Publié par Eduardo Mackenzie le 1 février 2019

Il n’y a rien de pire pour un pays en démocratie que d’avoir comme voisin une dictature belliqueuse et désespérée. Le Venezuela de Maduro, plus aux abois que jamais, peut tout tenter pour sortir de la crise meurtrière dans laquelle elle se trouve. Cette dictature n’est pas seulement une menace pour la Colombie : c’est un agresseur qui a déjà détruit l’économie qui existait entre les deux pays, exproprié des entreprises colombiennes, tué et emprisonné des Colombiens après les avoir qualifiés de « paramilitaires », et violé la frontière à plusieurs reprises avec des soldats et des avions de combat.

La chute du régime de Maduro devrait être une priorité pour la Colombie. Mais la chute de l’horrible personnage ne suffit pas. Personne ne peut se contenter d’un régime maduriste sans Maduro. Cependant, cela semble être l’une des stratégies choisies par Moscou et ses alliés de circonstance à savoir : Cuba, la Chine, la Turquie et l’Iran.

Le diplomate russe qui a pris la parole lors du dernier Conseil de sécurité des Nations Unies l’a clairement dit: Moscou cherche  « à stabiliser » le régime de Maduro. Quelques heures plus tard, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, est allé plus loin. Il a déclaré que le Kremlin ferait « tout ce qui est en son pouvoir pour soutenir le gouvernement légitime du président Nicolas Maduro », ce qui signifie que la Russie pourrait aller jusqu’à utiliser des moyens militaires pour soutenir cette macabre dictature.

C’est pourquoi l’attitude d’un charlatan corrompu comme Gustavo Petro est tellement scandaleuse quand il commence à crier que le président colombien Ivan Duque, par une phrase isolée et photographiée dans un cahier du conseiller américain à la sécurité nationale, John Bolton (1), aide « en secret » les États-Unis pour  « envahir le Venezuela ».  Petro invite Moscou et Caracas à porter un coup militaire préventif à la Colombie pour mettre fin à cette « invasion ». La gauche marxiste colombienne a toujours été antipatriotique. Les  agissements de Petro ne font que confirmer cette honteuse inclination.

Il y a une semaine, un portail numérique de Madrid a déclaré qu’un spécialiste pensait qu’il y avait « des frictions » entre Maduro et le gouvernement cubain parce que celui-ci avait donné l’ordre de « trouver une porte de sortie pour ses troupes au Venezuela ». Et que La Havane va essayer de faire ça « sans bruit ». Incroyable. Dans cette histoire  on voit la grosse ficelle de la désinformation. Ce plan est peu probable, surtout en ces moments de grande mobilisation et de défi politico-social contre Maduro et contre la cinquième colonne cubaine, et en faveur du président par intérim Juan Guaidó.

Rien n’indique que Raul Castro et Miguel Diaz Canel soient parvenus à la conclusion selon laquelle, dit l’expert, « ils ne peuvent pas arrêter la chute de Maduro et ils ne veulent pas non plus affronter les États-Unis ». Cuba et ses 22 000 agents dans les 24 États du Venezuela ne sont pas seuls : ils ont le soutien de Moscou et même du Vatican pour rester longtemps au Venezuela grâce à un processus confus pour lequel ils combinent déjà un appel au « dialogue avec l’opposition » « sur la paix et l’avenir du pays » et même la promesse de réaliser des « élections législatives anticipées », avec, en même temps, la mobilisation de l’armée maduriste, afin de réprimer les manifestations anti Maduro, pour épuiser, isoler et ruiner à court terme la stratégie légitimiste de Guaidó.

Ce que Poutine et ses alliés ont mis en place au Venezuela est énorme.  A coup de menaces et de mensonges, ils tentent d’empêcher Washington et les pays du Groupe de Lima d’ôter ce gâteau de leurs mains.

Trump est-il vraiment disposé à utiliser tous les moyens, tant diplomatiques que militaires, pour faire tomber cette dictature ? J’en doute. Pourtant, Trump devrait le faire sans délai, comme le demandent les Vénézuéliens eux-mêmes, car ce qui est en jeu ne concerne pas uniquement les Vénézuéliens, mais aussi l’hémisphère et, en premier lieu, les États-Unis. Si Cuba se maintient au Venezuela, la puissance russe qui avait réussi à imposer à Kennedy, après l’épisode des missiles soviétiques, la concession de ne pas renverser les Castro, aura remporté une deuxième bataille géopolitique encore plus spectaculaire et aux effets plus destructeurs. Le nouveau bastion totalitaire, dans un grand pays du continent, doublé de la puissance pétrolière, consolidera la citadelle balafrée de Cuba et pourra défier le pouvoir de Washington d’une façon mille fois plus crédible, et renforcer la politique russo-chinoise contre la prédominance stratégique américaine.

Pour la Colombie, le risque sera également démesuré. Si Maduro et le chavisme ne sont pas balayés, la Russie et ses alliés seront consolidés et, dans ce cas, la Colombie se retrouvera dans une situation semblable à celle qu’a connue la Pologne en 1939, envahie par l’URSS voisine avec l’argument selon lequel elle devrait « la protéger du fascisme », alors que quelques semaines auparavant, Staline avait secrètement convenu avec Hitler de déchirer et de diviser ce grand pays catholique. La Pologne a vécu sous le joug de l’Armée rouge pendant 50 ans. La Colombie, dans sa solitude, restera sous l’œil des ambitions de l’impérialisme russe. Comme la Finlande en 1939, 1940 et 1941. Comme la Géorgie aujourd’hui et, surtout, comme l’Ukraine après l’annexion de la Crimée par la Russie et la déstabilisation générale observée depuis 2014.

La Colombie ne devrait pas oublier l’histoire de ce qui s’est passé en Europe car elle peut payer cher cet aveuglement. Comme le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki le rappelle dans une récente interview (2), l’Europe occidentale « a failli, elle aussi, être envahie par la Russie en 1920, quand Lénine a donné à l’armée russe l’ordre d’aller jusqu’à Berlin et même jusqu’à Paris ». Mais les Russes ont été stoppés à Varsovie avec l’aide d’une « mission française spéciale à laquelle participait un certain capitaine Charles de Gaulle ! ».

Qui aidera la Colombie devant ces terribles ambitions ? Le président Trump est célèbre pour son jeu politique imprévisible. Aura-t-il la fermeté d’un George Bush père ? Cuba craint-elle un autre épisode humiliant comme celui de l’ile de Grenade, lorsque Ronald Reagan, en octobre 1983, a envoyé des troupes et renversé le dictateur marxiste Maurice Bishop qui était appuyé par Cuba et l’URSS ? Est-ce pour cela que Cuba veut sortir ses troupes ? Retarder toute action décisive servira à qui ?  À moins d’un effondrement de l’armée vénézuélienne, je ne vois pas, à terme, l’évacuation cubaine. Je ne vois aucun effondrement de l’armée vénézuélienne, malgré les bruits qui vont et viennent au sujet des « soulèvements » et des « pronunciamientos » militaires. J’aimerais me tromper. Pour sa part, le Parti Démocrate américain joue un rôle négatif. Il préfère que Maduro continue agrippé au pouvoir plutôt que de voir le président Trump triompher de Maduro et de Poutine, comme l’avait fait George Bush lorsqu’il a défait avec les marines, en décembre 1989, le fortin que Cuba et l’URSS avaient établi au Panama avec le général Noriega. Un tel triomphe aiderait Trump à être réélu.

Ceux qui sont gênés par la phrase de M. Bolton et par la visite en Colombie du général Mark Stammer, commandant sud de l’armée américaine, devraient réfléchir. Ils ne semblent pas se rendre compte de ce qui est en jeu. Toute la région est en danger à cause du chavisme et la Colombie est en première ligne. Rechercher le rétablissement de l’ordre démocratique au Venezuela et reconnaître, avec le Groupe de Lima, le président par intérim Juan Guaidó, comme le président Duque le fait bien, ne sera pas un lit de roses : cela implique de prendre des risques car le voisin n’est pas un régime raisonnable. Il  se croit solide sur le plan militaire et, surtout, il a des alliés qui utilisent la violence pour imposer leurs desseins. Tout peut arriver.

  1. Le ministre colombien des Affaires étrangères, Carlos Holmes Trujillo, a déclaré : « En ce qui concerne la mention de la Colombie dans le cahier que M. John Bolton  [“Afghanistan->welcome the talks. 5,000 troops to Colombia »], la portée et le motif de ladite annotation sont inconnus ».
  2. Revue Politique Internationale, Paris, N. 162, page 95.

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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