeler que des étapes essentielles ont ouvert des voies depuis l’après-guerre, et sur la base de formulations doctrinales renouvelées de la part des chrétiens, des liens plus étroits se sont développés et renforcés entre chrétiens et juifs.

Pour mémoire: les 10 points de Seelisberg en 1948, qui ont directement préparé des prises de position protestantes et catholiques majeures. Le concile Vatican II, avec Nostra Aetate, dans la ligne voulue par Jules Isaac et Jean XXIII, promulguée malgré les pressions hostiles des patriarches arabes. Puis, une succession d’événements, côté catholique, sous le pontificat de Jean Paul II, citons-en quelques-uns:

° le rappel à Mayence en 1980 que l’alliance de Dieu avec son peuple Israël n’a jamais été révoquée ni remplacée.

         ° la publication en 1985 de notes pour une présentation correcte des juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse catholiques

         ° l’affirmation lors de sa visite à la synagogue de Rome en 1886 que les juifs sont les frères aînés des chrétiens, et que le lien entre judaïsme et christianisme est intrinsèque.        

         ° le document la Shoah, nous nous souvenons, en 1998, qui reconnaît, malgré ses insuffisances, une responsabilité chrétienne historique dans les malheurs des juifs.

         ° le pèlerinage du jubilé à Jérusalem en 2000, où JP II s’est recueilli devant le Kotel et à Yad Vashem.

         ° la poursuite des rencontres entre catholiques et juifs sous l’égide du Pape Benoît XVI, réitérées par son successeur François.

         ° un document essentiel publié par le Vatican en décembre 2015 : « les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables ».

CHARTA OECUMENICA :

En conclusion œcuménique, signalons un document signé à Strasbourg en 2001, par les représentants catholiques, protestants et orthodoxes des Eglises européennes, et intitulé : charta oecumenica.

 Ce document comporte un § 10 qui recommande à tous les chrétiens « d’approfondir la communion avec le judaïsme », c’est à dire de faire apparaître partout où c’est possible le lien profond entre christianisme et judaïsme, ce qui suppose une lutte permanente contre l’antisémitisme, et un dialogue constructif judéo-chrétien toujours plus engagé et plus intense.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

La première partie de l’article se trouve ici : Dreuz

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