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Publié par Gaia - Dreuz le 15 septembre 2019

Source : Marianne

C’était il y a trente ans jour pour jour. L’histoire retient qu’il est le premier a avoir dit non au voile à l’école. Marianne a retrouvé Ernest Chénière, l’ancien principal du collège Gabriel-Havez de Creil où s’est jouée la première affaire du foulard. A 74 ans, il se souvient comme si c’était hier de ces semaines qui ont changé sa vie.

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Marianne : Quand vous avez été nommé au collège Gabriel Havez en 1987, était-ce un des « pires » collèges du secteur ?

Ernest Chénière : Un des pires de France vous voulez dire ! Et j’en ai la preuve. J’étais à Amiens, à la fin d‘une formation pour devenir principal, lorsqu’est venu le jour où l’on nous faisait part de notre affectation. Quand je suis entré dans la grande salle où devait se révéler les collèges de chacun, mes collègues se sont esclaffés ! Je ne comprenais pas pourquoi ils riaient tant. Ils se gaussaient. « T’es nommé à Gabriel Havez ! » a dit l’un. Moi, je ne connaissais même pas ce collège qui porte le nom d’un ancien maire de Creil… L’inspecteur responsable de notre groupe m’a pris à part, en me tenant par le coude avec un air grave. Il m’a dit deux choses : d’abord qu’il fallait y remettre de l’ordre, ensuite que, selon leur analyse, je présentais le profil requis pour gérer la situation.

Pourquoi avez-vous été choisi d’après vous ?

Pour une série de raisons objectives, je pense. J’avais déjà été instituteur en banlieue, à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. J’avais enseigné deux ans au Maroc. Je parlais l’Arabe tout en ayant beaucoup étudié l’Islam. Autre corde à mon arc, je ne cachais pas ma pratique des arts martiaux ! Peut-être aussi que mes origines antillaises et ma couleur de peau ont joué un rôle… Quoiqu’il en soit, l’Éducation nationale m’avait choisi pour aller où personne ne voulait aller.

Un résident a d’ailleurs défini cette stratégie comme un « parcage ethnique ». Cette expression m’avait fait mal !

Vous avez parlé à l’époque de « poubelle sociale » en évoquant le quartier de Creil où vous atterrissez …

Il n’y avait aucun de mépris de ma part à dire cela. Je ne faisais que mettre des mots justes sur une réalité que je constatais et qui était indéniable. J’avais déjà habité dans différents quartiers populaires, à Paris quand j’étais jeune, en banlieue parisienne et au Maroc. Mais là, c’était différent. La mairie socialiste de Creil avait depuis longtemps une stratégie consistant à drainer vers ce quartier du Rouher, sur le plateau, en face du collège, les populations immigrées les plus déshéritées socialement et les moins intégrées. Sur 800 élèves, il y avait 36 nationalités. Ce quartier était à lui tout seul l’expression d’une hypocrisie de la société française, qui se prétend accueillante mais qui pratique une ghettoïsation systématique… Ces gens étaient relégués là. Ils n’avaient aucune chance d’en sortir. Un résident a d’ailleurs défini cette stratégie comme un « parcage ethnique ». Cette expression m’avait fait mal !

Quelle est votre première impression du collège ?

C’était « l’île aux fous ». Le bordel le plus intégral si vous préférez. J’ai rendu deux visites à mon prédécesseur et je m’en souviens comme si c’était hier. C’était un homme terrassé. Abattu. Il était cardiaque, et m’a assuré que ses problèmes de cœur avaient commencé là. Nous nous sommes promenés dans les couloirs et j’ai vu de mes propres yeux des enseignants cracher à ses pieds. Le pauvre homme s’est contenté de hausser les épaules. Il n’avait strictement aucune autorité sur l’équipe d’environ 70 enseignants.

J’ai convoqué le caïd du collège dans mon bureau. Il m’a provoqué et il s’est retrouvé au sol avec une clé de bras. Il gémissait. Je lui ai demandé s’il voulait que j’arrête ou que je continue.

Comment le collège était il dirigé ?

Je m’en suis assez vite rendu compte en 1987 quand je suis arrivé. Il y avait un quarteron d’environ six ou sept professeurs dont deux d’éducation sportive, qui étaient creillois d’origine. Ils étaient en cheville avec la mairie. Politiquement, ils faisaient régner la terreur dans le collège, puisque tout devait passer par eux, avec l’appui de la ville. Cela faisait partie des « anomalies »…

Quelles autres « anomalies » avez vous découvert ?

J’ai aussi mis fin à cette histoire de cagnotte du foyer qui servait à payer des licences sportives pour qu’ensuite des élèves aillent prendre des cours de sport privés dans des gymnases voisins. J’ai expliqué aux enseignants que j’étais chargé d’une mission et que j’allais l’exercer. Tout le monde a compris que je ne serais pas un pion de la mairie, et que je gérerais désormais les tableaux de service en toute transparence et avec impartialité. Un autre exemple me vient à l’esprit : tous les matins et tous les midis, les retardataires entraient et sortaient. Je me suis mis aux grilles, et à l’heure dite, je les ai fermées. Au bout d’une semaine, il n’y avait plus de retardataires. On a monté un ciné club, l’association sportive a été relancée. Le collège, s’est remis à fonctionner selon la règle.

J’ai dû affronter une fronde initiée par les professeurs d’éducation physique proches de la mairie. Je me suis même retrouvé en tête à tête avec l’un deux, ceinture noire de judo, et on s’est fait face.

Vous avez été la cible d’une opposition de la part de certains professeurs dès 1987…

Oui, dès ma prise de fonction. J’ai dû affronter une fronde initiée par les professeurs d’éducation physique proches de la mairie. Je me suis même retrouvé en tête à tête avec l’un deux, ceinture noire de judo, et on s’est fait face. Ma pratique des arts martiaux m’a rendu un grand service ce jour-là. Je suis ceinture noire de Karaté, de Kung Fu et je pratique le sabre… Je crois qu’il a compris. Cela s’est arrêté. Il y avait aussi un début de trafic dans le collège de bandes du quartier qui tenaient sous leur coupe certains collégiens. On parlait déjà de tournantes dans les caves. Là encore, les arts martiaux m’ont été utiles.

Comment ?

J’ai convoqué le caïd du collège dans mon bureau. Il m’a provoqué et il s’est retrouvé au sol avec une clé de bras. Il gémissait. Je lui ai demandé s’il voulait que j’arrête ou que je continue. Il m’a dit « pitié monsieur arrêtez » et j’ai arrêté en lui disant qu’il faudrait désormais me respecter. Qu’il fasse passer le mot. C’était malheureux d’en passer par là, je ne l’ai pas souhaité, mais je pense que c’était une chance pour le collège que les choses rentrent dans l’ordre. Mon katana était toujours posé sur mon bureau, dans son fourreau, sur un support. Non pour menacer quiconque, mais parce qu’il m’imposait ses vertus, celles du Bushido : « Le Katana est l’âme du Samouraï ». Autrement dit, votre conscience doit être Droite lumineuse, pure, et tranchante comme la lame de votre Katana. Chacun savait cela, y compris les élus municipaux qui passaient dans mon bureau, et qui d’ailleurs s’en agaçaient.

Avez-vous souvent joué des coudes ?

J’avais beaucoup voyagé, je venais moi même « de la rue », rien ne m’impressionnait. Une autre fois avec trois jeunes d’origine congolaise, je leur ai proposé de les prendre tous les trois en même temps ! C’était des durs. Ils ont arrêté. Je vous jure, et je jure rarement, que ce collège était une zone de non droit. J’y ai ramené de l’autorité, du droit et de la citoyenneté. Et j’ai remis le collège sur les rails. L’année 88 s’est passée sans heurts.

Comment débute l’affaire du foulard ?

Quand l’iman Khomeiny lance sa fatwa sur Salman Rushdie et les versets sataniques, début 1989, il y a eu une petite scène d’hystérie dans la cour. J’avais perçu cela comme du cinéma. Puis en avril, un peu plus tard, les trois jeunes filles, arrivent voilées. Moi, je ne m’en rends pas tout de suite compte. Ce sont leurs enseignants qui m’alertent. Le visage des fillettes était en partie masqué et leur attitude était provocante. Leurs professeurs avaient échoué dans toutes leurs tentatives de leur faire enlever ce voile. J’ai convoqué les élèves dans mon bureau à la demande des enseignants qui ne parvenaient pas à se faire entendre.

Que leur dites-vous ?

J’avais vécu deux ans au Maroc, beaucoup étudié les différentes formes d’islams, comme je disais. Et je pensais qu’il suffirait d’avoir un dialogue autorisé « d’adulte de Savoir » avec ces trois élèves de 13 et 14 ans pour que les choses rentrent dans l’ordre. Je leur ai donc parlé, en mêlant le français et l’arabe, en leur expliquant pourquoi ce n’était pas acceptable au collège. Leur attitude restait hostile et cela m’a surpris. Normalement, ces enfants, culturellement, ont une attitude respectueuse avec « l’homme de savoir » comme les maîtres sont appelés dans le Coran. Là, non. Elles étaient braquées. Insensibles à mes admonestations et aux sanctions qu’elles encouraient.

Quand l’iman Khomeiny lance sa fatwa sur Salman Rushdie et les versets sataniques, début 1989, il y a eu une petite scène d’hystérie dans la cour. J’avais perçu cela comme du cinéma. Puis en avril, un peu plus tard, les trois jeunes filles, arrivent voilées.

Et que s’est il passé ?

C’était juste avant les vacances de pâques. Elles sont parties en congé et à leur retour elles n’étaient plus voilées. On a cru que c’était fini.

Aviez-vous déjà entendu parler d’affaires de voile à l’époque, y avait-il des consignes de l’Éducation nationale ?

Non. Rien. Je n’avais jamais entendu parler de cas similaires et il n’en n’avait jamais été question ni avec l’inspecteur d‘académie, ni dans aucune consigne particulière. On n’était pas « préparé » particulièrement à gérer ce genre de problème à l’école. Mais les enseignants ont eu le sentiment, quand ces voiles sont apparus, qu’ils constituaient une provocation. Moi aussi. Pour nous, c’était une évidence…

Et en septembre 1989, à la rentrée, les trois mêmes fillettes reviennent porteuses de foulards…

Exactement. Les deux sœurs Fatima et Leila Achahboun et Samira Saïdani. Leurs professeurs, là encore ont tenté de les dissuader. Là encore en vain. Ils sont venus me voir pour me demander de régler ce qui devenait un problème. J’ai convoqué les fillettes. Même mur hostile. Le 18 septembre, je leur ai donné une lettre d’explication à l’attention de leurs parents. Nous avons décidé de ne plus les accepter en cours avec le foulard, mais de les accueillir au sein du collège, en les installant au Centre de documentation et d’information, le CDI, en espérant que le dialogue avec les familles, à vrai dire avec les pères, porte ses fruits. Voilà ce que nous avons fait.

Vous avez rencontré les parents…

J’ai d’abord vu M. Saïdani, qui était tunisien. Il vendait des bonbons en face de la mosquée. C’était selon moi un intriguant. Il avait été violent avec la mère de Samira. J’ai essayé de le raisonner, de lui expliquer l’intérêt de sa fille, l’école, la laïcité, et très vite je me suis rendu compte qu’il ne voulait rien entendre. Il m’a prévenu que sa fille garderait le foulard, que c’était « notre religion », disait-il. Le père des soeurs Achahboun venait, lui, du Maroc. Il avait descendu l’Atlas pour travailler ici à Creil. Je suis allé manger chez eux, sans jamais y voir la maman d’ailleurs. Je parlais arabe avec lui, et j’ai voulu lui montrer que je n’étais ni un adversaire ni un ennemi de l’islam. C’était quelqu’un de simple, mais très malin. Je suis sorti de là en me demandant pourquoi diable ils étaient si bornés. Il jouait le personnage du Fellah immigré au cœur pur et simple, dépassé par l’évènementiel, mais en réalité, j’ai eu l’occasion de visionner une interview qu’il avait donnée à une chaîne de TV anglaise dans la période, et où il théorise avec une détermination surprenante les positions islamistes. Il ne pensait pas que cette vidéo me serait envoyée de Londres.

Aviez-vous une explication à l’époque ?

Rien n’était encore médiatisé et d’un coup je reçois une demande de rendez-vous d’une journaliste du Courrier Picard. Je la savais très proche de la mairie socialiste. Je l’ai reçue longuement pour lui expliquer les choses. Il faut bien comprendre que jusque-là je ne faisais pas de politique. J’avais été militant dans ma jeunesse, mais pour des causes humanistes où contre le colonialisme et la guerre du Vietnam. Pourtant, pour la mairie de Creil, j’avais la réputation d’être « un homme de droite ». Je ne sais pas bien pourquoi. Cela traduisait simplement le fait que je n’étais pas docile. Sans cette clé, on ne peut pas comprendre ce qui va suivre. La journaliste vient me voir et je comprends en discutant avec elle qu’elle avait déjà « son opinion ». Et que cette « opinion » était celle de la mairie.

Laquelle ?

D’un mot, c’était moi le gêneur. J’étais quasiment responsable de ce qui arrivait. Et la solution eût été que je m’en aille pour que tout rentre dans l’ordre. En partant, je lui ai suggéré de « affaire attention quand même, que la situation me paraissait un peu explosive ». Que le sujet c’était le foulard, pas moi… Elle a fait son article. J’y étais décrit comme « quelqu’un de violent ».

Dans l’article du Courrier Picard j’avais employé le mot « intégristes» et j’ai eu droit à un procès en diffamation, que j’ai d’ailleurs gagné en 1990

Cet article paraît le 8 octobre 1989, la polémique devient nationale, et les choses, à votre niveau, sont hors de contrôle…

Oui, tout le monde a joué avec le feu. Durant l’été, une association de jeunesse musulmans de Creil s’était créée. Et à mon avis, toute cette histoire a été téléguidée de loin. Le Plateau de Creil avait été choisi parce que c’était un lieu idéal et que la passivité complice et aveugle de la mairie allait les y aider. Il y a eu un deal implicite ou explicite… La mairie, son but, c’était simplement de me faire partir. Dans l’article du Courrier Picard j’avais employé le mot « intégristes» et j’ai eu droit à un procès en diffamation, que j’ai d’ailleurs gagné en 1990. Et cela a fait jurisprudence. Mais là encore, le but était de me faire partir.

Etiez-vous soutenu ou isolé au sein du collège ?

J’avais le soutien de la grande majorité des professeurs qui étaient tous contre le voile. Eux aussi avaient bien compris ce qui se jouait et qu’il ne fallait pas lâcher prise. J’ai été reçu par le recteur. Un brave homme qui n’entendait rien à ces questions et savait à peine ce qu’était l’Islam. Personne ne se rendait compte de rien à l’époque. Il y avait aussi cet inspecteur d’académie, un jeune. Il m’a convoqué un jour, c’était un jeudi. J’ai eu droit à une drôle de séance dans une salle mal éclairée de Beauvais, avec deux témoins. Il m’a fait la leçon pour me demander d’accepter en classe les filles avec le voile. « Vous allez laisser entrer ces filles en cours avec leur foulards », hurlait-il. Je l’ai bien regardé. Là encore les arts martiaux qui enseignent avant tout la maitrise de soi m’ont bien aidé. Je lui ai demandé s’il en avait terminé et je lui ai demandé s’il avait une seule bonne raison de laisser ces filles entrer en classe avec leur foulard parce que pour ma part je n’en voyais aucune. Il n’en avait pas. Je lui ai donc demandé un relevé de conclusions écrit. Et qu’il me le signe. Évidemment il a refusé. Lui aussi était grotesque.

En 1989, vous vous attaquez aussi à la petite communauté juive du collège…

Non, grand Dieu, Non, je ne m’y « attaque » pas mais en pleine affaire du voile, on vient me trouver en me disant « vous voyez il y a des collégiens juifs qui ne viennent pas au collège les vendredis après-midi et samedi matin pour cause des shabbat ». C’était normal d’exiger aussi que cela cesse. Je suis allé voir la responsable de l’association juive en charge de l’inscription de ces jeunes dans notre établissement pour lui expliquer la problématique. Elle s’est énervée… Quelques temps plus tard je recevais une lettre avec le sigle de l’ONU, m’accusant tout bonnement d’avoir pris des positions antisémites. Grotesque encore.

L’Education nationale m’a nommé proviseur dans un établissement où j’ai été accueilli comme « un homme de droite ». J’y suis resté un an à subir une forme de lynchage de la part des enseignants locaux qui se revendiquaient « de gauche ».

Avez- vous été surpris par la décision du conseil d‘Etat fin novembre 1989, disant que le voile était compatible avec la laïcité…

Ce n’est que l’illustration du trop fameux « Courage, fuyons ! ». Je savais bien que personne ne comprenait bien ce qui se passait et qu’il y avait en France bien des forces à l’œuvre sur ces questions. Dans cette période, j’ai reçu 3600 lettres de soutien. L’affaire s’est terminée quand le Roi du Maroc Hassan II l’a décidé. On l’a su après, mais l’ambassadeur du Maroc en France avait été convoqué par le ministre de l’Intérieur. Les fillettes et surtout leurs parents ont obéi dans la seconde. Après, dans le collège et dans la ville de Creil, cela a été un grand soulagement. J’ai eu d’innombrables témoignages de reconnaissance. Les trois années suivantes ont été des années normales.

Et en 1993 vous devenez député RPR, battant Jean Anciant, le maire socialiste de la ville… Pourquoi ce choix, vous qui disiez ne pas faire de politique ?

Je suis un homme simple. Mes deux parents étaient instituteurs, des Hussards noirs de la République ! J’aime la France, celle des manuels d’histoire, de Clovis à Clémenceau. Oui, à la rentrée de septembre 1989, j’ai perçu qu’il y avait en France un problème avec la laïcité. Moi, le nègre, je me rendais compte d’un problème dont personne ne réalisait l’énormité, et j’ai pensé que ma voix pouvait porter à l’Assemblée nationale. Moi, le petit martiniquais venu au monde en Martinique, j’ai imaginé que je pourrais avoir une loi qui porterait mon nom sur le sujet…

Vous n’avez guère été entendu…

Mes amis gaullistes m’ont écouté. J’ai rédigé trois propositions de loi sur ces questions, mais, c’est vrai, rien n’a abouti. La dernière était même une proposition de réforme constitutionnelle puisque je proposais que l’on rajoute au triptyque « Liberté égalité fraternité » le mot Laïcité. Tout cela est dans les cartons de l’Assemblée. Ces questions faisaient peur.

J’aime la France, celle des manuels d’histoire, de Clovis à Clémenceau

En 1997, vous êtes battu…

Oui, et là encore, j’ai l’impression d’avoir été victime de règlements de comptes souterrains, d’accointances secrètes entre le RPR et le PS. D’un coté, on aide Eric Woerth à prendre la maire de Chantilly et de l’autre on « rend » au PS la circonscription de Creil, qui avait toujours été à gauche. J’ai été battu dans une triangulaire face au PS et le FN. Il faut préciser que pendant quatre ans je vivais avec ma famille sous la protection de policiers du Service de protection des personnalités. Ma permanence a été saccagée. Une fois ou deux, un bâton à la main, j’ai fait reculer des petits groupes hostiles. Il était pour nous invivable de rester à Creil.

Qu’êtes vous devenu ?

L’Education nationale m’a nommé proviseur dans un établissement où j’ai été accueilli comme « un homme de droite ». J’y suis resté un an à subir une forme de lynchage de la part des enseignants locaux qui se revendiquaient « de gauche ». Puis j’ai rendu les armes, la lutte était impossible dans un contexte marqué par un certain nombre d’incompréhensions. J’ai ensuite été affecté à différentes « missions » jusqu’au à ce qu’on me demande de prendre ma retraite, il y a dix ans.

Pourquoi n’avoir jamais écrit vos mémoires, et longtemps refusé de parler ?

Quand j’ai arrêté de travailler, j’ai passé deux ans à Mayotte et j’ai écrit un livre sur tout cela. Mais je me suis fait voler mon ordinateur et même le disque dur de sauvegarde. Je n’ai jamais eu la force de recommencer. C’est comme cela, je crois au fatum…

Ces trois mois de l’automne 89 ont changé votre vie…

Oui bien sûr. Plus j’avance en âge, plus je suis aujourd’hui intimement convaincu que j’ai été placé là, en 1989, dans le but de faire ce que j’ai fait. De dire « non » en quelque sorte. Je crois même que toute ma vie avant 89, que ce soit mon séjour au Maroc, les arts martiaux, ma naissance dans la rue, mes origines, tout m’avait préparé à cela. A tenir bon durant ces 3 mois qui ont changé ma vie. Je crois dans ces fils invisibles.

Je me suis retrouvé à Creil face à la première tentative d’ouvrir une brèche dans la laïcité par un islamisme conquérant.

L’actuel maire de Creil assure que vous avez monté les choses en épingle…

Je reste écoeuré que l’on puisse oser aujourd’hui encore un bluff aussi immonde, aussi énorme, aussi affligeant ! Que le maire de Creil ose encore tenter de tromper les gens en prétendant une chose pareille, c’est une vilenie de plus.

Quel regard portez- vous sur ces 30 ans ?

Je me suis retrouvé à Creil face à la première tentative d’ouvrir une brèche dans la laïcité par un islamisme conquérant. Je n’étais ni de droite, ni de gauche, ni d’extrême droite ni de droite extrême. J’étais là. Je suis certain que la décision de porter le fer à Creil est venue de loin, et que l’inertie de la mairie, sa complicité aveugle, ont joué leur rôle. Aujourd’hui, trente ans plus tard, il va sans dire que nous sommes face à un phénomène historique. Le système capitaliste financier actuel est une horreur. Les pensées se stérilisent, les pays s’appauvrissent. Les idéaux reculent. Si cela continue à ce rythme, un jour ou l’autre, comme cela a toujours été le cas dans l’histoire, notre pays sera bon à prendre…

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