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Publié par Abbé Alain Arbez le 23 août 2019

On a souvent insisté sur la correspondance entre la mort violente de Jésus sur la croix et le thème vétérotestamentaire du Serviteur souffrant d’Isaïe. Il est vrai que cette profonde méditation sur le sort du Serviteur de Dieu (individuel et collectif) peut aider à comprendre le sacrifice du Christ. On a souvent relu ce passage d’Isaïe en quelque sorte comme une anticipation de la mort rédemptrice de Jésus. Ce thème de la rédemption que l’on retrouve dans la christologie de Paul : « livré pour nos offenses, ressuscité pour notre justification »(Rm 4.25).

En réalité, c’est le thème du « prophète martyr » qui tient la plus grande place dans les paroles que Jésus a prononcées pour envisager sa propre mort.

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Lorsque la terre d’Israël a été envahie par Antiochus Epiphanos, au 2ème siècle avant notre ère, et que la population juive a été persécutée, des traditions orales sur le martyre des innocents se sont répandues, mettant en valeur le courage et la détermination des témoins du vrai Dieu face à l’arrogance meurtrière des païens envahisseurs.

Ces traditions de la période maccabéenne ont mis en évidence la mort des justes et des prophètes. Ces écrits sont méconnus, car ils ne font pas partie du canon du Premier Testament retenu des siècles plus tard au début de l’ère chrétienne. Pourtant, ils ont eu un impact réel sur la perception des tragiques événements survenus du temps de l’occupation romaine. Jésus lui-même connaissait de façon certaine ces traditions sur le sort des prophètes, et il en a été inspiré pour déchiffrer la destinée qui allait être la sienne.

Le Livre des Jubilés affirme que la parole des prophètes de Dieu n’est pas prise au sérieux, et ils se font tuer au lieu d’être écoutés. L’Hénoch éthiopien dit la même chose sur ce qui attend les envoyés de Dieu. Le texte intitulé « Les vies des prophètes » récapitule les éléments essentiels de ces traditions. Certains de ces textes ont circulé oralement avant d’être mis par écrit plus tard sur des parchemins, et ils insistent sur la fin tragique des envoyés de Dieu : Isaïe fut scié en deux, Jérémie mourut lapidé, Amos et Osée ont été assommé et jetés d’une falaise, Ezekiel fut également supprimé. A cela s’ajoute le meurtre de Zakarie fils de Jodaé, se référant à un texte biblique. A la naissance de l’ère chrétienne, ces traditions vont prendre un relief particulier.

Il s’agit bien d’une littérature religieuse juive qui ne sera pas reconnue dans le canon, mais qui porte les aspirations de milieux proches du courant pharisien, soucieux de la justice de Dieu et de la rétribution des témoins prophétiques.

A travers ces courants mystiques, le personnage d’Abel le juste est présenté comme le premier martyr, l’innocent mis à mort. Dans le Livre d’Hénoch, un passage est éclairant en ce sens. Alors qu’Hénoch visite le séjour des âmes des morts, il entend des cris : « Interrogeant Raphaël, je demandai : de qui est cet esprit dont la voix parvient jusqu’au ciel et livre ses plaintes ? Il fut répondu : cet esprit est sorti d’Abel que son frère Caïn a tué, et il l’accuse jusqu’à ce que cette génération meurtrière soit anéantie sur la surface de la terre ! » (Hén. Eth. 22,6)

La croyance de l’époque est que le séjour des morts est divisé en localisations différentes correspondant au degré d’innocence et de souffrances endurées pour la cause de Dieu. Il y une place privilégiée pour 2 sortes de justes, ceux qui sont morts sans violence, et les martyrs. Celle des justes martyrs représentés par Abel est la plus lumineuse.

Si nous relisons les textes d’évangile abordant les paroles de Jésus prévoyant sa mort, nous constatons que ce thème de la passion des prophètes est prédominant. Il se lamente sur « le sang des justes répandu sur la terre depuis le sang d’Abel le juste jusqu’au sang de Zakarie, fils de Barachie, assommé entre le sanctuaire et l’autel » (Mt 23.35). Jésus n’hésite pas à stigmatiser « les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes ». Il dit : « Malheur à vous qui bâtissez les sépulcres des prophètes et décorez les tombeaux des justes. » Selon la tradition, Isaïe et Zakarie fils de Jodaé avaient un sépulcre à Jérusalem, et Jésus en colère pensait à leurs tombeaux édifiés comme lieux expiatoires de vénération. Les prophètes morts semblaient en effet plus importants à ces esprits fermés que les prophètes d’une parole actuelle !

Lors de l’exécution de Jean Baptiste, (Mc6.17) Jésus reprend le flambeau de l’annonce du règne de Dieu. L’événement a dû le rendre plus attentif aux traditions mettant en lumière le martyre des prophètes de Dieu. Le livre de Jérémie pouvait lui faire pressentir son propre sort de la part de ceux qui refusaient d’écouter son message.

Il y a de nombreux textes dans le Nouveau Testament qui présentent Jésus comme un prophète prêt à assumer une mort violente en raison de son engagement pour la Parole de Dieu.

« Nous l’avons entendu dire que Jésus le Nazaréen détruirait le temple » (Act 6.13). Il y a là un écho de l’épisode où Jésus renverse les tables des changeurs et chasse les marchands du temple. Le temple était le lieu de la Présence, mais les Sadducéens amis des Romains l’ayant capté à leur service, Jésus souhaitait que ce système impie prenne fin. Le livre de Jérémie apporte son propre éclairage à cette séquence : « Le peuple peut bien proclamer sans cesse sanctuaire de Yahvé ! Sanctuaire de Yahvé ! cela ne sert à rien, car ainsi parle Yahvé : je vais traiter ce temple qui porte mon nom et dans lequel vous placez votre confiance comme j’ai traité le sanctuaire de Silo » ce sanctuaire fut détruit.

Au regard de l’hostilité grandissante à son égard, Jésus en est venu à pressentir sa mort ; il n’a peut-être pas imaginé la mise en croix, supplice romain, mais plutôt la lapidation comme pour Jérémie. Châtiment prévu pour les blasphémateurs.

Il semble aussi que Jésus se soit attendu à être traité après sa mort comme un criminel exclu des rites funéraires traditionnels. Les onctions parfumées étaient refusées aux condamnés. Or, à Béthanie, voici qu’une femme verse sur lui du parfum. Jésus interprète le geste en disant : « D’avance elle a parfumé mon corps en vue de l’ensevelissement » (Mc14.8) Manière d’annoncer qu’après une mort de condamné, il n’aurait pas droit aux onctions rituelles.

Plusieurs textes font de Jésus un prophète martyr. Ainsi Jésus fait savoir que vraisemblablement il sera « tué » comme les prophètes du passé.  Et en Mc9.31, il est écrit : « Le Fils de l’Homme est livré aux mains des hommes ». « Etre livré » donne une note spécifique à cette mort, car elle entre dans une économie du salut. Paul reprend le thème dans sa lettre aux Romains : « Dieu n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous ! » (Rm8.32)

Ce qui illustre le don volontaire de sa propre vie par Jésus pour se mettre en harmonie avec la volonté du Père. En même temps on peut y trouver une grande résonance à l’espérance qui anime Jésus au moment de subir le supplice de la croix. Il avait certainement à l’esprit la tradition maccabéenne des innocents persécutés et la vision d’Hénoch au séjour des morts où les justes sont les plus heureux auprès de Dieu. Ce qui, à cette heure sombre, le plaçait déjà dans la lumière de la résurrection promise aux prophètes de Dieu et aux justes martyrs.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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