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Publié par Isaac Franco le 11 mars 2019

Edito d’Isaac Franco, chroniqueur, sur Radio Judaïca du 11 mars 2019 – « Alost, le grand n’importe quoi »

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Pour Unia, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, la compagnie carnavalesque Vismooil’n n’a, je cite, «pas violé de lois en arborant des stéréotypes juifs sur son char» lors du dernier carnaval d’Alost ce, malgré la représentation de mannequins affublés des stéréotypes juifs les plus abjects qui ont jalonné l’histoire de l’antisémitisme. Pour Unia toujours, «Quand on examine la législation, il semble que tout soit resté dans les limites de la loi. Nous comprenons que certaines personnes se soient senties blessées, mais l’intention n’était pas méchante». Unia endosse donc ainsi la pitoyable explication des responsables de ce misérable spectacle selon laquelle ils entendaient seulement dénoncer le fait que le carnaval d’Alost était cette année, je cite, «contraint à l’économie». Unia ne portera donc pas l’affaire devant la justice mais, je cite, «engagera une médiation cette semaine entre l’administration communale alostoise et la communauté juive», laissant ainsi les Juifs ester seuls contre cette sinistre mascarade.

Questions : si le carnaval d’Alost était, lors d’une prochaine édition, «contraint» à des mesures de sécurité contraignantes à cause de menaces terroristes et qu’il se trouvait des participants à ce même défilé pour dénoncer ce fait en faisant parader un char avec Mahomet, le regard courroucé en dessous d’une bombe à la mèche allumée dans le turban, le Coran au bout du bras tendu et une gamine pré pubère dénudée sur l’épaule, entouré de ses premiers fidèles barbus dégainant un sabre coupeur de têtes de son fourreau, Unia dirait-il là aussi que «Quand on examine la législation, il semble que tout soit resté dans les limites de la loi» ? Unia ajouterait-il «que nous comprenons que certaines personnes se soient senties blessées mais que l’intention n’était pas méchante» ? Là aussi, là également, Unia se bornerait-il à engager «une médiation» entre l’administration communale alostoise et les représentants de la communauté musulmane de notre pays ?

Je crains fort que poser ces questions, ce soit y répondre. A l’évidence, contrairement à ce qui arriverait dans l’hypothèse -très improbable pour les raisons que chacun devine sans peine depuis les attentats terroristes de masse de 2015 et 2016- où des participants singulièrement téméraires se risqueraient à une représentation aussi peu amène du prophète de l’islam, la détestation des Juifs et leur immonde représentation ne coûtent rien à ses auteurs. Ils savent, ces organisateurs et les acteurs de cette resucée contemporaine de la haine et du mépris antisémite moyenâgeux, qu’ils ne risquent rien à le faire. Le communiqué d’Unia vient simplement le confirmer.

Mais la pusillanimité et l’hypocrisie du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme ne sont rien rapportées à ce qu’il suggère qu’il faudrait désormais une «intention méchante» pour qu’un acte, une représentation ou une parole antisémite soit qualifié(e) d’antisémite et de ce fait justiciable. Faudra-t-il donc à l’avenir s’interroger sur l’intentionnalité de celui qui profère une parole ou pose un acte antisémite pour savoir quel regard, sévère ou indulgent, il convient d’avoir sur ce fait ou cette parole ? A cette aune, ne suffira-t-il pas à qui se verra accuser demain d’antisémitisme de plaider que ses intentions n’étaient pas méchantes ? Que, tout en concédant du bout des lèvres que son acte ou son propos pouvait peut-être passer pour certains pour méchant, il n’avait pour autant pas l’intention de l’être ? Si quelqu’un qui tue sans avoir eu l’intention de tuer n’en demeure pas moins coupable d’avoir tué, comment quelqu’un qui vous aura traité de sale juif, fût-ce seulement sous le coup de la colère, pourrait-il être absous de sa faute au motif qu’il n’avait pas d’intention méchante ? Et qui donc serait chargé de statuer sur cette intentionnalité sinon un tribunal devant lequel Unia renonce d’emblée d’aller ?

Quelques autres questions encore à nos gardiens somnolents de l’égalité des chances et à nos si peu vaillants lutteurs contre le racisme : faudra-t-il aussi témoigner d’une égale intention méchante au prononcé de sale arabe ou de sale bougnoule, de sale pute ou de sale pédé, ou à leur représentation dégradante, pour tomber sous le coup de la loi ? Ou aucune circonstance ou dénonciation particulière ne sera, là seulement, recevable ? Autrement dit, Unia pense-t-il sérieusement qu’il existe des conditions dans lesquelles il est possible de proférer de telles insanités sans intention méchante ? Non, impossible sans intention méchante pour sale arabe, sale bougnoule, sale pute ou sale pédé, mais oui, possible sans intention méchante, pour des Juifs aux nez crochus assis la main tendue sur des sacs d’or, la tête couverte d’un streimel et un rat sur l’épaule ? Unia est-il stupide ou lobotomisé au point de gober que les responsables de cette compagnie carnavalesque ne savaient pas pertinemment le caractère foncièrement malin de ce qu’ils faisaient ? Faut-il au demeurant qu’il y ait intention, méchante ou non, pour qualifier un fait ou une parole antisémite et chercher logiquement à le punir en conséquence ? Unia est-il irresponsable au point d’ignorer que tout celui qui dit sale juif, sale arabe, sale bougnoule, sale pute ou sale pédé le dit, ou le représente de façon dégradante, parce que son logiciel le plus intime -c’est-à-dire ses pulsions les plus inavouables- l’invite, quand certaines circonstances sont réunies, à céder à ces invectives ? Unia réalise-t-il que même une Commission européenne d’ordinaire si timorée et une UNESCO habituellement si fangeuse ont, pour une fois, été à la hauteur des enjeux en condamnant vigoureusement cette pantalonnade antisémite d’un autre âge ?

Là aussi, j’incline à penser que poser ces questions, c’est, hélas, y répondre. Comme dirait l’autre, confier la garde de la banque à Al Capone ou celle d’une classe d’adolescentes à Marc Dutroux vous expose immanquablement à de graves conséquences. Si vous voyez là une allusion à Unia et à la lutte contre l’antisémitisme, apprenez que je ne suis, moi, animé d’aucune intention méchante…

© Isaac Franco, Bruxelles, 11 mars 2019

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