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Publié par Gaia - Dreuz le 25 août 2019

Source : Lepoint

L’Émirati Abdul Rahman Khalifa Salem Sobeih Al Suwaidi a passé 35 ans dans la Confrérie. Il accuse cette société secrète de vouloir dominer l’Occident.

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Son livre s’intitule Ken Penjar. Mon histoire avec l’organisation des Frères musulmans. « Ken Penjar », c’est le mot que lui a lancé un jour un policier de l’île indonésienne de Bata et qu’on peut traduire par « Jetez-le en prison ». Le Frère musulman Abdul Rahman Khalifa Salem Sobeih Al Suwaidi a fui les Émirats arabes unis, en passant notamment par Oman, le Yémen, la Turquie, la Thaïlande, la Malaisie. En 2015, il est arrêté en Indonésie en possession de faux papiers. La Confrérie, à laquelle il a consacré toute son énergie depuis son adolescence, l’abandonne à son triste sort. « J’ai compris que j’avais fait fausse route et j’ai demandé pardon à Dieu », explique cet homme de 55 ans, tout de blanc vêtu, que nous rencontrons dans un hôtel à Dubaï. C’est ici qu’il vit. Il y est né en 1964, dans une famille de neuf enfants, son père travaillant pour le gouvernement.

Accompagné de deux hommes qui ne se présentent pas faisant partie de sa garde rapprochée, l’ex-Frère, très prudent, préfère parler dans une chambre de l’établissement, à l’abri des regards. « Je me suis fait insulter sur les réseaux sociaux depuis la publication de mon livre. Mais je ne crains pas vraiment pour ma vie aux Émirats », dit-il. Le jour de l’entretien, trois autres Frères musulmans émiratis annonçaient qu’ils lâchaient à leur tour la Confrérie. « Comme les Frères musulmans sont persécutés dans beaucoup de pays musulmans, en particulier en Égypte, l’Europe est devenue une base arrière essentielle pour cette société secrète. Une grande partie des dirigeants de l’organisation internationale [le Tanzim al-dawli] sont d’ailleurs établis à Londres. Pour la plupart inconnus des services secrets occidentaux, ils agissent à partir de structures, de sociétés, parfaitement légales », révèle l’ancien responsable de la Confrérie, qui participait aux campagnes d’aide et secours dans le monde entier.

Marche, escalade et Kalachnikov

Abdul Rahman Khalifa Salem Sobeih Al Suwaidi.

Dans son livre, il cite le cas d’un certain Hassan El Dokki, un Frère musulman qui incitait de jeunes musulmans à partir combattre en Syrie. « Officiellement, le conseil de la Choura de la Confrérie – qui est un conseil consultatif – l’a exclu, car nous ne devons surtout pas montrer vis-à-vis de l’extérieur que nous sommes des extrémistes. Mais c’était de la comédie. J’ai découvert que Saïd Nasser Al-Taniji, membre du conseil de la Choura, était toujours en contact avec Hassan El Dokki », raconte l’ex-Frère musulman. Oussama Ben Laden, comme son mentor en Afghanistan, le Palestinien Abdullah Azzam, étaient « eux aussi Frères musulmans », ajoute-t-il en énumérant les « contacts étroits avec les terroristes » que conserve la Confrérie.

L’auteur de Ken Penjar a lui-même suivi un entraînement militaire au Pakistan. Le programme comprenait de l’escalade, de la marche, des exercices physiques, ainsi que le maniement de la Kalachnikov et « nous apprenions la manière de se déplacer de jour comme de nuit, de porter les blessés, de se cacher, de se camoufler », raconte-t-il. Officiellement, le plus radical des Frères, l’Égyptien Sayyid Qutb (pendu au Caire en 1966) a été désavoué par la Confrérie. L’Émirati nous dévoile que Qutb est toujours enseigné aux Frères qui franchissent la deuxième barrière de confidentialité de l’organisation, rejoignant une structure appelée « le cercle de la Mosquée ». En s’arrogeant le pouvoir de considérer qu’un autre musulman peut être un mauvais musulman, ce qui donne le droit de le tuer, Sayyid Qutb est l’un des maîtres à penser de Daech.

12,5 % de l’aide humanitaire ponctionnés

En partant de sa propre histoire, Abdul Rahman Khalifa Salem Sobeih Al Suwaidi explique comment la complexité de la structure hiérarchique de la Confrérie lui a permis de résister depuis des décennies, malgré les interdictions, les persécutions. À tous les niveaux, certains Frères sont sélectionnés pour participer à d’autres activités et reçoivent l’ordre de ne pas en informer les autres. L’organisation secrète se préoccupe également de la vie privée de ses membres. À 20 ans, l’ancien Frère a reçu une enveloppe « contenant une liste de femmes qui pourraient [lui] convenir », se rappelle-t-il. Toutes ces femmes étant des Sœurs, membres de l’organisation féminine de la Confrérie.

Durant trente-cinq ans, il a œuvré dans des projets caritatifs dans le monde entier. Car la Confrérie tire sa force de l’humanitaire. Chaque catastrophe, chaque inondation, chaque tremblement de terre ou famine lui offre l’occasion de se faire apprécier des populations secourues et de renforcer son implantation. « Chaque opération permet aussi de générer des profits. En se basant sur une fatwa [un avis juridique selon la loi islamique, NDLR], la Confrérie soustrait pour elle très exactement 12,5 % des sommes recueillies », précise-t-il.

L’Union européenne subventionne les Frères

Mais comment freiner l’influence grandissante des Frères musulmans ? « Ils n’agissent jamais à visage découvert. Les Frères adhèrent à des associations tout à fait légales qui n’appartiennent pas à la Confrérie. Comme ce sont des militants très actifs, ils prennent rapidement d’importantes responsabilités, ce qui leur permet d’influencer les décisions de l’association. Puis cette association humanitaire parasitée en Europe se met ensuite en contact avec une association humanitaire également parasitée au Mali ou au Pakistan pour lui proposer une aide », raconte l’auteur de Ken Penjar. Mon histoire avec l’Organisation des Frères musulmans.

Résultat, les Nations unies, l’Union européenne, coopèrent, subventionnent des associations tenues en sous-main par la Confrérie. « C’est le cas de l’Unicef au Yémen qui s’est choisi comme partenaire l’association Islah », raconte-t-il. « L’Égypto-Qatari Youssef al-Qaradhawi, que j’ai rencontré, le dit clairement : l’ambition de la Confrérie est d’établir un État islamique sur toute la terre. Les Européens ne se rendent même pas compte du danger, de l’activisme conjoint du Qatar et de la Turquie », déclare-t-il encore, avant de se lever et de clore l’entretien : c’est l’heure de la prière.

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