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Publié par Gaia - Dreuz le 12 mars 2019

Source : Libération

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Logement, pouvoir d’achat, santé… Dans le sillage du grand débat, des délégations de personnes en précarité sont venues discuter avec les fédérations de solidarité au Conseil économique social et environnemental (Cese), à Paris ce lundi.

Depuis cet automne, la place d’Iéna à Paris (XVIe arrondissement), surplombée par le Conseil économique, social et environnemental (Cese), voit parfois défiler le samedi des manifestants flanqués d’un gilet jaune. Il était donc naturel que le Cese ouvre ses portes afin de participer au grand débat national, annoncé en janvier par le Président comme une amorce de réponse au mouvement. «Les pouvoirs publics doivent écouter les cris, les demandes, les propositions de la société civile. La grande pauvreté bien souvent se conjugue avec l’absence de parole, et l’absence d’écoute», estime ainsi Patrick Bernasconi, qui préside l’institution.

Ce lundi, la Fédération des acteurs de la solidarité, l’Armée du Salut et l’Uniopss (Unir les associations pour développer les solidarités) ont donc accueilli au Cese une dizaine de délégations de personnes en situation de précarité, venues de Marseille, de Belfort, de Mulhouse, des Hauts-de-France, d’Occitanie ou de région parisienne, pour échanger autour de leurs besoins et restituer les discussions et préconisations auxquelles elles ont travaillé en amont. Logement, pouvoir d’achat, autonomie des adultes handicapés, précarité des jeunes, réinsertion après un accident de parcours, santé des femmes précaires, hébergement d’urgence… à travers les sujets évoqués, ce sont leurs vies que les délégués ont racontées.

Partir du vécu

«Les minima sociaux ne suffisent pas pour vivre dignement. Nous demandons que les élus effectuent des stages de pauvreté pour qu’ils prennent véritablement conscience de la vie sans argent», martèle Ferdinand, l’un des délégués. Hochements de tête approbateurs dans l’assemblée. Parmi les propositions des délégations, plusieurs s’opposaient à la politique menée par le gouvernement : augmenter les aides personnalisées au logement (APL), quand le gouvernement va dans le sens inverse, développer l’hébergement d’urgence, alors que son budget a été amputé de 57 millions d’euros, augmenter l’impôt des ménages les plus riches, quand les mesures fiscales prises par le gouvernement leur sont en fait plus favorables, interdire le glyphosate, quand Emmanuel Macron reste flou sur le sujet… Ce qui n’a pas empêché le ministre Julien Denormandie, qui assistait à la restitution des échanges, de qualifier les propositions de «pertinentes». «Je ne vous promets absolument pas que tout ce que vous avez dit sera repris», a-t-il prudemment ajouté.

«Comme solution, nous proposons d’abord de respecter la loi.» Le sens de la formule de la déléguée de l’association Aurore fait mouche. Sur le logement social ou sur l’accessibilité pour les personnes handicapées, les participants l’ont rappelé : des décisions ont déjà été prises, des lois ont déjà été votées, mais elles restent trop peu, ou trop lentement, appliquées. Pour améliorer l’ordinaire, les participants ont aussi proposé des solutions très concrètes, parfois créatives – c’est l’avantage de partir du vécu. Ainsi l’idée d’étendre le pass culture à tous, et non pas qu’aux jeunes, celle d’ouvrir les bibliothèques le soir et le week-end, de généraliser le wifi dans les centres d’hébergement, de faire rénover les logements vacants par des personnes sans domicile fixe en échange d’un hébergement, de sensibiliser au harcèlement de rue au collège et au lycée, de développer les épiceries solidaires…

Droit à la dignité

D’autres préconisations étaient davantage des grandes orientations : prioriser les actions de développement durable, augmenter le parc de logements sociaux et le nombre de places d’hébergement d’urgence, renforcer l’accueil physique dans les administrations afin d’éviter la déshumanisation du tout-numérique, recréer du lien social sur les territoires, réduire les loyers, augmenter les salaires, donner plus la parole aux jeunes… Mais qu’il s’agisse de créer un revenu individuel d’existence pour les adultes handicapés sans prendre en compte les revenus du conjoint pour préserver leur autonomie, de faire en sorte que personne ne sorte des centres d’hébergement sans solution pérenne, de permettre de bénéficier du RSA dès 18 ans, d’augmenter la participation citoyenne aux décisions publiques, ou d’autoriser les demandeurs d’asile à travailler dès le début de leurs démarches, les propositions revenaient à revendiquer une sorte de droit à la dignité, et surtout à l’autonomie. Comme un tacle aux discours paternalistes sur «l’assistanat».

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