Publié par Isaac Franco le 25 février 2019


La guerre passée et une fois les détails de la tragédie de la Shoah inscrits dans la mémoire collective, la situation des communautés juives des pays d’Europe occidentale fut un temps si enviable que chacun de leurs membres pouvait à bon droit se proclamer aussi heureux qu’un Juif en France.

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Mais ils sont peu nombreux désormais ceux parmi ces communautés, qui ignorent que le virus de l’antisémitisme achève, là, sous leurs yeux une nouvelle mutation. Il n’est pas contestable que les mécanismes de défense réagissent vigoureusement quand il s’exprime dans la même langue et s’habille des mêmes symboles d’hier, prévenant ainsi le ventre de cette mauvaise mère d’enfanter demain une même incarnation du Diable.
Mais, consciencieusement perverti, l’esprit de notre temps néglige encore trop volontiers cette autre langue et ces nouveaux symboles dans lesquels achèvent de s’assembler les nouveaux habits de l’antisémitisme.

Communiant dans une large détestation du sionisme, la vérité-fille-de-ce-temps-mauvais fabrique insidieusement du racisme dans la langue de l’antiracisme et des Droits de l’Homme, et déshumanise le Juif au nom de l’Humanisme.
C’est ainsi que, si les Juifs étaient naguère accusés d’être de nulle part, ils sont aujourd’hui justiciables du crime de se reconnaître et de se défendre dans le pays qu’ils ont recréé avec la caution de la communauté internationale.

En somme, après la culpabilité et la honte pour les fautes et les abandons passés, le virus attaque aujourd’hui les Juifs avec l’outil créé pour les défendre, Israël. La conscience ceinte d’un keffieh, Israël est ainsi chargé des péchés de ses procureurs, rhabillé en bourreau pour hâter de les soulager de leurs fautes d’hier et offert en sacrifice pour le rachat de leurs lâchetés passées.

Empruntant à la langue du débat politique, la critique obsessionnelle d’Israël permet de dire licitement un rejet vieux comme la haine des hommes à l’égard de ceux qui ne leur ressemblent pas assez mais qui leur sont en même temps trop semblables. 

Cette mutation porte un nom: l’antisionisme dont on commence seulement à se demander, encore trop lentement, trop frileusement et trop confidentiellement, s’il ne sert pas désormais de cache-sexe à ce bon vieil antisémitisme lui-même héritier de l’antijudaïsme. Dans les mots de Monika Schwartz-Friesel du Centre BESA (Begin Sadat Center for Strategic Studies), l’antisionisme, c’est « une sorte de terrain d’entente des antisémites de tous poils, le point de rencontre des « haïsseurs » de Juifs aux couleurs politiques et idéologiques les plus diverses, la vieille judéophobie projetée sur l’Etat juif ».
Et elle fait, cette mutation, que si peu de nos compatriotes s’offusquent ou s’émeuvent de ce qu’un Juif, ses synagogues et ses écoles, doivent encore être protégés.

Joschka Fisher, un ancien ministre allemand des affaires étrangères, disait de l’Europe qu’elle ne sera guérie que lorsque ses Juifs ne devront plus être protégés dans leur vie quotidienne, ou quand l’exigence de cette protection suscitera la saine indignation de leurs concitoyens. 

Nous en sommes loin, hélas!

Et ce n’est pas une manifestation contre l’antisémitisme organisée à Paris la semaine dernière par les partis politiques et les organisations de lutte contre le racisme avec le concours opportuniste des médias et des professionnels de l’intelligence largement responsables du mal qu’ils dénoncent, qui nous en rapprochera. 

Le Président de la République fédérale d’Allemagne non plus qui, après le représentant du ministère des affaires étrangères envoyé à l’ambassade d’Iran à Berlin célébrer le 40ème anniversaire de la République islamique, se charge, en personne, de transmettre un message officiel de félicitations, alors qu’un des impératifs de la politique étrangère de son pays, sinon sa raison d’être, est la sécurité de l’Etat d’Israël pourtant promis quotidiennement à l’anéantissement par ceux-là mêmes qu’il congratule au nom du peuple allemand!

Moins encore si, au Royaume-Uni, le Labour de Jeremy Corbyn, Andrew Murray, John Rees, Seamus Milne et John Lansman (retenez ces 3 noms, ils pourraient bien hanter nos nuits bientôt), si le Labour donc devait un jour prochain être en charge du gouvernement de Sa Majesté. 

La vie des Juifs européens se pare ainsi lentement des couleurs de l’automne. A défaut d’une sérieuse prise en compte de cette dernière mutation de l’antisémitisme et d’une profonde inflexion dans le verbe politique, médiatique et académique, ils seront de plus en plus nombreux à aller chercher ailleurs un peu de ce soleil qui commence à leur manquer ici…

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Isaac Franco, Chroniqueur à Radio Judaïca Bruxelles

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