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Publié par Gilles William Goldnadel le 12 août 2019

Les commentaires médiatiques et politiques sur les deux derniers massacres survenus aux États-Unis l’un à El Paso, l’autre à Dayton méritaient assurément un article. Ils montrent, une fois encore, la différence de traitement entre le terrorisme islamique et ce qu’on peut appeler le terrorisme occidental.

On peut, pour caractériser géométriquement cette différence de traitement, évoquer une absence complète de parallélisme des formes. Si on veut à présent caractériser moralement cette dissymétrie, on pourrait la nommer injustice.Par un surmoi lexical étrange, les responsables politiques se gardent d’accoler l’épithète islamiste au terrorisme se réclamant du prophète.

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Lorsqu’il s’agit d’un acte de terrorisme islamique, l’attention principale et réflexe du système médiatique est de ne pas commettre un amalgame entre l’auteur musulman des faits, ses coreligionnaires, sa religion et plus largement l’islam coranique. Cette intention louable est, la plupart du temps, inutile car l’ensemble des journaux se gardent bien d’amalgamer djihadistes et musulmans ou arabes. Il n’empêche, par une sorte de surmoi lexical étrange, et sans doute critiquable, les responsables politiques se gardent la plupart du temps d’accoler l’épithète islamique ou même islamiste au terrorisme sanglant se réclamant du prophète. Au milieu de l’horreur et malgré la colère populaire, certains responsables politiques ont cru devoir s’essayer à des explications économiques ou sociologiques pour tenter d’expliquer l’inexplicable. C’est ainsi par exemple que le premier ministre de l’époque, Manuel Valls, pourtant l’un de ceux le moins prisonnier du conformisme frileux, avait cru devoir évoquer un «apartheid social et ethnique» dans les banlieues françaises.

Lors des attentats sanglants en France, commis la plupart du temps par des étrangers ou des individus issus de l’immigration, il n’est pas venu à l’idée des journaux ou de l’ensemble des partis politiques, mêmes les plus à droite, de considérer François Hollande comme ayant une responsabilité indirecte dans ces attentats, quand bien même sa politique migratoire était critiquée pour sa faiblesse ou son inefficacité.Aux États-Unis, de nombreux démocrates n’ont pas hésité à présenter Trump comme le principal coupable.

Comparons à présent avec les commentaires sur les récents attentats américains. Tout d’abord aucune frilosité lexicale. Aucune peur de l’amalgame racial. Les journaux des deux côtés de l’océan ont su appeler un chat un chat et un terroriste blanc d’extrême droite ce qu’il était très exactement. En revanche, et à notre connaissance, nul Manuel Valls américain ou européen ne s’est essayé à une explication économique ou sociologique pour expliquer l’inexplicable. Par un parallélisme des formes, un téméraire malséant aurait pu pourtant plaider l’inplaidable au regard de l’horreur raciste: le déclassement des «petits blancs», ou le racisme méprisant anti-blanc des défenseurs névrotiques des minorités. Surtout, toujours des deux côtés de l’océan, on n’a pas hésité à faire porter au président Donald Trump qui a pourtant condamné sans ambiguïté les massacres et la haine, le chapeau texan du méchant. Il est vrai que lors du récent attentat contre la synagogue d’Orlando d’aucuns, en France comme aux USA, n’avaient pas hésité à le taxer d’antisémite…

Aux États-Unis, une fois encore, de nombreux démocrates n’ont pas hésité à le présenter comme le principal coupable. En France, un journal vespéral – tout en se gardant de l’accuser directement d’être responsable du massacre – n’a pas hésité à écrire: «Monsieur Trump est entré dans des surenchères droitières qui confinent parfois au fascisme, surtout lorsqu’on voit la manière dont il excite les haines de ses partisans les plus extrêmes.». Dans un article consacré à l’attentat, cela revenait à lui faire porter la moitié du sombrero.

Au-delà de la différence d’appréciation, c’est également sur la relation des faits – ou leur occultation – que l’on constate la différence de traitement. Tout d’abord, le président américain serait considéré implicitement comme le responsable des meurtres de masse en raison de leur nombre et de l’usage des armes à feu. Pour relativiser cette responsabilité, on rappellera ce titre de Slate.fr de 2016: «Barack Obama, président recordman des tueries aux États-Unis». Nous n’avons pourtant pas souvenance que l’ancien président était sur la sellette à chaque massacre.Autre particularité du traitement de l’attentat américain : les mensonges dénoncés tardivement.

Ensuite, cette occultation incroyable relativise également la véracité du titre du journal vespéral évoqué: «l’Amérique face au terrorisme d’extrême droite». En effet nul n’a évoqué les révélations du Washington Times, à savoir que le tireur de Dayton Ohio «se décrivait lui-même comme un sataniste gauchiste qui supportait Élisabeth Warren». Nous nous garderions bien, en ce qui nous concerne, d’évoquer pour autant «un terrorisme d’extrême gauche», tant la revendication d’un tireur solitaire doit être prise avec des pincettes. À ce stade, nous remarquerons également que la piste psychiatrique, si elle représente un chemin quasi obligatoire dans les attentats islamiques, n’est jamais évoquée en matière de terrorisme occidental. On se souviendra du Norvégien Breivik, pour le moins dérangé, et dont la presse convenue faisait miel de son journal pour glaner quelques noms d’intellectuels forcément responsables.

Autre particularité du traitement de la tuerie aux États-Unis: les mensonges dénoncés tardivement. Ainsi celui – répété à l’infini – que le tueur d’El Paso aurait dessiné le nom de Trump avec des armes à feu. Le mot de fake news dont la presse convenue est pourtant si friande n’a pas été cette fois utilisé.

Le 5 août, Clémentine Autain était l’invitée d’une radio de service public. D’entrée, son intervieweur lui tend une très longue perche radiophonique: «Considérez-vous le président Trump comme responsable des attentats survenus aux États-Unis?» Réponse, catégorique: «il y a un lien entre l’idéologie qui sous-tend cette attaque ciblée contre des hispaniques et les propos suprématistes tenus régulièrement par le président américain». Puisque la député insoumise se croit autorisée à affirmer cette corrélation, l’intervieweur aurait été fondé à lui demander s’il n’y aurait pas, pour reprendre ses termes, «un lien» d’ordre idéologique entre les attentats islamistes en France et son soutien permanent à la radicalité islamique, son clientélisme, ses invitations à des meetings avec Tariq Ramadan, et son désir de visiter des terroristes, tueurs de juifs, dans leurs prisons… Mais cette question n’est pas venu à l’esprit asymétrique du journaliste.

Si l’on veut s’essayer à trouver une explication à cette absence de parallélisme, la piste de l’anti-occidentalisme névrotique ne serait pas forcément la plus erronée.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Gilles-William Goldnadel. Publié avec l’aimable autorisation du Figaro Vox.

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