Publié par Mireille Vallette le 24 février 2019

Le livre saint des musulmans a beaucoup influencé l’Europe. L’Union européenne finance des recherches pour le démontrer. Avec « Mahomet l’Européen », John Tolan a déjà ouvert la voie.

Le Conseil européen de la recherche (Union européenne) a décidé d’attribuer dix millions d’euros à quatre équipes de recherche. Selon Mercedes Garcia Arenal, de l’équipe madrilène, « notre hypothèse de travail est que le Coran a joué un rôle important dans le développement intellectuel et religieux européen ». En fait, ce n’est déjà plus une hypothèse. Le titre du projet (en abrégé EuQu) est « Le Coran européen : l’étude du texte sacré de l’islam à travers la culture et la religion européennes ». Un livre qui a influencé la pensée des chrétiens, des juifs et même des libres penseurs. Les chercheurs se centreront sur la période 1150-1850.

Les citoyens lambda seront mis au parfum par une exposition en ligne sur cette place du Coran dans notre patrimoine culturel.

Le programme financera notamment l’équipe de John Tolan, un Britannique qui enseigne à l’Université de Nantes. Ce spécialiste des relations entre juifs, chrétiens et musulmans au Moyen Âge vient de publier un livre qui ouvre la voie : « Mahomet l’Européen ». Selon l’auteur, impossible sans ce personnage de comprendre comment l’Europe s’est construite.

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Au fil de 430 pages et neuf chapitres chronologiques qui « ne constituent qu’un échantillon de la richesse et de la variété des portraits qu’en ont donnés les écrivains et des artistes européens… », l’auteur passe en revue les images de Mahomet et leur instrumentalisation au fil des siècles. Idole, canaille, imposteur, mystificateur, faux prophète, etc. etc. Il décrit avec gourmandise les absurdités colportées ou rapportées par les critiques de Mahomet, des images négatives qui représentent la grande majorité des représentations. Dans les siècles récents, des figures intellectuelles lui ont cependant attribué une image de grand législateur, homme d’Etat, réformateur, poète… grand homme.

C’est un livre sur l’histoire des idées, sans lien avec l’histoire des conquêtes et de l’occupation musulmanes en Europe. Et l’on se sait pas trop quel rôle Mahomet a joué dans certaines régions (Nord, actuelle Grande-Bretagne ou… Suisse par exemple).

Le non-dit est que ces représentations fantasmées sont favorisées par un personnage historiquement inexistant. Tolan lui-même le dit : on ne sait pas grand-chose de Mahomet, les preuves de son existence sont très rares, le Coran n’y fait que quatre allusions et les hadiths et la Sira (biographie) se sont constitués plus de 200 ans après la mort du prophète de l’islam. Les effets de cette religion de conquête, des Européens les ont vécus depuis ses débuts.

La démonstration convoque d’innombrables personnalités, multiples citations à l’appui, dont seule une petite minorité de noms résonne familièrement. J’avoue qu’après quelques dizaines de pages, le livre m’est tombé des mains. Comme tous les autres citoyens non islamiquement érudits, je resterai dans l’ignorance de cette présence majeure de Mahomet dans ma culture sauf à croire la conclusion de notre chercheur: «Ceux qui penseraient que l’islam et son prophète n’ont joué qu’un rôle mineur dans la culture occidentale doive revoir leurs tablettes : il y a maintenant des siècles que les Européens parlent de lui et s’écharpent à son sujet.» Il fait donc logiquement (et très discrètement) « partie intégrante de la «culture occidentale ». D’où ce processus de naturalisation : Mahomet l’Européen.

Deuxième acte en préparation, le livre saint : «Je me réjouis que le projet de recherche sur « Le Coran européen », que je porte avec d’autres, vienne de recevoir un financement de l’Union européenne. Seul ce type de recherche peut prendre le contre-pied des discours affirmant que la tradition musulmane est complètement « exogène » à la culture européenne… »

Nous comprenons enfin pourquoi il eût été historiquement grave que la Constitution européenne fasse allusion à la culture et à l’héritage « judéo-chrétiens ». On aurait fait sombrer l’incontournable participation de Mahomet et du livre d’Allah à ce patrimoine.

John Tolan explique sans détour le but de l’opération : « Évidemment, les attentats terroristes contre les dessinateurs de Charlie Hebdo étaient dans mon esprit quand j’écrivais ce livre. Mais aussi les discours nationalistes européens qui diabolisent l’islam et son prophète ; qui affirment que l’islam n’a pas de place en Europe ; que l’essence de l’Europe serait chrétienne. Je me suis toujours battu contre ces idées extrémistes… » Dans sa conclusion de « Mahomet l’Européen », il donne un exemple (absurde) des « représentations malveillantes du Prophète qui fleurissent dans la blogosphère et alimentent les théories du complot sur une islamisation imminente de l’Europe ou de l’Amérique ». De viles attaques destinées à « promouvoir des politiques hostiles aux musulmans ou aux immigrants en Occident ».

Il faut remédier à cette fausse vision de l’immigration musulmane par tous les moyens, et ces OVNI en font partie. La révision de l’histoire par « Mahomet et le Coran européens » rejoint harmonieusement la chasse aux « populistes » sur les réseaux sociaux, la mutation des médias en propagandistes de la vision du Pacte des migrations (sous peine de poursuites pénales et de suppression de subventions) et la réécriture de l’histoire de l’islam dans l’enseignement européen.

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Désormais, il sera inutile de dire que l’islam fait partie de l’Europe en parlant du nombre de mahométans qui l’habitent. Il en fait partie depuis tant de siècles que les musulmans qui immigrent ne font que changer de maison en gagnant une des dizaines de pays qu’ils ont contribué à construire. Et Tolan nous rassure : après l’étude historico-critique du christianisme, des chercheurs font le même travail sur l’islam. Dommage que nos imams n’en sachent toujours rien.

Cette recherche sur le Coran s’inscrit dans l’ambition générale du Conseil européen de la recherche d’être « à la pointe de la science européenne, mais aussi de devenir une référence à l’échelle mondiale ». Il attribue des milliards au fil des ans aux recherches de sciences exactes et sciences sociales pour atteindre ce but.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Mireille Vallette pour Dreuz.info.

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