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Publié par Abbé Alain Arbez le 25 août 2019

L’approche protestante de la Vierge Marie est diversifiée, mais issue des positions des Réformateurs, qui, étonnamment, ne correspondent pas toujours à ce que l’on imagine.

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Ainsi, Martin Luther qui avait pris position à juste titre contre des déviances piétistes envers la Vierge Marie, écrit tout de même, après qu’il ait maintenu trois célébrations mariales :

« Que les pasteurs ne créent pas de querelles à cause des fêtes. Qu’on laisse à chacun la liberté de fêter celles que souhaitent ses paroissiens. Qu’ils respectent avant tout les dimanches, la fête de l’annonciation, de la visitation, de la purification, la fête de St Jean Baptiste, la Saint Michel, celle des apôtres et de Marie-Madeleine »(WA 26.22)

Martin Luther a prononcé 80 prédications sur la Vierge Marie. Il la cite souvent dans ses écrits, même si son souci réformateur l’amène à prendre des distances avec certaines pratiques catholiques. Visiblement Luther a repensé le rôle de Marie en fonction de la christologie. En effet, Marie n’a pas de fonction salvatrice en elle-même, elle est associée à l’action rédemptrice de son Fils.

Luther défend la virginité perpétuelle de Marie, en ce sens qu’elle est signe de l’incarnation du Verbe divin. En elle transparaît le mystère des deux natures du Christ , mais elle n’est la Vierge Marie que en fonction du salut réalisé par le Christ.

Le thème de la maternité de Marie est significatif pour Luther. Grâce à elle, le Christ est né vraiment homme, mais sans péché. Il estime que la Vierge est l’instrument du St Esprit, son temple, et qu’il y a similitude entre la destinée de Marie et celle de l’Eglise. La dignité de Marie se manifeste essentiellement dans son humilité. Elle est mère de l’Eglise dont elle est le membre le plus éminent, et également mère de chaque membre de l’Eglise.

Pour Luther, il est évident que Marie est auprès de Dieu, dans la communion des saints. Pour le Réformateur, Marie est reine en raison de sa condition d’humble servante. Pour lui, toute louange de Marie mène à la louange de Dieu, et il ne condamne pas l’invocation des saints, car ils sont l’exemple toujours vivant de la miséricorde de Dieu. Cette approche mariale de Luther sera confirmée par Melanchton dans son apologie de la confession d’Augsbourg où il rappelle la nécessaire orientation christologique de la piété mariale. Luther rappelle que « La Vierge Marie n’a pas chanté son magnificat seulement pour elle-même, mais aussi pour nous tous, afin de nous entraîner à le chanter à sa suite ».

Ainsi la position luthérienne et réformée affirme qu’un protestant exprime avec joie dans sa foi la place que le credo attribue à Marie. Il loue Dieu pour ce qu’il a donné à Marie d’être et de faire, et il ne méprise pas celui qui associe le nom de Marie à celui du Seigneur dans son action de grâces, pour cela il se sert des paroles mêmes de l’ange lors de l’annonciation, de la bénédiction de sa cousine lors de la visitation,  et encore de celle du vieux Syméon lors de la présentation au temple.

(la prière du « Je vous salue Marie » est précisément composée des paroles bibliques de l’ange de l’annonciation et de la bénédiction d’Elisabeth lors de la visitation).

Dans la mouvance réformée, l’Eglise anglicane accorde une place importante à la Vierge dans sa piété liturgique. Dans de nombreuses églises en Angleterre se trouve une statue de la Vierge à l’enfant.

Voici sa déclaration sur le sujet :

« Nos deux communions (catholique et anglicane) sont héritières ‘une riche tradition qui reconnaît Marie comme toujours vierge et la considèrent comme la nouvelle Eve et comme un visage de l’Eglise. Nous nous joignons à la prière et à la louange avec Marie, que toutes les générations ont appelées bienheureuse, en observant ses fêtes et en l’honorant dans la communion des saints. Nous sommes d’accord que Marie et les saints prient pour toute l’Eglise. Nous voyons Marie comme inséparablement liée au Christ et à l’Eglise » (commission de dialogue anglicane).

Le pasteur Greiner souligne que les attitudes critiques des milieux protestants, à l’égard des pratiques catholiques et orthodoxes concernant Marie, sont relativement récentes. Les premières remontent seulement au 18ème siècle et se développent au 19ème en réponse aux positions mariologiques de l’Eglise catholique. Selon Calvin ajoute-t-il, la Vierge Marie est « trésorière de grâce ». Pour le réformateur genevois, « il nous faut regarder à Marie, non pour nous y arrêter, ni pour en faire une idole, mais pour que, par son moyen, nous soyons conduits à Notre seigneur Jésus Christ, car c’elle là qu’elle nous renvoie ! »

Le courant évangélique quant à lui se concentre exclusivement sur Matthieu 4.10 qui dit : « c’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c’est à lui seul que tu rendras un culte ». Cette posture s’enracine dans le refus de distinguer entre culte et vénération, qui est cependant une constante dans l’histoire de l’Eglise historique, et cela malgré les déviances qui ont pu se manifester et inspirer les réformes dans les expressions de piété mariale.

L’Eglise catholique a depuis Vatican II redéfini le sens des dévotions par rapport à l’essentiel qui est le Christ, seul pasteur de son Eglise. De manière assez claire, le pape Paul VI déclarait en 1974 :
« La volonté de l’Eglise catholique – sans renier le caractère propre de la vénération mariale – est d’éviter avec rigueur toute exagération susceptible d’induire en erreur les autres frères chrétiens sur sa doctrine authentique ».

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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