Publié par Guy Millière le 3 juin 2019

Je n’entendais pas revenir sur les élections européennes et leurs résultats en France, mais ce que je puis lire dans la presse et entendre dans les médias m’y oblige.

La recomposition politique qui s’opère n’est pas vraiment comprise, sinon par une maigre poignée de commentateurs : Eric Zemmour, Ivan Rioufol, un ou deux autres. C’est trop peu. En observant ce qui se passe de très loin, peut-être ai-je la possibilité de prendre de la distance et de mieux cerner les choses. Disons ce qui doit l’être.

La première dimension essentielle est la transformation de ce qui fut la gauche. Le parti communiste est mort. Le parti socialiste est mort lui aussi. Le gauchisme à l’ancienne est à l’agonie, ce que montre le score de La France insoumise. Une gauche extrême nouvelle prend forme : celle incarnée par l’écologisme que portent Les Verts. Cette gauche extrême est favorable à l’immigration sans contrôle et au multiculturalisme, résolument aveugle face au danger islamique, hostile à toute forme de souveraineté nationale et prête à faire peu de cas de la démocratie. Elle est hostile à la croissance, à l’innovation, à la libre entreprise, au libre marché, à la civilisation occidentale. Elle est apocalyptique. Elle agite la grande peur de l’an 2030 après avoir agité la grande peur de l’an 2000, et pousse à la stérilisation généralisée au nom de l’idée inepte que “l’humanité est menacée d’extinction à brève échéance”. Elle a disséminé des rumeurs sans fondements mais présentes partout dans l’air du temps, ce qui lui permet d’attirer des adeptes bien au-delà de la gauche extrême. Elle est aussi nocive que les léninistes autrefois mais s’est donnée les allures de porteuse d’un dogme incritiquable. Mon ami Drieu Godefridi a publié voici quelques semaines un petit livre remarquable à son sujet, et sur lequel je vais revenir : L’écologisme, nouveau totalitarisme ?

La gauche tout court a pris la forme de La République en marche, et l’une des plus grandes monstruosités intellectuelles de ce temps est celle consistant à décrire Macron comme un libéral. Je suis, économiquement parlant, ce qu’on appelle un libéral en France. Tous les économistes libéraux français sont des gens que je connais et que j’estime. Aucun d’eux ne décrirait Macron comme un libéral. Moi non plus. (Un autre de mes amis français a publié un excellent livre sur le sujet : Nicolas Lecaussin, Les donneurs de leçons). Macron est un étatiste, un dirigiste, quelqu’un qui réglemente, quelqu’un qui ne baisse pas les prélèvements obligatoires et ne libère ni le marché du travail ni le marché tout court. Comme un membre de la gauche moderne dans de nombreux pays, il est un adepte du capitalisme de connivence, celui auquel il accorde des faveurs en échange de soutiens financiers, celui auquel il offre des marchés captifs en échange de moyens supplémentaires pour son parti (en utilisant pour cela des thèmes ouvrant ces marchés captifs, tels le “changement climatique”). Je l’ai déjà écrit et je le répète : c’est un Travailliste façon Tony Blair en son temps, un Démocrate américain façon Barack Obama ou Hillary Clinton. La moitié de ceux qui l’ont rejoint viennent de l’ancien Parti Socialiste, l’autre moitié vient de l’aile gauche des Républicains. Socialement et culturellement, il peut être à la rigueur qualifiée de “libéral”, mais au sens que le mot prend aux Etats-Unis où il désigne la gauche ouverte à l’avortement tardif et au mariage gay. Il partage la plupart des positions des Verts, sous une forme plus modérée. Très logiquement, fut-ce en maugréant, ce qui reste de la gauche antécédente et la gauche extrême nouvelle lui apporteront toujours, lors d’élections à deux tours, les voix dont il aura besoin, ce qui signifie, une fois tous les chiffres mis bout à bout, que la gauche est aujourd’hui majoritaire en France. La façon dont il a écrasé les gilets jaunes, en un mélange d’insultes méprisantes, de surdité, de répression mutilatrice, d’utilisation de gauchistes venant saccager, l’a fait apparaitre comme incarnant l’ordre répressif face à une plèbe détestée par les nantis, ce qui lui a attiré les voix des habitants des quartiers riches où la plèbe est regardée avec la condescendance dédaigneuse qu’on réserve aux domestiques, et le triangle Neuilly-Auteuil-Passy est devenu macroniste.

La deuxième dimension essentielle est la transformation de ce qui fut la droite. Debout la France est un mouvement qui est mort lui aussi. Et je ne parle pas de mouvements plus infimes encore et dont j’ai toujours pensé qu’ils étaient, au mieux, groupusculaires (le mouvement Asselineau, par exemple). Les Républicains est un mouvement agonisant, et qui va sans doute mourir. C’est un mouvement qui assemblait une aile gauche et une aile droite : l’aile gauche a rejoint très logiquement La République en marche et Macron, et on voit mal ce qui retient des gens tels que Valérie Pécresse de suivre la tendance. L’aile droite glisse vers Le Rassemblement National, et on voit mal ce qui retient des gens comme Nadine Morano de suivre ceux qui ont déjà rejoint le Rassemblement National. Les électeurs de Debout la France et les électeurs de droite des Républicains votent déjà largement pour le Rassemblement National et vont en entrainer d’autres. Comme je l’ai déjà écrit, le Rassemblement National incarne désormais la droite conservatrice. Je ne dis pas que cela me plait : je dis que c’est la réalité.

La droite conservatrice incarnée par le Rassemblement National est une droite elle-même étatiste et dirigiste, ce qui me semble très délétère et signifie qu’aucun grand parti politique en France ne défend effectivement le libre marché et la libre entreprise et n’incarne un conservatisme du type de celui incarné par Donald Trump aux Etats-Unis. Les quelques éléments chez les Républicains moribonds qui défendent libre marché et libre entreprise pourraient mener des discussions avec le Rassemblement National susceptibles de pousser celui-ci vers des positions moins étatistes et moins dirigistes, mais ils s’y refusent, ce qui les condamne à la marginalisation et à l’insignifiance, et ce qui n’entraine aucune inflexion de la ligne du Rassemblement National.

Tout en constatant que leur mouvement est moribond, les dirigeants des Républicains ne proposent rien qui puisse lui permettre de se redresser : ils disent vouloir se rapprocher des centristes, ce qu’ils font déjà depuis des années, et ils semblent ne pas voir que ce rapprochement les condamne à n’être que les supplétifs malingres de la République en marche. Ils disent ne pas vouloir se rapprocher du Rassemblement National, ce qui serait pourtant pour eux, comme Eric Zemmour et Ivan Rioufol l’ont récemment souligné (et comme Marion Maréchal le leur suggère), la seule et unique posture de survie, et leur offrirait, outre l’opportunité d’infléchir le Rassemblement National vers libre marché et libre entreprise, la possibilité de contribuer à la dédiabolisation du Rassemblement National, dédiabolisation sans laquelle la droite française est destinée à être battue indéfiniment.

Dois-je le souligner à nouveau ? Le Rassemblement National a bien des défauts, mais il n’est plus le Front National de Jean-Marie Le Pen. Il n’est pas fasciste, et pas antisémite (il inclut des antisémites sans doute, mais il en inclut moins que la France insoumise, et, à la différence de la France insoumise et de La République en marche, il n’inclut pas une seule personne qui soutient le terrorisme “palestinien”). L’antisémitisme qui agresse des Juifs en France au présent est islamo-gauchiste. Ce qui signifie que plus Macron sera longtemps au pouvoir, plus le poids de l’islam en France sera important, et plus la vie des Juifs en France se fera difficile.

Au train où vont les choses, les Républicains est un mouvement qui va mourir bientôt. Il pourra apporter les voix qui lui resteront à Emmanuel Macron en 2022, puis devenir un courant au sein de la République en marche.

Ce qui est arrivé aux conservateurs britanniques sous Theresa May devrait les faire réfléchir. Ils semblent incapables de réfléchir.

Ils confirment le diagnostic des auteurs qui disent depuis des décennies que la droite française est la plus bête du monde.

La droite la plus bête du monde est en train de creuser sa propre tombe. Hélas, c’est bien davantage qu’elle qui risque fort de mourir avec elle.

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

PS. Au moment où j’achevais cet article, j’apprenais la démission de Laurent Wauquiez. Je découvrais aussi que 42 pour cent des Français considèrent que Macron incarne la droite. Sans commentaire.

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