Publié par Jean-Patrick Grumberg le 5 mars 2019

Deux petites filles, deux sœurs, âgées de 5 et 8 ans, ont survécu dans les bois humides de Californie du Nord pendant 44 heures sous une température de 6 degrés.

Miracle, chance ou génie humain, sans doute un peu des trois. Grâce aux cours de survie en milieu sauvage du club 4-H local, Caroline et Leia Carrico ont bravé les éléments hostiles après s’être perdues au fond des bois.

Caroline, 5 ans, et Leia, 8 ans, étaient restées enfermées toute la semaine dans leur maison de Benbow, à 300 km au nord de Sacramento dans le nord de la Californie, en raison du temps pluvieux qui a provoqué des inondations et des glissements de terrain dans le nord de la Californie.

Tout ce que les filles voulaient faire, c’était sortir. Vers 14 h 30 vendredi, elles étaient toutes excitées de pouvoir enfin aller se promener, ont-elles rapporté au SFGate (1), le quotidien local. Après avoir suivi une piste de cerfs sur quelques kilomètres, elles se sont rendu compte qu’elles s’étaient aventurées un peu trop loin dans les bois et qu’elles étaient perdues.

“Une fois qu’elles ont su qu’elles étaient perdues, à partir de ce moment-là, elles n’ont plus bougé,” a déclaré le shérif William Honsal du comté de Humboldt. “Elles sont restées là où elles étaient pour la nuit, et c’est là qu’elles étaient jusqu’à ce qu’elles soient sauvées.”

Les petites filles étaient piégées dans une forêt de séquoias géants, avec des manzanillas et des myrtilles, sur un terrain vallonné, trempé par des ruisseaux enflés par les récentes pluies diluviennes.

Honsal a expliqué que les fillettes ont pu survivre sans blessure et rester en bonne santé grâce à la formation de survie en milieu sauvage qu’elles ont reçue des 4-H.

Pour se protéger de la pluie et du froid, les fillettes se sont blotties sous les buissons, elles ont trouvé des branches d’arbres basses sous lesquelles elles se sont abritées pour rester au sec, et elles ont bu l’eau fraîche qui s’est accumulée sur les feuilles de myrtilles de Corinthe. Elles ont partagé l’imperméable que portait l’une des deux, chacun une manche, pour se réchauffer l’une l’autre et s’abriter de la pluie. Les autorités les ont trouvés avec seulement les vêtements qu’elles avaient sur le dos : chemise, imperméable, pantalon et bottes de pluie.

“Nous avons été stupéfaits quand nous les avons trouvées : elles étaient en très bonne santé, et totalement sèches”, a dit M. Honsal.

Lorsque les recherches ont débuté vendredi soir, 15 à 20 bénévoles se sont présentés pour aider à ratisser les bois à la recherche des fillettes. Dimanche, le nombre d’intervenants s’élevait à 270 personnes, représentant plus d’une douzaine de comtés du nord de la Californie, dont Marin, Napa, Alameda, Santa Clara, Contra Costa et autres.

Les équipes d’urgence du comté de Humboldt ont également reçu l’appui de la Garde nationale californienne, de la Garde côtière américaine, du California Office of Emergency Services et de la California Highway Patrol.

Les responsables se sont rendu compte qu’ils devaient mobiliser davantage de ressources s’ils voulaient trouver les filles tant qu’elles étaient en bonne santé, a dit M. Honsal.

“Nous savions que le dimanche devait être le jour où il fallait les trouver à tout prix. Les prévisions pour dimanche soir et lundi matin étaient -1 degré (Celsius), a-t-il dit. “On pensait que l’hypothermie allait commencer à les rattraper si ça n’avait pas déjà commencé à être le cas.”

Les équipes de recherche ont été aidées par des chiens et des hélicoptères, et l’effort a couvert environ 8 km2.

Vers 8 h 30 dimanche, Delbert Chumley et Abram Hill, du service des pompiers volontaires de Piercy dans le comté de Mendocino, ont repéré des empreintes de bottes qu’ils croyaient être celles des fillettes, ainsi que des petits morceaux d’emballages de nourriture qu’elles avaient jetés par terre un peu comme les petits cailloux blancs de la fable du Petit Poucet. Ce sont les empreintes qui ont conduit les secours jusqu’à elles.

Les filles avaient soif, faim et froid quand nous les avons découvertes, mais elles étaient assez sèches et en bonne santé, a dit le shérif Honsal. Les secouristes ont donné aux filles de la nourriture, de l’eau, des couvertures et des vêtements propres avant de les ramener à leur famille.

“La classe de survie 4-H en milieu sauvage leur a finalement sauvé la vie”, a dit M. Honsal. “Elles savaient exactement quoi faire pour tenir et survivre jusqu’à ce que les sauveteurs arrivent. C’est assez incroyable.”

Le programme 4-H

La lettre “H” du programme 4-H signifie “cerveau” (head), pour “préparer et former le cerveau à une pensée plus claire.” (2)

Le principe du programme, qui comprend une formation mentale et une formation à la survie, consiste à développer la capacité de se prendre en charge.

L’un des concepts clés autour du 4-H a pour but de permettre aux jeunes d’acquérir des connaissances, de développer des aptitudes à la vie quotidienne et de former des attitudes qui leur permettent de devenir des membres autonomes, productifs et utiles de la société.

4-H permet aux jeunes de participer activement à leur propre apprentissage.

Une formation à l’autre, et à soi

La partie de formation mentale, dont j’apprends avec vous la nature, m’a fasciné.

  • Chaque matin, les petits groupes de survie ont une heure de formation en leadership et stratégies utilisées lors des activités de survie, d’apprentissage et de loisirs de la journée. La formation comprend :
  1. Utilisation de messages non verbaux.
  2. Poèmes, chants et exercices de remue-méninges pour encourager la parole.
  3. Discussion de groupe, apprentissage de la prise de décision et des tactiques de consensus.
  4. Travailler au sein d’unités plus petites à l’intérieur d’un groupe plus large.
  5. Accomplir des tâches individuelles.
  6. Formation à l’écoute active.
  7. Activités de coopération.
  8. Enseigner.
  9. Donner de la rétroaction.
  10. Prendre le point de vue d’une autre personne.
  • Les stratégies de leadership servent à élaborer un effort collectif unifié pour amener les membres anxieux à franchir une course à obstacles.
  • Le groupe répond aux besoins physiques et émotionnels de ses membres en marchant sur des poutres oscillantes, en sautant d’un poteau à l’autre, en grimpant sur et dans des pneus, et en marchant sur un ravin sur un pont à deux cordes.
  • À la suite de ces expériences, les membres ont appris deux leçons essentielles en matière de leadership : comment donner du soutien et comment accepter le soutien.

“On devrait aller un peu plus loin”

Lundi après-midi, les fillettes, accompagnées de leurs parents, se sont assises pour une interview avec la chaîne de télé locale KNTV pour parler de ce qui s’est passé.

Leia : ” Nous jouions près de notre cabane dans l’arbre, et j’ai demandé à maman qu’on puisse faire une randonnée, et j’ai appelé les chiens pour qu’ils nous accompagnent mais ils ne sont pas venus…. Alors j’y suis allée toute seule avec ma sœur.”

Elles ont dépassé leur “marqueur” [une branche sur le chemin], a-t-elle poursuivi, ont pris un mauvais virage, et se sont perdues.

“Nous voulions juste un peu plus d’aventure”, a ajouté Caroline. “J’ai dit qu’on devrait un peu plus loin.”

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

  1. SF Gate
  2. Joe.org

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