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Publié par Gaia - Dreuz le 9 octobre 2019

Source : Terrafemina

Ce discours de la députée britannique Rosie Duffield est le plus poignant que l’on ait pu entendre depuis un bon moment.

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« Ce n’est que lorsque vous avez déjà la bague au doigt que les masques tombent ». C’est une tirade qui glace le sang. Et ce n’est pas la seule phrase que l’on retiendra du bouleversant discours prononcé par la députée travailliste Rosie Duffield à la Chambre des communes (qui fait partie du Parlement du Royaume-Uni), ce 2 octobre dernier, à l’occasion de l’adoption d’une loi visant à renforcer la protection des victimes de violences domestiques. Face à des collègues très émus, pour ne pas dire au bord des larmes, la politicienne est revenue sur les abus dont elle fut elle-même victime par le passé, de la part de son ancien compagnon. Une façon de briser le silence, pour toutes celles qui n’y parviennent pas encore.

Pour Rosie Duffield, il faut à tout prix en parler. Car « nous voyons souvent les mêmes images et stéréotypes » à propos des violences conjugales, assure-t-elle, alors que celles-ci « ont de nombreux visages », à l’image de ceux, tout aussi variés, « de ses survivantes ». L’emprise que décrit la députée à son audience est psychologique : critiques régulières sur son physique, contrôle financier, violence verbale, humiliations régulières, méthodes de harcèlement diverses et variées… Pas d’agressions physiques, mais une brutalité pernicieuse et sourde, démontrant que la notion « d’abus » est « beaucoup plus grande et plus complexe » qu’on ne pourrait le croire, dit-elle. D’où la nécessité d’améliorer les mesures visant à prévenir et punir cette toxicité.

A son assistance, Rosie Duffield affirme que les relations abusives ne se caractérisent pas toujours par « des bleus ». Non, ce sont avant tout des affaires de contrôle et de pouvoir, ceux de manipulateurs « qui volent votre coeur » à petit feu. Au début, pas la moindre menace, critique, crise de colère ou démonstration de force physique de leur part. Ce n’est que lorsque la relation s’installe durablement et que « la porte de votre maison est verrouillée » que l’étau se resserre, jusqu’à l’étouffement. Et des formules toutes romantiques comme « je veillerai toujours sur toi » ou « je ne te laisserai jamais partir » apparaissent dès lors comme « des menaces », déplore la députée.

Silences angoissants, remarques désobligeantes, mouvements constants de « chaud et froid » (du mépris incisif aux compliments et cadeaux de son compagnon)… Rosie Duffield énumère avec minutie les manipulations diverses et le sentiment de dépendance qui constituent une relation toxique, au gré des réactions totalement imprévisibles de l’abuseur. « Vous êtes toujours confuse, tourbillonnant dans un état de perpétuel changement, hyper-alerte, sans savoir quelle humeur vous attend du jour au lendemain », dit-elle. Une situation qui, malheureusement, engendre volontiers l’incompréhension de celles et ceux qui ne l’ont jamais éprouvé. Car comment comprendre ces aléas permanents entre « la récompense et la punition, la rage abjecte, la menace » ? Si ce n’est en l’ayant vécu ?

A mesure que s’amenuise la gentillesse, le respect et l’affection de l’autre, « vous arrivez au stade où vous avez peur de rentrer chez vous », s’attriste la députée, insistant sur l’attitude des victimes, tiraillées entre la nécessité de parler et une fatigue terrible, à la fois physique et psychologique. « Chaque jour est épuisant », témoigne-t-elle. A l’écouter, il est ardu de sortir de ce système « d’humiliations ». Car celui qui vous persécute est la même personne « qui dit à sa famille à quel point il vous aime et a envie de vous faire sa femme ».

Mais au bout de cette interminable expérience, Rosie Duffield a finalement trouvé le courage « de prendre les clés de la porte d’entrée » et de s’en aller pour de bon. Enfin. Il lui faudra six longs mois pour se sentir à nouveau bien dans sa peau et reprendre contact avec ses proches, confesse-t-elle encore. Après des semaines et des semaines d’isolement et de non-dits.

Ces mots, le Président de la Chambre des Communes John Bercow les décrit comme « l’une des contributions les plus émouvantes jamais prononcées au Parlement ». Éprouvant, ce discours l’est assurément. Mais d’utilité publique, il l’est d’autant plus. En épilogue, la députée travailliste exhorte les victimes anonymes à libérer la parole. Pour la membre du Parti travailliste Harriet Harman, il ne s’agit pas seulement là d’un récit édifiant. Non, c’est bien plus que cela. Elle l’affirme : « Ce que dit Rosie Duffield va sauver des vies ».

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