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Publié par Gaia - Dreuz le 2 avril 2019

Source : Lefigaro

Spécialiste de la communication d’Emmanuel Macron, Arnaud Benedetti fait le bilan du «grand débat». Selon lui, le chef de l’État n’a fait que confondre son public et l’ensemble des Français. Et ce grand débat servait essentiellement à sauver «la pensée conforme des élites gagnantes de la globalisation».

Le grand débat agonise. Il vit ses derniers instants, coincé entre une mobilisation giletiste qui perdure, une drôle de campagne européenne, un prurit des égos marcheurs et parisiens en vue des municipales et une scène européenne où se convulse une Union européenne qui ne parvient pas à convaincre, encore moins à se faire aimer.

La fonction première de l’exercice proposé par le Président en réponse à la crise des Gilets jaunes était d’abord de restaurer l’image présidentielle, dans la singularité de sa personnalité et dans la spécificité du statut. Après le K0 technique de décembre, le chef de l’État a retrouvé l’énergie combative qui avait fait sa marque. Les longues heures de débat atteste de cette résurrection personnelle. Mais cette dernière n’est pas une rédemption. La rencontre avec les Français avait pour objectif aussi de les rassembler à nouveau, de les réunir, de cautériser les plaies et de réactiver la thaumaturgie propre au monarque. Les corps intermédiaires, les élus notamment, ont été réintégrés, tout au moins symboliquement par la scénarisation souvent municipale de cette agora de circonstance réinventée pour les besoins de la cause présidentielle. Nonobstant cette entreprise de réparation des traits les plus controversés du Président, l’image demeure clivante, prédatrice du modèle social français, alignée sur les intérêts de Bruxelles, des lobbys constitutifs de ce qu’Alain Minc appela en son temps «le cercle de la raison».

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Pour le Président, tout se passe comme si l’enjeu n’était pas de rompre avec sa trajectoire mais de s’efforcer d’y acculturer une opinion qui n’y serait rétive que par manque de… pédagogie.

La seconde fonction, mutadis mutandis, visait à éteindre le feu giletiste, à hacker en quelque sorte la colère pour la ramener dans le sillon de l’espace public normé et balisé par les corps intermédiaires. Les actes des gilets n’ont pas cessé, parfois avec un soutien moindre de l’opinion, mais avec un étiage qui reste néanmoins conséquent. L’initiative, loin d’absorber le prurit contestataire et de le reconvertir en contrainte positive, n’a pu éponger la crise qui, latente ou explicite, continue de sourdre dans les veines du corps social. Sans doute faut-il voir dans le prolongement, au-delà de ses bornes initiales, d’un grand débat qui n’en finirait pas le constat de l’impossible garrottage d’une mobilisation qui a fini par «hacker», elle , le rendez-vous du Président avec son peuple.

La troisième fonction consistait à substituer la communication au refus qu’exprime une large partie de l’opinion à l’encontre de la politique et du style Macron. Toute l’entreprise tendait à vouloir restaurer la promesse participative du «nouveau monde», mais en ne changeant rien à la programmation du macronisme, à sa doctrine intrinsèque empreinte de foi en la globalisation, de réduction du périmètre de l’État social, d’exaltation de l’individualisme comme outil de mobilité. Pour le Président, tout se passe comme si l’enjeu n’était pas de rompre avec sa trajectoire mais de s’efforcer d’y acculturer une opinion qui n’y serait rétive que par manque de… pédagogie. In fine l’offre de débat est d’abord communicante, tour de passe-passe dont l’objet est d’accréditer l’idée que l’on débat de tout, alors que l’on ne se confronte qu’à l’épreuve des moyens et non des finalités qui restent inchangées.

À l’horizon immédiat, le risque du rendez-vous raté est grand, voire inéluctable. Le Prince active la com’, la pressure, l’emballe comme jamais, multipliant une ubiquité irréfrénée, des jeux de scène sans fin à usage des réseaux et du tout-info. Il parle d’abord aux miroirs de l’entre-soi politico-médiatique, s’efforçant de réveiller l’enthousiasme pour son personnage et son texte. Or le personnage confond son public et le peuple, s’aveugle aussi et surtout sur l’attrait pour sa partition.

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Le personnage confond son public et le peuple, s’aveugle aussi et surtout sur l’attrait pour sa partition.

Les Gilets jaunes ne sont très certainement pas majoritaires mais ils expriment d’abord un sentiment prégnant, mélange de doute pour les plus bienveillants et de refus pour les plus réfractaires. Quoi qu’en pensent bien des observateurs et autres acteurs de la sphère décisionnelle, la France, pour partie, est entrée en objection de conscience. Elle ne se reconnaît plus dans le miroir du pouvoir que lui tend le chef de l’État, elle se braque à l’idée d’une mondialisation qui détricoterait sa façon et sa raison d’être, elle ne voit plus dans les institutions le pré carré de sa représentation et de sa protection. L’ode au progressisme qu’en vain Emmanuel Macron s’efforce d’infuser comme représentation de l’avenir reproduit la pensée conforme des élites gagnantes de la globalisation. Le grand débat n’a d’autre objet que de sauver au Royaume de France cette doxa. Faute de s’élever à la hauteur de la crise par un aggiornamento de sa doctrine techno-libérale, le Président sera le Necker d’avant la révolution ou le Paul Reynaud d’avant la débâcle, des hommes de bonne volonté, certes, mais néanmoins dépassés par la force irrépressible des événements…

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