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Publié par Isaac Franco le 8 avril 2019

Dans une interview accordée avant-hier samedi à Channel 12, Benjamin Netanyahou a, pour la première fois depuis son retour aux affaires en 2009, déclaré qu’une fois élu, il annexerait des portions de la zone C en Judée Samarie où se trouve la totalité des implantations israéliennes à l’est de la ligne de cessez-le-feu de 1949 et que celles-ci, grands blocs d’implantations comme implantations isolées, passeraient dès lors toutes sous souveraineté israélienne.

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Quelques jours seulement après la reconnaissance américaine de la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan, Benjamin Netanyahou prive ainsi d’argument tous ceux qui, à sa droite, le taxaient de faiblesse pour son refus de briser le tabou de l’annexion unilatérale d’une partie au moins de la Judée Samarie conquise, elle aussi, en juin 1967 aux termes d’une guerre défensive.

Alors, quel poids, quel prix faut-il accorder à cette déclaration faite trois jours seulement avant le scrutin de demain?

S’agit-il d’une resucée des dernières heures de la campagne de 2015 quand il motivait les électeurs encore indécis à glisser un bulletin Likoud dans l’urne pour faire pièce aux citoyens arabes israéliens supposés voter en masse?

S’agit-il, cette fois encore, de propos de campagne destinés à siphonner un maximum de voix à des partis promis pourtant à devenir ses prochains partenaires de gouvernement – un pari risqué qui pourrait priver l’un ou l’autre d’entre eux de représentation parlementaire faute de dépasser le seuil d’éligibilité – mais un pari nécessaire pour maximiser les chances du Likoud de devancer son concurrent Bleu Blanc au soir des élections de demain mardi et forcer ainsi la main du président Rivlin qui n’aurait alors d’autre choix que celui de lui confier la tâche de former une coalition?

Ou s’agit-il d’une véritable rupture avec un dogme diplomatique, un point de doctrine réputé fondamental et incontestable qui, des accords d’Oslo en 1993 sous la présidence Clinton aux présidences Bush Fils et Obama qui tous deux voyaient dans la politique d’implantation un obstacle majeur, posait que tout changement du statut territorial de la Judée Samarie passait obligatoirement par la conclusion d’un accord global de règlement et la création d’un Etat palestinien dans le cadre de la solution dite à 2 Etats?

L’élection de Donald Trump ouvre-t-elle, dans cette hypothèse, une fenêtre d’opportunité plus unique que rare pour mettre à l’agenda d’une éventuelle prochaine coalition dirigée par Benjamin Netanyahou l’annexion de portions de la Judée Samarie et l’application de la souveraineté israélienne, assurée qu’elle serait du soutien du locataire de la Maison Blanche s’il prenait de surcroît aux Palestiniens de rejeter jusqu’à l’idée d’examiner le plan de règlement élaboré par son administration?

Il est difficile à ce stade de dire à quel impératif, électoraliste ou stratégique, obéit cette déclaration, d’autant que, dans le seul courant de la dernière mandature, le Premier ministre sortant n’avait pas hésité à contrecarrer une soixantaine de tentatives parlementaires visant l’une ou l’autre forme d’annexion partielle ou totale de la Judée Samarie, dont deux douzaines d’y appliquer une pleine et entière souveraineté israélienne.  

Mais si même il ne s’agissait que d’un stratagème de campagne, le seul fait d’avoir prononcé le mot jusque là tabou de « souveraineté » en plus d’avoir écarté fermement toute idée d’évacuation de la moindre implantation, fût-elle la plus isolée, témoigne d’un basculement radical dans la perception d’un spectre politique israélien de plus en plus large du futur dialogue avec les Palestiniens, qui inscrit désormais toute exigence d’un retrait aux prétendues frontières de 1949 au registre des vestiges d’un passé définitivement révolu.       

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Comme le faisait remarquer Tovah Lazaroff dans le Jerusalem Post d’hier, 14 ans après qu’Ariel Sharon faisait évacuer la bande de Gaza et détruire une vingtaine d’implantations et dix ans après le discours de Bar Ilan où le Premier ministre sortant acquiesçait du bout des lèvres à la création d’un Etat palestinien démilitarisé, l’idée d’une paix avec les Palestiniens paraît aujourd’hui si éloignée sinon fantaisiste que le candidat Benjamin Netanyahou se sent assez fort pour non seulement affirmer qu’il n’évacuerait aucune implantation mais qu’il redessinerait unilatéralement la carte de la souveraineté israélienne pour les y inclure toutes…

Reste à attendre le résultat des élections de demain pour connaître les véritables intentions d’un futur Premier ministre Netanyahou ou celles de son rival Gantz qui qualifiait hier la déclaration du chef du Likoud d' »irresponsable » sans pour autant avoir sur la question de l’annexion des implantations, en tous cas celle des grands blocs, et de l’application de la souveraineté israélienne une position fondamentalement différente…

Isaac Franco, Chroniqueur à Radio Judaïca Bruxelles

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