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Publié par Guy Millière le 2 mars 2019

Donc. Il n’y a pas eu d’accord entre Donald Trump et Kim Jong Un à Hanoi. Il n’y a pas même eu la signature d’un texte à la fin de la rencontre.

Donald Trump a interrompu les négociations de manière abrupte. Et Kim Jong Un est reparti vers son train, et vers soixante heures de voyage retour.  

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Avoir imaginé (ce n’était pas mon cas) qu’il y aurait un accord final miraculeux était bien trop imaginer, et Donald Trump ne l’imaginait pas. Il pensait qu’une avancée supplémentaire pourrait se produire. Il pensait aussi que ce qui vient de se passer pourrait tout à fait se passer.

La situation pour la Corée du Nord est assez simple à définir

  • Le régime nord-coréen est un régime totalitaire qui vit de menaces exercées contre ses voisins non communistes (Corée du Sud, Japon), et exerce ainsi une forme de racket. 
  • C’est un régime qui opprime, terrorise et endoctrine sa population, comme tous les régimes totalitaires, mais à un degré supérieur à celui des autres régimes totalitaires existants aujourd’hui. 
  • C’est aussi un régime qui dépend très largement de la Chine néo-communiste voisine, qui l’utilise depuis des années au service de sa stratégie de domination de l’Asie, et pour s’opposer à la présence américaine dans la région, en exerçant une menace constante sur ses voisins non communistes, et en incitant ceux-ci à se dissocier des Etats-Unis. 

Kim Jong Un a fait peur et utilisé le racket, comme son père et son grand-père avant lui, et cela a bien fonctionné jusqu’à la présidence Trump. Donald Trump a mis en place une stratégie d’endiguement du régime en élaborant des sanctions très lourdes contre celui-ci. Kim Jong Un a réagi en accélérant ses programmes nucléaires et en menaçant les Etats-Unis eux-mêmes. Trump lui a fait comprendre que les Etats-Unis ne céderaient rien et n’étaient aucunement intimidés, et qu’en cas d’attaque des Etats-Unis ou de leurs alliés, le régime nord-coréen serait immédiatement anéanti. Kim Jong Un s’est calmé. La Chine l’a sans aucun doute incité à se calmer. 

Les sanctions qui frappent la Corée du Nord ont des conséquences lourdes, et maintenir la Corée du Nord à flot coûte très cher à la Chine. 

Kim Jong Un a fait quelques gestes ressemblant à une minime ouverture et a relâché quatre Américains qu’il retenait prisonniers (l’un d’eux, Otto Warmbier, était, hélas dans le coma, suite à de très mauvais traitements, et est mort à son arrivée sur le sol américain), et tendu la main à la Corée du Sud. 

Trump a fait une proposition : dénucléarisation totale de la Corée du Nord contre abandon des sanctions, voire investissements américains en Corée du Nord, à condition que la Corée du Nord passe d’un fonctionnement totalitaire à un fonctionnement autoritaire.

Kim Jong Un a accepté de rencontrer Trump et a signé à Singapour un accord de principe parlant de dénucléarisation totale. Il a cessé de se montrer menaçant. Il a suspendu tout test nucléaire et tout test de missile balistique. Il a démantelé partiellement une base nucléaire. Il espérait obtenir un début de levée des sanctions. 

Trump lui a dit que les sanctions ne seraient levées que s’il faisait bien davantage. Les choses en sont restées là. La Corée du Nord a continué à enrichir de l’uranium. 

Une deuxième rencontre a eu lieu à Hanoi


Trump avait choisi Singapour comme lieu de la première rencontre parce que Singapour est sous régime autoritaire, et très développée. Il a choisi Hanoi comme lieu de la deuxième rencontre parce que le Vietnam est sous régime autoritaire, officiellement communiste, mais ouvert au développement et aux investissements américains. 

Kim Jong Un espérait obtenir la levée des sanctions en échange du démantèlement complet de la base nucléaire déjà partiellement démantelée. Trump a répété ce qu’il voulait : dénucléarisation totale de la Corée du Nord. 

Kim Jong Un a refusé d’aller plus loin. Trump a été inflexible et a quitté la table de négociation.

Il semblerait que la Chine ait demandé à Kim Jong Un de ne pas aller plus loin, imaginant que Trump avait besoin d’un succès international dans un contexte où les Démocrates aux Etats-Unis le menacent d’empêchement et utilisent tous les moyens pour le calomnier. Ils pensaient que Trump céderait. Ils se sont trompés. 

Que va-t-il se passer maintenant ?

Trump garde la porte ouverte, mais a fait comprendre qu’il ne bougerait pas. 

Kim Jong Un fera tout pour ne pas céder davantage et la Chine le poussera, pour le moment, à rester dans cette position. 

Kim Jong Un considère que l’arme nucléaire garantit la survie de son régime, et la Chine elle même préfère pour l’heure que la Corée du Nord garde ses armes nucléaires (elle pourrait protéger la Corée du Nord avec ses propres armes nucléaires mais n’a pas choisi cette option). 

Kim Jong Un ne peut paraître céder aux Etats-Unis sans risquer les foudres de la Chine et de la nomenklatura nord-coréenne. Il doit garder son statut de leader tout puissant aux yeux de la population qu’il tient sous son joug. 

Les choses sont au point mort. 

Ce doit être dit. La rencontre de Hanoi a été utile en ce qu’elle a montré à Kim Jong Un, à la nomenklatura nord-Coréenne et à la Chine que Trump ne céderait rien, et n’était pas fait du même bois que ses prédécesseurs. 

Kim Jong Un sait que revenir à des menaces bellicistes ne servira à rien. Il ne le fera donc pas. La Chine ne l’y poussera pas. Il n’y aura pas de retour au statu quo ante. 

Kim Jong Un peut rester dans ce point mort, mais ne pourra pas le faire très longtemps. Son pays est exsangue. La Corée du Nord ne dispose même pas d’un seul avion utilisable (le voyage à Singapour a été fait à bord d’un avion chinois, le voyage à Hanoi s’est fait dans un vieux train). Le coût pour la Chine est de plus en plus onéreux.

Les négociateurs américains doivent persuader Kim Jong Un et la nomenklatura nord-coréenne que la Corée du Nord restera une dictature et que les Etats-Unis ne chercheront pas à renverser le régime si celui-ci abandonne ses armes nucléaires et que, par contre, l’abandon des armes nucléaires conduira non seulement à la levée des sanctions, mais au développement du pays. Ils doivent persuader la Chine que les Etats-Unis ne chercheront pas à être présents militairement en Corée du Nord. Ils peuvent aussi lier la suspension des taxes qui frappent l’importation de produits chinois aux Etats-Unis à une attitude plus flexible de la Chine concernant la Corée du Nord.  

Kim Jong Un, la nomenklatura nord-coréenne et la Chine peuvent avoir la tentation d’attendre 2020, et de voir si Trump a des chances effectives d’être réélu. Un Démocrate serait bien plus susceptible d’être roulé dans la farine par des communistes. 

Il est impossible de dire ce qui va suivre. Trump a en tout cas obtenu la suspension de la menace nord-coréenne, quelques gestes nord-coréens, et, par les sanctions, contraint la Chine à payer beaucoup plus cher le maintien du régime nord-coréen. Ce sont des acquis. C’est beaucoup. 

Les relations entre la Corée du Nord et l’Iran en matière nucléaire militaire ont aussi été suspendues et le resteront C’est aussi un acquis. Et c’est beaucoup là encore. 

Avoir imaginé qu’il y aurait un accord final miraculeux était bien trop imaginer. Songer que des pas supplémentaires peuvent être franchis est possible, mais j’aurais tendance à penser que rien ne se passera avant 2020. 

Les Démocrates, en se comportant comme ils le font, n’arrangent rien. Mais c’est logique au vu de ce qu’ils sont.   

 Ceux qui parlent d’«échec» de Trump n’ont rien compris, mais c’est normal, ils ne comprennent rien à rien depuis très longtemps. 

Ils n’ont pas compris entre autres qu’en se montrant inflexible à Hanoi, Trump a envoyé un message fort à tous les régimes avec lesquels les Etats-Unis sont en conflit ou en négociation. 

Certains disent qu’il faut attendre la chute du régime nord-Coréen : la Chine étant juste à côté, ils peuvent attendre indéfiniment. Même si cela lui coûte extrêmement cher, la Chine le laissera pas le régime nord-coréen chuter.

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

PS. Dans une émission de télévision française, Bernard-Henri Levy a qualifié Trump à Hanoi de personnage «grotesque» et a dit que le témoignage de Michael Cohen avait montré qu’on avait affaire à un homme «remarquable». C’est à ce genre d’éclairs de lucidité qu’on reconnaît les penseurs profonds. 

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