Publié par Ivan Rioufol le 2 juin 2019

L’abandon de la cause identitaire par la droite élitaire, pressée d’être de son temps, vaut à Bellamy son échec cuisant. Ce séisme annonce un basculement politique.

À quoi ressemble la France? À un pays durablement fracturé. Les habitants des métropoles mondialisées se désolidarisent des inquiétudes de ceux qui, au cœur des provinces, craignent la dilution de leur mode de vie.

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La bourgeoisie urbaine a déserté le combat civilisationnel des «réacs» d’en bas. Elle a préféré rejoindre la majorité présidentielle et son parti de l’Ordre, conforté par la mise au pas des «gilets jaunes». La photographie des européennes fait ressortir cette mésentente civile: le Rassemblement national domine les territoires en quête de protections sociales et culturelles ; La République en marche s’impose dans les grandes villes ouvertes et enrichies, ainsi que dans l’Ouest désenclavé et catholique. À Paris, le feutré XVIe arrondissement a préféré voter pour le «progressisme» plutôt que pour le conservatisme de François-Xavier Bellamy (LR).

Même à Versailles, l’enfant de la ville et adjoint au maire n’est arrivé que deuxième. Cet abandon de la cause identitaire par la droite élitaire, pressée d’être de son temps, vaut à Bellamy son échec cuisant (8,48 %). Ce séisme annonce un basculement politique.

Cette débandade dit la médiocrité de cette droite sans convictions.

Dès lundi, Geoffroy Didier, ex-bras droit de Bellamy, a reproché au vaincu son «conservatisme sociétal» et son plaidoyer contre l’arrêt des soins de Vincent Lambert. Cette débandade dit la médiocrité de cette droite sans convictions.

La trahison est chez elle une seconde nature. La voilà prête à imiter la macronie bêtasse quand celle-ci désignait la tête de liste LR comme un «passéiste», au prétexte que le jeune philosophe évoquait brillamment les racines gréco-latines et judéo-chrétiennes de l’Europe.

Rien de durable ne peut être construit avec cette caste sans honneur ni vision. Elle est prête à larguer la nation et le peuple pour ne pas paraître, aux yeux de prétendus modernes, nationaliste ni populiste. Les électeurs soucieux de la préservation de leur pays ne peuvent plus faire confiance à de tels bradeurs. Bellamy n’a pas à s’excuser de sa déroute comme il l’a fait : elle vient des défaillances répétées de son camp mouvant. Les Républicains n’apportent plus rien à la politique, sinon, pour certains, la honte du reniement.

La nouvelle révolution, entamée avec le réveil des Oubliés, n’épargnera pas les équilibres politiques. Édouard Philippe a raison quand il dit, au vu des résultats de dimanche :

Les anciens clivages ne sont plus.»

Le tête-à-tête entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron balaie la vieille opposition droite-gauche, au profit de la confrontation mondialistes- souverainistes, avalisée par le chef de l’État. Toutefois, rien n’est moins évident que sa victoire, présentée comme acquise par le Système en dépit de sa deuxième place. Certes, moins de 1 % des voix sépare LREM (22,41 %) du RN (23,31 %). Mais ce score fait perdre au président son pari de battre Le Pen. RN gagne 600 000 voix par rapport à 2014 et arrive en tête dans 76 départements.

Macron reste confronté à la défiance de 8 Français sur 10

Quant à Macron, s’il peut se féliciter d’avoir attiré 27 % des électeurs de François Fillon, il reste confronté à la défiance de 8 Français sur 10. Près de 50 % des inscrits se sont abstenus. Lorsque Loiseau dit de son bilan: «Ce n’est pas une défaite», resurgit l’incendiaire arrogance d’un pouvoir resté fragile.

  • Laurent Wauquiez, président des Républicains, propose des «états généraux» du parti, à la rentrée. 
  • Gérard Larcher, président du Sénat (LR), veut pour sa part susciter dès à présent un rassemblement de la droite et du centre, en partant des élus de terrain.

Ces gesticulations resteront vaines tant que la droite n’aura pas choisi son camp, entre progressisme et populisme.

Macron sera réélu en 2022 s’il se retrouve face à Le Pen, restée isolée politiquement. Or cette issue pourrait être détournée si les souverainistes décidaient enfin de s’allier contre les mondialistes, en passant outre les interdits d’un rapprochement avec le RN recentré.

Dès dimanche soir, la gauche en déroute n’avait que le mot «union» à la bouche. Rien ne justifie que ce qui reste de la droite conservatrice, élaguée de ses faux frères, ne puisse tisser de semblables coalitions avec ceux qui lui ressemblent.

Sur les questions sociétales, les différences entre LR et RN sont mineures. Les questions économiques et sociales peuvent s’ouvrir à des compromis. Pourquoi tergiverser?

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© Ivan Rioufol pour Le Figaro Vox

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