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Publié par Gaia - Dreuz le 23 septembre 2019

Source : Lefigaro

Pour faire face aux problèmes de notre temps et pour éviter les apories de la confrontation entre «conservateurs» et «libéraux», l’essayiste et ancien haut fonctionnaire Pierre de Lauzun entend revenir à la pensée classique.

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Vous vous proposez, dans votre dernier livre, d’effectuer un «grand retournement politique» qui consisterait à réhabiliter la «pensée classique». Pouvez-vous préciser ce que vous entendez par là ? Qu’est-ce que la pensée classique, et à quoi l’opposez-vous ?

Pierre DE LAUZUN.- Je pars d’un constat, celui d’une profonde dérive dans nos sociétés. La perte d’éléments essentiels de notre culture et de nos raisons de vivre ensemble. J’en vois la cause dans le relativisme qui domine l’esprit public, relativisme issu d’un paradigme à l’œuvre de façon croissante depuis trois siècles. C’est cette idée que le seul bien que doit reconnaître la société est le droit de chacun à définir comme il l’entend ce qu’il appelle vrai ou bien, sous réserve du droit équivalent du voisin. D’où un individualisme ravageur, qui mine potentiellement les biens communs bâtis patiemment au cours des siècles, qui en outre se contredit en condamnant aujourd’hui ceux qui s’y opposent, au nom du politiquement correct.

La pensée classique est une immense réflexion sur notre expérience de siècles de vie en commun.

L’alternative, c’est la pensée classique, née avec Aristote, Cicéron et Thomas d’Aquin et toujours vivante. Contrairement à l’image qu’on en donne, elle est avant tout pragmatique: elle sait que les sociétés humaines résultent de l’interaction complexe et émotionnelle de personnes libres au cours du temps, et qu’on ne peut les manipuler à volonté à partir de théories abstraites, contradictoires et changeantes. La pensée classique est une immense réflexion sur notre expérience de siècles de vie en commun. Elle est attachée à des principes essentiels comme la recherche du bien et du vrai objectifs, le rôle central de la personne, le besoin pour elle de communautés solidaires et d’une éducation humaniste. C’est cela qui en fait une pensée incarnée, proche de la réalité vécue des gens.

Vous insistez sur la nécessité de rechercher la vérité, à rebours du relativisme moderne. Mais est-il encore possible aujourd’hui de parler de vérité? La déconstruction opérée dans de nombreux champs des sciences humaines n’a-t-elle pas montré qu’en fait de vérités objectives, les vérités qui structurent l’ordre social sont le plus souvent le fruit d’un rapport de force?

Voilà un préjugé typique du paradigme de neutralité. Comme on a posé qu’on ne pouvait pas atteindre le vrai ou le bien, on se rabat sur ce qui est immédiatement accessible: le matérialisme pour les uns, les rapports de force pour les autres. La déconstruction, grand sport des intellectuels depuis deux siècles, est devenue pathologique avec la postmodernité depuis les années 60. Curieusement le déconstructeur ne se demande jamais d’où vient sa propre pensée, quel est le processus inconscient, économique, physicochimique ou autre qui a généré son soupçon et sa déconstruction.

Dans une société relativiste, l’argent est l’outil idéal.

Mais comment une communauté d’hommes peut-elle vivre et créer ensemble si elle n’a pas en commun des références essentielles, sans lesquelles la confiance n’est pas possible? Et si des forces cherchent à manipuler cette recherche du bien et du vrai, il a fallu d’abord que chacun croie possible, y compris les chantres du soupçon, de discerner un certain vrai ou un certain bien qui ne soit pas le seul fruit de l’oppression, mais une croyance qui s’impose à tous.

En l’absence de communautés et de références communes, c’est l’argent, dites-vous, qui devient «le seul élément d’arbitrage». Pourquoi?

L’argent a une propriété essentielle, il est même fait pour cela: il est en soi neutre. Pour faire une opération avec, il faut un acheteur et un vendeur d’accord sur la chose et le prix. Point. Nul besoin de vrai ou de bien, de communauté, de relation humaine. Dans une société relativiste, c’est l’outil idéal. Nous ne sommes d’accord sur rien? Tant pis: si nous avons confiance dans la monnaie, nous pouvons toujours faire une transaction. Ou réclamer une subvention…

L’économie semble être une science dans laquelle les enseignements de la pensée classique se font plus rares…

L’histoire de l’économie est étonnante. Elle est née du souci moral de confesseurs médiévaux, qui ont étudié l’activité des marchands pour voir ce qui y était bon ou mauvais. Depuis, l’obsession de l’économie est d’apparaître comme une science et de se dégager de tout jugement de valeur, surtout moral. À vrai dire, cette belle assurance bat un peu de l’aile: outre sa difficulté à faire des prévisions, il apparaît de plus en plus que l’économie étant un fait humain, l’analyse des valeurs qui animent les hommes en est une composante essentielle. Et que si on ne se pose pas la question des finalités éthiques, le résultat a toutes les chances de ne pas être bon. Ce que l’homme de la rue comprend, malgré son peu de connaissance technique, peut-être parce que sans le savoir il est plus en phase avec la pensée classique!

Comment un classique peut-il lutter contre la place de plus en plus démesurée que prend l’État dans nos vies quotidiennes?

Pour faire simple, il y a deux grands moyens de tourner l’action des hommes vers un bien. Le premier est la coercition: la puissance publique. Le second est la conduite intérieure: les mœurs, éthique ou morale. La vraie liberté repose sur celle-ci, car c’est une plénitude intérieure, qui suppose d’être orientée vers le bien. Mais dans un contexte relativiste, elle est rongée par l’ambiance dominante. On recourt donc encore plus au premier. Quand l’insécurité règne parce que certains se croient tout permis, on met plus de police et de caméras de surveillance ; dès qu’un incident se produit, on fait de nouvelles lois ; dès qu’un besoin émerge, on augmente les impôts etc. D’autant que les exigences à l’égard de l’État, hétéroclites, augmentent sans cesse, puisqu’on est tous victimes et responsables de rien. C’est le contraire de la pensée classique qui propose à chacun de faire siennes la morale, les normes, la pensée de siècles d’expérience humaine pour devenir une personne pleinement responsable et autonome, capable de soutenir et accomplir la société.

Le conservatisme tend à composer avec les idées dominantes.

Ce qui veut dire qu’on n’en sortira pas principalement par des changements politiques, par la puissance publique, même s’ils doivent y contribuer: c’est à une réforme en profondeur de nos valeurs et priorités personnelles qu’il faut s’atteler, en commençant par soi et autour de soi, par une action à la base, par l’éducation et par l’exemple.

Que voulez-vous dire lorsque vous reprochez au conservatisme ses «ambiguïtés»?

Le mot est ambigu par son étymologie: conserver ce qui existe ne vaut que si c’est bon. Bien sûr, la pensée classique est pragmatique, et préfère dans le doute ne pas intervenir pour bouleverser la société au risque de faire pire. Elle conservera alors ce qui existe: c’est son côté «conservateur».

Au-delà, ce qu’on appelle «conservatisme» en politique, au sens que lui donnent les Anglo-saxons, présente bien des traits de la pensée classique dont il est souvent l’expression. Mais avec une limite majeure: ce conservatisme donne moins d’importance à la recherche du vrai ou du bien objectifs, et il tend à composer avec les idées dominantes. Aux États-Unis, de nos jours, un conservateur sera supposé ultralibéral en économie, ce qui est contraire à la tradition conservatrice, même américaine.

Dans un entretien récent au Figaro , Mark Lilla oppose la figure du conservateur à celle du libéral, qui ne se situe pas dans une société donnée mais considère l’individu détaché de toute communauté. Cette vision du libéralisme est-elle réductrice?

Le mot libéral est encore plus piégé. Cela peut viser un libéralisme philosophique qui est un relativisme ; mais cela peut aussi se référer à l’état de droit et aux libertés, ou à l’économie de marché. À notre époque où on adore mettre des étiquettes sur les gens pour ne pas les écouter, cette hésitation dans la définition permet toutes les manipulations.

La vraie émancipation, c’est de devenir un adulte accompli, dans la communauté.

Mark Lilla parle du libéralisme philosophique: il vise «l’individu porteur de droits détaché de la société». Et il l’oppose au conservatisme, attaché à la transmission de la culture et des traditions tout en étant pragmatique, face à un monde compliqué et imprévisible. Même si Lilla lui-même se réclame ensuite d’un «libéralisme modéré», celui de Tocqueville par exemple, qui présente bien des traits conservateurs…

Ce qui est sûr pour le classique est que «l’individu porteur de droits détaché de la société» est une chimère. C’est dans une société donnée, avec ses lois et surtout ses mœurs, sa culture, sa recherche collective du vrai et du bien au cours des siècles, que la personne humaine et ses droits peuvent s’épanouir.

Au fond, un classique est quelqu’un qui considère que l’émancipation n’est pas l’accomplissement ultime de la personne…

En tout cas, pas nécessairement. Le mot accomplissement contient l’idée de complétude: cela veut dire qu’on a atteint la pleine réalisation de ce que l’on pouvait être de mieux. Par définition, l’accomplissement suppose la recherche du bien. Et au départ, l’émancipation veut dire qu’on n’est plus sous tutelle. C’est le cas de l’homme adulte qui a atteint son plein épanouissement.

Mais quand de nos jours on comprend l’émancipation dans un sens relativiste, celui de notre paradigme actuel, on cherche à se dégager de toute idée de bien ou de vrai objectifs, de toute communauté, et on croit que l’idéal est que chacun se fabrique ses valeurs comme il l’entend, là où il veut, comme il veut. Non seulement c’est illusoire, mais cela n’a rien à voir avec un accomplissement. C’est même la recette de l’échec, ou de l’infantilisme.

La vraie émancipation, c’est de devenir un adulte accompli, dans la communauté. Exactement ce que nous propose la pensée classique.

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