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Publié par Eduardo Mackenzie le 26 octobre 2019

Que s’est-il passé lors de l’interrogatoire de l’ancien président Álvaro Uribe devant la Cour suprême de justice ? Une semaine après cet épisode, les Colombiens n’en savent rien. Ou trop peu.

Lorsque l’interrogatoire a pris fin, la presse déclara qu’il avait duré huit heures et que le sénateur et ancien chef d’Etat avait été « officiellement lié au procès ». A un procès pénal pour  « manipulation de témoins » dans l’enquête que lui-même, Uribe, avait demandé d’ouvrir à l’encontre d’un sénateur communiste, Ivan Cepeda.

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Pour Alvaro Uribe, ce fut, en réalité, 18 heures d’intense concentration intellectuelle.  Après l’audience, l’infatigable leader colombien a fait un discours de 90 minutes au siège de son parti, le Centre Démocratique. Il y a rappelé des moments de sa vie au service de la Colombie et a résumé –comme l’a écrit Remberto Burgos de la Espriella–, « la chronologie de la manière dont le procès a été retourné contre lui ». Il a rappelé les pires manigances des chefs de la gauche et celles d’un ancien juge qui se vantait, à des fins déstabilisatrices, lors de la campagne présidentielle de 2018, qu’il allait « capturer » l’ancien président. Sur l’audience elle-même Uribe n’a rien dit. Simplement il a souligné que César Augusto Reyes, le magistrat qui l’avait interrogé, avait été « correct ».

Álvaro Uribe est le premier ancien président de Colombie à être emmené, de manière pour le moins arbitraire, à un « interrogatoire préliminaire » devant la CSJ. Uribe est le chef politique le plus en vue et le plus populaire du pays. Les Colombiens ont le droit donc de savoir ce qui s’est passé ce jour-là et ce qui se passe en fait à son égard au sein de la CSJ.

Mais l’audience a été à huis clos. Pire, comme l’a dit le journal El Espectador : cela fut un acte « hermétique ». En espagnol, ce terme équivaut à impénétrable, caché, réservé et incompréhensible. Chacun de ces synonymes est applicable au 8 octobre, un événement judiciaire étrange en raison de son manque total de transparence.

Important homme d’État et combattant déterminé en faveur de la démocratie représentative, Uribe est reconnu comme tel non seulement par ses partisans, mais aussi par ses adversaires. Parmi ceux-ci, certes, il y a des gens qui cultivent la plus tenace hostilité contre lui et contre le capitalisme et les libertés « bourgeoises ».

Ceux qui ont préparé l’audience à huis clos invoquent la loi 600 de 2000. Le code de procédure pénale colombien n’est pas, hélas, un modèle de style, d’orthographe ou de clarté conceptuelle. Ce texte a des règles pour deux types de justiciables: les particuliers et les présidents de la République. Il ne dit pas un mot sur la procédure à suivre pour un ancien président de la République. Or, Uribe a été convoqué à cet interrogatoire en tant que sénateur.

Les juges ont improvisé. Ils ont décidé de l’interroger à huis clos malgré le fait que la loi 600 prône que, dans tout procès pénal, « l’audience est publique ».

Cet interrogatoire à huis clos a généré une incertitude quant aux possibilités d’une procédure équilibrée.  Nul ne peut savoir non plus ce qui s’est passé auparavant, dans la dite « enquête préalable ». Quand a-t-elle commencé exactement et quand et comment la partie intéressée a-t-elle été notifiée ?

En constatant que le président Uribe n’avait pas fui la Colombie et s’était, au contraire, présenté à l’audience et que, après l’interrogatoire, le juge l’avait laissé partir libre, l’instigateur de cet imbroglio a perdu pied. « Ce procès doit continuer !», a gesticulé Ivan Cepeda en tentant d’empêcher que les magistrats, perplexes devant l’illégalité manifeste des preuves réunies contre Uribe, décident d’archiver prochainement le dossier. Sans que personne de la CSJ ait dit un mot, le responsable communiste a aussi accusé l’ancien président d’avoir, selon lui, « violé le secret de l’instruction » car il avait pris la parole devant les militants du CD après être sorti du palais de justice.

L’histoire de ce curieux procès a commencé en 2012 lorsque l’ancien président a dénoncé le sénateur Ivan Cepeda pour avoir fabriqué de faux témoignages. Uribe accuse Cepeda d’avoir contacté d’anciens paramilitaires dans les prisons de Colombie et des États-Unis pour leur extorquer de faux récits contre l’ancien président, en échange d’argent ou de réductions de peines. Certains des criminels impliqués ont révélé plus tard le rôle de Cepeda dans l’invention des faux récits et du type de compensation promise.

Au lieu d’enquêter sur de telles allégations, le bureau du procureur général décida de ne pas enquérir l’accusé mais le plaignant. Le chef extrémiste a été donc déclaré innocent et l’enquête a été réorientée contre l’ancien chef de l’Etat. Le fait de dénoncer le manipulateur de témoignages avait fait d’Uribe, selon ces étranges magistrats, l’auteur d’un crime. Ainsi va la justice en Colombie.

Aujourd’hui, la CSJ n’a pas un seul «témoin» contre Uribe qui ne soit pas un brigand en prison et qui n’ait pas accepté de participer à ce jeu infâme, en échange d’argent, de pénalités réduites ou de notoriété. 

La technique consistant à éliminer ses adversaires, en particulier des membres du Congrès, des militaires et des personnalités politiques, avec des procès de harcèlement fondés sur de fausses preuves, est possible grâce aux cellules que la subversion a réussi à incruster dans l’appareil judiciaire colombien. Certes, la plupart des victimes de ces gangsters ont réussi à prouver leur innocence après des années de combats judiciaires coûteux. Mais beaucoup ont vu leur carrière politique ruinée et presque tous ont subi un préjudice moral irréparable.

L’autre chapitre surréaliste de cette affaire concerne les autres soit-disant « preuves » contre Uribe. Il s’agit d’un certain nombre de conversations téléphoniques illégalement interceptées. Ce sont des enregistrements qui n’ont pas été commandés par un juge, car aucun procès n’existait à l’encontre d’Uribe. 

Cependant, la Cour a accepté ces écoutes comme preuve. Ce qui a été révélé par la presse colombienne sur l’origine de ces interceptions est hallucinant. Il semble que ceux qui ont activé la mise sur écoute cherchaient à obtenir des preuves contre un citoyen X, habitant le département du Chocó. Mais un jour, les techniciens ont découvert avec étonnement qu’ils s’étaient trompé. Le téléphone de M. X n’avait pas été intercepté. Le téléphone mis sur écoute était « par pur hasard » et, parmi les autres trente millions de téléphones mobiles du pays, celui du président Álvaro Uribe.

Comment les illustres magistrats ont-ils pu accepter cela comme « preuve » ?  Ils ont estimé qu’il s’agissait d’une « erreur plausible » mais  que ces enregistrements en valaient bien la peine car la cible était une « personne importante ». Cependant de telles écoutes violaient la vie privée d’un citoyen sur lequel la justice n’enquêtait pas! Peu importe. Ils ont accepté ces enregistrements et, pire, les ont communiqué à certains journalistes pour qu’ils crient au scandale la veille de l’interrogatoire de l’ancien président. L’un d’entre eux a diffusé une conversation en changeant un mot de façon grossière dans une phrase décisive.

Quel a été le rôle d’Ivan Cepeda dans tout cela ? Pourquoi  la dite « enquête préalable » a-t-elle été faite à l’insu d’Alvaro Uribe ? Le tribunal a-t-il admis les témoignages illégaux de malfaiteurs tels que Hernán Sierra et Guillermo Monsalve ? Nul ne le sait. L’audience à huis clos était-elle destinée à empêcher que la vérité arrive au public ? Ce procès va-t-il se poursuivre dans un tel niveau de confusion et d’opacité ?

La justice pénale ne peut être rendue dans le dos du peuple. Une procédure régulière ou équitable doit être contradictoire et publique, en particulier si le mis en examen est un leader politique. Il existe un devoir de transparence que la Cour n’a pas respecté. Faire dérouler une enquête pénale dans le dos du justiciable est peut-être l’usage dans la justice castriste. Mais la Colombie n’est pas le Venezuela de Maduro. Et ce ne le sera jamais, en dépit des effets dévastateurs d’un appareil judiciaire noyauté qui protège les chefs des FARC et qui accepte de monter en même temps des opérations  scabreuses contre les combattants de la liberté.

Ce procès contrefait va probablement continuer.  La mobilisation populaire en défense de l’ancien président s‘est fait sentir le 8 octobre, avec des manifestations dans une dizaine de villes en Colombie et à l’étranger. Elle ne va pas s’arrêter et va même s’amplifier. Car les citoyens colombiens ont l’impression de ne pas être face à la majesté de la Justice mais face à une machine destinée à humilier et à tuer politiquement Alvaro Uribe.

Pire, ce procès n’est même pas dû aux ennemis les plus visibles du sénateur Uribe. Il répond en réalité à un ordre venu des dirigeants de la subversion continentale. Ceux-là veulent compenser la chute de l’un de leurs personnages les plus utiles, Inacio Lula da Silva, du Brésil, avec l’effondrement psychologique et politique d’Alvaro Uribe, en Colombie. La lutte léniniste pour le pouvoir a toujours été comme ça: les offensives les plus terribles sont décidées à l’extérieur, par des centres obscurs et cachés. C’est pourquoi la défense d’Alvaro Uribe et de la Colombie contre les forces prédatrices doit être pensée dans une  perspective  ample et même mondiale.

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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