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Publié par Pierre Lurçat le 8 août 2019

Le titre du magazine Le Point ‘était sans appel : “Entretien avec Yuval Noah Harari, penseur le plus important du monde”(1). Ainsi, le penseur le plus important du monde serait un Israélien! La nouvelle a de quoi réjouir ceux qui sont d’avis qu’Israël a un rôle intellectuel à remplir dans le monde actuel.

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Mais la lecture de l’interview, plus que décevante, est surtout édifiante. Harari n’est en effet pas le porte-parole d’une quelconque sagesse juive ou d’un savoir israélien, qui pourraient éclairer notre monde déboussolé… Bien au contraire, il réfute toute spécificité juive et va même jusqu’à affirmer que “l’impact du judaïsme dans l’histoire humaine est minime!” En effet, explique-t-il : “Les chasseurs-cueilleurs avaient des codes moraux des dizaines de milliers d’années avant Avraham”.

En cela, Harari n’est pas différent de bien des penseurs juifs illustres, au vingtième siècle et auparavant. La manière dont il s’évertue à dénier toute originalité au judaïsme ne constitue rien de très nouveau, depuis Freud et sa déconstruction de Moïse. Sa posture vérifie une “règle d’or”, qu’on pourrait énoncer ainsi : si un intellectuel juif veut voir son audience augmenter, il a tout intérêt à diluer le contenu juif de son message. Mettre de l’eau dans son vin, en quelque sorte, quitte à ce que le résultat final n’ait plus qu’une couleur rosâtre, presque translucide… Les exemples illustrant ce principe sont innombrables. Pensez à n’importe quel intellectuel juif médiatique, et vous verrez que l’étendue de son savoir juif (affiché ou réel) est inversement proportionnelle à son succès.

Dans le cas de Yuval Harari, on hésite pour dire s’il s’agit d’ignorance, d’un calcul délibéré, ou des deux à la fois. Son idée fixe de minimiser l’apport juif à la civilisation confine à l’obsession, comme s’il voulait dire sans cesse “Je suis Israélien certes, mais ma loyauté va avant tout aux valeurs universelles…” Ou encore (ce qui revient au même) : “Je ne suis pas de ces Israéliens à l’esprit étroit, qui croient encore que le peuple Juif aurait un message particulier à faire entendre au monde… C’est précisément de cela qu’il s’agit dans ses propos sur Israël et le judaïsme. “On nous dit que Jérusalem est la capitale éternelle du peuple Juif” alors qu’elle remonte à cinq mille ans et que le peuple juif a tout au plus trois mille ans d’existence”. Beau sophisme, qu’un journaliste un peu plus cultivé aurait aisément contré, en demandant à Harari quelle autre civilisation a fait de Jérusalem sa capitale…

Sur le même sujet, Harari se livre à une comparaison étonnante, qualifiant de “rétrograde” l’idée de reconstruire le Temple : “On voit une vision rétrograde presque partout : « Rendons à l’Amérique sa grandeur ». Si vous allez en Russie, cent ans après Lénine, la vision de Poutine pour l’avenir est en gros : « Retournons à l’empire tsariste. » Et en Israël, d’où je viens, la vision politique brûlante du moment est celle-ci : « Reconstruisons le temple”

Le Temple de Jérusalem : une vision “rétrograde”?

Yuval Harari explique aussi doctement à l’envoyé spécial du Point, Thomas Mahler, venu spécialement à Tel-Aviv pour rencontrer le penseur le plus important du monde, qu’il “a un problème avec le gouvernement actuel d’Israël”, car “le gouvernement actuel de B. Nétanyahou est en train de saper les libertés” [de pensée et d’expression]. M. Harari serait plus crédible si son souci de la liberté s’appliquait aussi à l’égard de la Russie de Poutine, qui vient de publier une version russe de son dernier livre avec d’importantes modifications dues à la censure, qu’il a acceptées sans sourciller. Les atteintes imaginaires à la liberté du gouvernement de Nétanyahou le dérangent plus que celles, bien réelles, de M. Poutine…

“Le terrorisme tue moins que le sucre”

Le reste de sa doctrine politique est à l’avenant. Dans ses “21 leçons pour le 21e siècle”, Harari énonce ainsi cette affirmation, qui explique sans doute en partie son succès planétaire : “le terrorisme tue moins que le sucre”. Au-delà de la vérité statistique, discutable, cet énoncé contient un mensonge politique, qui fera le bonheur de tous les dirigeants occidentaux (ces mêmes Macron et Merkel qui ont chaleureusement accueilli Harari), pressés de faire oublier la menace terroriste en parlant de réchauffement climatique ou d’autres menaces hypothétiques, qui ont l’immense avantage de ne comporter aucun ennemi.

“Le terrorisme tue moins que le sucre” : une idéologie qui abolit la notion d’ennemi

On est ici au coeur de la philosophie de Yuval Harari et de l’idéologie très actuelle qu’il défend, laquelle abolit toute notion d’ennemi et de guerre légitime. Les terroristes ne sont rien, oubliez l’Etat islamique, le danger c’est l’algorithme, l’alimentation ou le changement climatique! Slogans démagogiques, capables de séduire tous ceux qui refusent de désigner un ennemi bien réel, en préférant lutter contre des abstractions plus ou moins fantasmagoriques. On comprend dès lors le succès d’Harari : il renvoie à un Occident fatigué et doutant de lui-même une image qui lui plaît et le conforte dans sa lâcheté politique, face à l’Iran et aux autres ennemis de la liberté. Celle-ci n’est d’ailleurs, dans la doctrine postmoderne d’Harari, qu’une “invention des hommes qui n’existe que dans leur imagination”(2).

A l’aune de sa définition édulcorée (comme le sucre) du terrorisme, on peut deviner ce que pense Harari de la menace islamiste : “L’islamisme n’a quasiment aucun attrait pour les non-musulmans!” (Apparemment, il n’a pas entendu parler des légions de convertis occidentaux qui peuplent les rangs de l’Etat islamique et d’Al-Qaïda…(3). Autre perle : “l’islam n’a pas une influence globalisée”. “Bien sûr”, consent-il, “l’islamisme séduit, mais il ne faut pas le surestimer”.

Dans la deuxième partie de cet article, nous verrons comment la pensée de Yuval Harari est marquée par le cognitivisme et le scientisme ambiant et comment elle s’oppose radicalement à la tradition hébraïque, et en particulier à la notion du Tselem. C’est précisément parce qu’il défend des conceptions opposées au judaïsme qu’il est devenu le gourou (ou le faux prophète) d’un Occident coupé de ses racines juives.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Pierre Lurçat pour Dreuz.info.

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(1) Le Point, 20 septembre 2018.

(2) Cité par Astrid de Larminat, “Homo Sapiens et Homo Deus: la nouvelle bible de l’Humanité ?” Le Figaro 8/9/2017.

(3) Sur ce  point, je renvoie à mon livre Pour Allah jusqu’à la mort, Enquête sur les convertis à l’islam radical, éditions du Rocher 2008.

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