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Publié par Gaia - Dreuz le 20 juillet 2019

Source : Israelvalley

UN ARTICLE TEMOIGNAGE DE FREDDY EYTAN. Depuis le spectaculaire sauvetage à Entebbe des passagers et de l’équipage d’un avion d’Air France, il est triste de constater que tous les gouvernements et les services secrets français demeurent toujours méfiants et très critiques à l’égard de la politique israélienne.

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Au moment où la France célèbre le 14 juillet en grande pompe, on se demande pourquoi cette méfiance et cette ingratitude ?

Pourtant, depuis Entebbe jusqu’à nos jours, nombreux sont les Français qui ont échappé à des attentats terroristes grâce aux avertissements et aux exploits des services israéliens.

43 ans après l’opération spectaculaire d’Entebbe, le combat contre le terrorisme international se poursuit avec intensité dans toute l’Europe et ailleurs.

L’Etat juif se trouve toujours en première ligne dans la lutte inlassable contre ce fléau et montre un courage exemplaire et unique.

Des bibliothèques ont été écrites sur l’opération Entebbe, des kilomètres de pellicules projetés dans les salles obscures pour raconter en détail cette fameuse opération de Tsahal. Toutefois, très peu a été révélé sur les contacts secrets entre la France et Israël autour de cette affaire.

A l’ambassade d’Israël à Paris, 3 rue Rabelais, juste après le détournement de l’avion d’Air France, j’ai suivi de près les contacts diplomatiques et l’évolution de cette affaire.

Voici mon témoignage :

27 juin 1976, 14 heures, Jacques Chirac quitte l’aéroport d’Orly en direction de sa maison de campagne située à Grosrouvre, près de la forêt de Rambouillet.

Le ciel est bleu, le soleil brille, c’est dimanche et rien ne presse. Giscard vient de s’envoler vers Porto Rico pour participer à la conférence économique des chefs d’Etats occidentaux. Dans sa voiture, Chirac écoute d’un air discret la radio. Il est conscient qu’en l’absence de Giscard, c’est bien lui désormais qui doit gérer les affaires de la France. La tâche est bien lourde et le rival Poniatowski le guette.

Soudain, un flash d’information vient interrompre les pensées du Premier ministre. La radio annonce le détournement d’un Airbus d’Air France à destination de Tel-Aviv.

Chirac demande à son chauffeur de foncer vers Matignon, il veut en savoir plus.

Au même moment, l’ambassadeur Gazit téléphone à Claude Pierre Brossolette, le secrétaire général de l’Elysée, et lui transmet une requête israélienne : « Nous demandons que la France fasse preuve de fermeté à l’égard des terroristes et prenne sous sa responsabilité le sort de tous les passagers sans exception. »

Après s’être assuré qu’aucune personnalité israélienne n’est à bord, le secrétaire général de l’Elysée transmet sans attendre le message à l’avion présidentiel. Giscard y répond favorablement. Jacques Chirac appelle l’ambassadeur d’Israël et le rassure : « La France agira avec fermeté pour libérer tous les passagers sans aucune distinction. Nous considérons les passagers de l’Airbus comme des ressortissants français. »

A l’initiative de Chirac, un état-major de crise est créé au Quai d’Orsay. La France se lance dans une campagne diplomatique tous azimuts et l’entente avec Israël est totale y compris entre le Mossad et la DST.

Ce jour-là, je suivais cette affaire minute par minute. J’étais en liaison permanente avec la tour de contrôle d’Orly.

Les aiguilleurs du ciel très efficaces, me transmettaient les péripéties de l’avion détourné jusqu’à son atterrissage forcé à l’aéroport d’Entebbe en Ouganda.

Le porte-parole du Quai d’Orsay, Louis Delamare, extrêmement aimable, me tenait au courant des tractations en cours.

Le lendemain soir, Jacques Chirac demande au président soudanais Numeiri, en visite à Paris, d’intervenir auprès d’Idi Amin Dada, le président ougandais, pour qu’il libère les otages.

Chirac fait part de son entretien à l’ambassadeur Gazit et lui dit au téléphone après minuit : « Numeiri vient de parler au président de l’Ouganda, son ami Amin. Il lui a demandé de faire le maximum pour la libération rapide des otages. Amin lui a répondu qu’il ne peut pas faire grand-chose. Toutefois, il fait savoir qu’il a un ami à Tel-Aviv qui s’appelle le colonel Barlev, il fût votre attaché militaire à Kampala, je crois. Amin demande à ce Barlev de le contacter directement. »

L’appel téléphonique de Chirac est très apprécié des diplomates israéliens mais malheureusement la démarche officieuse du colonel Barlev est d’emblée voué à échec car Idi Amin Dada apprendra que son entretien avec son interlocuteur de Tel-Aviv a été diffusé in extenso par la radio de Jérusalem. Par précipitation et maladresse les Israéliens perdent un atout considérable. La méfiance du maréchal ougandais s’approfondit et toute l’affaire risque de se compliquer.

A la tribune de l’Assemblée nationale, Jacques Chirac, calme et rassurant, répond aux députés :  « Devant ce nouvel acte de piraterie sauvage, qui va à l’encontre de tous les principes élémentaires de la dignité de la personne même et des relations entre les nations, la France prendra une attitude conforme à celle qu’elle a toujours prise et qui est celle de la fermeté ; mais compte tenu de la situation et des conséquences possibles, le gouvernement n’entend pas faire de déclaration supplémentaire. »

Chirac agit avec prudence et préfère jouer la carte de la diplomatie discrète.A Jérusalem on s’impatiente. Le sort des otages est en danger. Avec les heures qui passent, la confusion s’accroît et la nervosité gagne les esprits. Contrairement à l’avis de l’ambassadeur Gazit, Rabin expédie à Paris le général Zéevi, son conseiller dans la lutte antiterroriste. Quant à Shimon Pérès, le ministre de la Défense il a jugé utile de dépêcher un ancien ambassadeur, Asher Ben Nathan pour suivre de près les tractations entre les deux pays.

« Pour quoi faire ? demande Gazit très agacé par les maladresses supplémentaires de son gouvernement.

‑ Tout baigne dans l’huile avec l’administration française. Pourquoi compliquer ma tâche qui est d’ores et déjà délicate. »

Dans les esprits de Rabin et Pérès, il n’est pas exclu d’envisager une action militaire conjointe avec la France, à partir de Djibouti. Les deux conseillers sont donc venus pour sonder les autorités françaises.

Dès que l’Airbus d’Air France atterrit à Entebbe, Chirac avait ordonné la mise en alerte de trois groupes « Guépard », 400 commandos parachutistes de la 11e division de Toulouse et le groupe de la Légion étrangère cantonné en Corse. Trois Transall se tenaient prêts à décoller pour Djibouti, base opérationnelle la plus proche d’Entebbe.

Les premières démarches diplomatiques donnent des résultats. Sur 200 passagers, 47 ressortissants français sont relâchés. Dans le salon d’honneur de l’aéroport d’Orly, les passagers libérés fournissent des informations de première importance. Les agents du Mossad connaissent très bien l’aérodrome d’Entebbe : ce sont eux qui l’ont construit.

On discutera longuement avec les premiers passagers. On apprendra que les otages israéliens ont été mis à part : hommes et femmes sont sous les ordres d’un terroriste allemand. Les souvenirs de la Shoah resurgissent dans les esprits.

Cette information fera la une des journaux du matin et accélérera la mise en place d’une opération militaire.

Samedi soir 3 juillet 1976, l’effervescence règne à l’ambassade d’Israël. Il est une heure trente du matin, je me trouve seul devant le télescripteur de l’AFP installé dans un cagibi du deuxième étage de l’ambassade.

Tout d’un coup, un flash de Kampala me laisse bouche bée : « L’aéroport d’Entebbe a été attaqué, peu après minuit par une force inconnue. »

Je reste figé devant le téléscripteur pour en savoir plus, les minutes s’écoulent, interminables. Une nouvelle dépêche AFP 010 tombe avec d’autres détails. Je détache nerveusement les deux dépêches et me précipite dans le bureau de l’ambassadeur.

J’ouvre la porte sans frapper et transmets la nouvelle sensationnelle. Gazit et le général Zeevi sont pétrifiés ; il est clair qu’ils ne sont au courant de rien. La suite est bien connue…

Toutes les radios et télévisions du monde diffusent largement cet exploit éclatant. Aucun pays, pas même la France, principale intéressée, n’a été prévenu.

Une heure après le raid spectaculaire, un motard transmet à l’Elysée un long message du Premier ministre Yitzhak Rabin que j’ai eu le privilège de traduire de l’hébreu.

Cette missive explique en détail toutes les raisons de l’exploit de Tsahal.

Il conviendra que dans les circonstances, Israël ne pouvait pas prévenir le gouvernement français ni le président de la République.

Hélas, on ne recevra aucune réponse, pas même un « accusé de réception ».

Giscard est très réservé avec les dirigeants israéliens qui l’informent après coup. Il les accuse d’avoir court-circuité ses efforts diplomatiques. Pourtant son père, Edmond Giscard d’Estaing, lui, est très enthousiasmé par l’exploit. Il téléphone à l’ambassadeur Gazit et, d’une voix très digne, lui dit : « Israël a sauvé l’honneur du monde ».

Le Quai d’Orsay exprime sa satisfaction pour la libération de tous les otages, en déplorant les victimes, y compris les pirates de l’air.

Le secrétaire d’Etat, Jean François Poncet, est glacial et se conforme au droit international : « Israël a violé la souveraineté du territoire ougandais. Il n’avait pas le droit. » Une déclaration stupéfiante qui dépasse l’entendement.

Pour cette opération, Israël a choisi le Kenya et non Djibouti comme escale. Il est clair que la méfiance planait entre Paris et Jérusalem.

Les titres de la presse française sont enthousiastes : « Coup d’audace », « une leçon de courage », « coup de maître », « Bravo » !

Jean d’Ormesson écrit dans Le Figaro : « J’éprouve de l’admiration et, en vérité, de la gratitude pour ce petit peuple héroïque ».

Pour tous les commentateurs, la France n’est plus le sanctuaire des terroristes, bien que sa politique déclarée soit pro-arabe et en faveur des Palestiniens.

Dans les partis politiques, pas de réaction officielle. On relèvera les propos de Raymond Offroy, député UDR de la Seine-Maritime, qui publie dans Le Monde un article intitulé : « Victoire à la Pyrrhus ».

Giscard ne souffle mot. Le porte-parole de l’Elysée s’est contenté de dire : « la politique de la France a toujours été de s’opposer à l’utilisation de la force dans les relations internationales.»

Une politique constante pratiquée jusqu’à ce jour même dans la lutte antiterroriste. N’est-il pas grand temps de la réviser ? De changer de cap courageusement ?

Dans cette affaire, Jacques Chirac ne fera aucune déclaration officielle. Il laissera le soin à son ministre des Affaires étrangères d’expliquer la position française à l’ONU. Elle n’a pas varié depuis…

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