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Publié par Eduardo Mackenzie le 29 octobre 2019

Suite à l’excellent article d’Eduardo McEnzie sur l’ex-président Álvaro Uribe, un lecteur anonyme, sous le pseudo «Giovanni», a glissé un certain nombre de contrevérités destinées à brouiller les pistes, contrevérités qu’Eduardo McEnzie réfute, arguments à l’appui.

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1.– Non, l’ex- président Álvaro Uribe n’a jamais été condamné par la justice colombienne pour aucun délit. Nul n’a prouvé non plus qu’il ait soutenu des groupes paramilitaires. Il est, certes, la cible d’accusations non fondées de la part des FARC et de la part de l’ELN, deux narco-guérillas, pour le combat qu’il a mené contre elles, ainsi que contre le trafic de drogue et contre les paramilitaires d’extrême droite, au cours de ses années en tant que sénateur (1986-1994), puis comme gouverneur d’Antioquia (1995-1997), et finalement comme président de la République (2002-2010).

2.– Aucun autre homme politique colombien n’a été à ce point l’objet d’enquêtes menées à son encontre. Or, personne n’a jamais réussi à détruire ni sa vaste popularité ni son honneur. Etre calomnié comme lui est une chose ; être un criminel en est une autre. Sans relâche, les FARC tentent d’assassiner Uribe, et cela depuis 1995. N’ayant pas réussi, elles tentent de le supprimer par des campagnes diffamatoires à répétition. Elles ne lui pardonnent pas qu’il ait gouverné sans demander la permission aux FARC. Elles ne lui pardonnent pas d’avoir réussi à extrader aux États-Unis les 15 principaux chefs paramilitaires du pays, en mai 2008, dont certains gros bonnets des FARC, tel Simon Trinidad. Elles ne lui pardonnent pas d’avoir réussi, entre 2002 et 2010, à désarmer et à démobiliser 52 403 combattants (dont 31 671 paramilitaires et 20 732 guérilleros), selon les services de la Police nationale colombienne. Elles ne lui pardonnent pas d’avoir prouvé la complicité des régimes d’Hugo Chavez et de Rafael Correa en faveur des FARC et de l’ELN au Venezuela et en Équateur.

3.– Giovanni prétend que «l’ex-président Uribe a plusieurs doosier (sic) ouvertes dans la justice Colombienne pour soutien aux groupes paramilitaires». Tout est dans la formule «ouverts dans la justice». Giovanni n’affirme pas que ces dossiers ont été ouverts PAR la justice. En Colombie, des milliers de personnes innocentes ont «des dossiers ouverts dans la justice» à l’instigation des FARC. Les FARC pratiquent avec brio la technique des procès de harcèlement grâce à la théorie absurde du «renversement de la charge de la preuve» selon laquelle le demandeur est dispensé de prouver l’accusation et le défendeur est celui qui doit prouver sa propre culpabilité ou son innocence. Giovanni n’est pas en mesure de dire les noms des supposés hommes politiques «alliés de Uribe» (sic) reconnus coupables «pour le soutiien (sic) aux groupes paramilitaires». & nbsp ;

4.– Étrangement, Giovanni parle de Guacharacas, une hacienda de la famille Uribe. Ce que Giovanni ne dit pas, c’est que le père de l’ancien président Uribe, Alberto Uribe Sierra, a été assassiné dans cette ferme par un commando du 36e front des FARC, le 14 juin 1983, et que son fils, Santiago, a été grièvement blessé ce jour-là par les assaillants. Ignore-t-il que le 25 février 1996, lorsque Álvaro Uribe était gouverneur d’Antioquia, des tueurs de l’ELN ont envahi la même hacienda, l’ont incendiée et ont tué, trois mois plus tard, le seul employé qu’ils ont trouvé sur place ? Giovanni ajoute quelque chose d’intéressant : il ajoute que le sénateur communiste Ivan Cepeda «a essayé de convaincre un témoin qui a travaillé dans la hacienda «La Guacharaca» (sic –dénomination inexacte) des (sic) témoigner sur l’activité» supposée d’Alvaro Uribe avec un groupe paramilitaire. En fait, Ivan Cepeda est tristement célèbre en Colombie à cause de ses incursions dans les prisons (il s’est rendu même dans des prisons aux États-Unis) pour tenter de fabriquer de tels faux témoignages avec des détenus extradés par Alvaro Uribe. Cette stratégie a échoué jusqu’à aujourd’hui.

5.– Uribe a été victime de plusieurs tentatives d’enlèvement et d’attentats à la bombe depuis l’époque où il était le gouverneur d’Antioquia, puis sénateur. Par exemple, il a failli mourir le 9 décembre 1992 à Bogota dans la violente explosion d’une bombe à son hôtel, perpétrée par l’ELN. Sans compter l’attentat pendant la campagne présidentielle en 2002, et les obus envoyés contre lui par les FARC, le jour même où il était intronisé président de la République, à Bogota, le 7 août 2002, attentat dans lequel une douzaine de civils innocents avaient été tués.

Les FARC ne pardonnent pas à Uribe d’avoir lancé l’Opération Jaque. Celle-là même qui a arraché, le 2 juillet 2008, les 15 «otages politiques» que les FARC avaient à Guaviare afin d’obtenir du gouvernement une nouvelle zone démilitarisée, comme condition préalable à toute négociation sur la libération des otages. Ceux-ci, parmi lesquels, on s’en souvient, Ingrid Betancourt et trois citoyens américains, ont été libérés par les forces militaires colombiennes dans une incroyable opération au cours de laquelle aucun coup de feu n’a été tiré. Cette opération a sapé le moral des FARC et mis fin aux pressions sur l’État à l’intérieur et à l’extérieur de la Colombie.

6.– Giovanni cherche à faire passer Ivan Cepeda comme un libéral ou un social-démocrate. Faux. Le sénateur Cepeda est membre du parti communiste de Colombie, une formation qui pratique l’entrisme dans toutes les organisations politiques et syndicales du pays depuis les années 1940. Ni le parti libéral, ni le parti conservateur, ni les formations de gauche, telles que les Verts et le Pôle démocratique (chaviste), n’ont échappé à ce noyautage.

Le père d’Ivan Cepeda, Manuel Cepeda Vargas, était un dirigeant du PCC et des FARC, depuis 1958. Il avait été le patron de la Jeunesse communiste. En 1964, il fut écroué quelques mois pour des activités subversives. Il était directeur de Voz Proletaria, l’organe du PCC. Il avait été membre de la Chambre des représentants de 1992 à 1994. Il était le bras droit du leader communiste Gilberto Vieira, l’homme de Moscou. Manuel Cepeda était le chargé de la liaison entre les chefs du PCC à Bogota et Manuel Marulanda, chef des FARC. Manuel Cepeda a été assassiné à Bogotá par des sicaires, le 9 août 1994.

7.– Manuel Cepeda avait des ennemis, et pas que chez les militaires. Des gros bonnets du cartel de Medellín et des paramilitaires étaient aussi ses ennemis. Il a eu même des complications avec le pouvoir castriste (à l’époque où Fidel Castro voulait dicter la ligne à tous les partis prosoviétiques du continent), et avait reçu des fulminations des deux guérillas castristes colombiennes. Dans les années 1966-1967, en effet, Manuel Cepeda avait reçu des menaces de mort de l’ELN car, fidèle à la ligne du Kremlin, comme Gilberto Vieira, il refusait les pressions de La Havane qui rêvaient de fondre les FARC en une seule et unique guérilla avec l’ELN et il refusait de se soumettre à l’orientation des cubains «pour faire avancer la révolution» et imposer aux partis communistes une ligne de «classe contre classe». Or, Moscou ordonnait au PCC de suivre une ligne de «front populaire», d’alliances avec des formations libérales pour pénétrer le milieu politique et parlementaire. Furieux, Manuel Vasquez Castaño, chef de l’ELN, fit distribuer un tract, en août 1967, où il disait : «L’heure viendra où nous appliquerons la justice révolutionnaire aux traîtres révisionnistes bourgeois qui se disent communistes».

En 1986, Manuel Cepeda va faire enrager aussi les chefs du M-19, l’autre bande terroriste inféodée aux Cubains, en critiquant violemment l’assaut du palais de justice de Bogota perpétré par le M-19, et le massacre des magistrats, qualifiant cette atrocité d’«erreur fatale». L’assassinat de Manuel Cepeda (on ignore qui a donné l’ordre de l’abattre) survient au milieu de la vague d’assassinats contre le PCC après la création de l’Union Patriotique, un parti des FARC, en mai 1985. Plusieurs milieux vont se mêler à ce carnage : le cartel de Medellín, des paramilitaires, des anonymes assoiffés de vengeance personnelle, et même des dissidents des FARC (la fraction de José Fédor Rey) qui accusent à leur tour la direction du PCC d’avoir «ordonné l’assassinat de plusieurs membres» des dissidences. Les FARC avaient accéléré leurs atrocités et conformé la «coordination de guérilla Simon Bolivar». Résultat : au cours des années 1988 –1989, on dénombre 408 actes terroristes, 27 villages attaqués, 229 accrochages avec l’armée et la police et 186 civils kidnappés. A chaque crime des FARC, les tueurs répliquent en assassinant une tête visible de l’UP ou du PCC. En avril 1989, l’UP donne le chiffre terrible de ses morts : 750.

Le rappel de ces faits et de la complexité de cette époque déplaît au PCC. Ce parti tente d’interdire toute réflexion sur le sujet pour asséner sa thèse : le seul coupable de la mort de Manuel Cepeda et des attentats contre l’UP était l’Etat colombien.&nbsp ;

8.– Il est faux de dire que des «membres de l’armée colombienne» avaient participé au meurtre de Manuel Cepeda Vargas. Deux anciens sous-officiers (Hernando Medina Camacho et Justo Gilberto Zúñiga Labrador) ont été jugés et condamnés pour ce crime. Sans fournir aucune preuve, le PCC assure que des membres de l’Armée colombienne seraient les auteurs matériels «en complicité avec des paramilitaires et des agents de l’État». Mais l’État colombien a réussi à prouver devant la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) qu’il n’existait pas de schémas de violence systématiques à l’encontre de membres de l’Union patriotique «à la tête de l’État».

C’est peut-être pour cette raison que, en 2010, l’arrêt de la CIDH indique que la responsabilité de l’État dans cette affaire était indirecte, car «les mesures de sécurité adoptées [en faveur de Manuel Cepeda] étaient insuffisantes». Cette cour a admis que l’enquête n’avait pas permis d’établir que l’État colombien avait été l’auteur matériel ou l’auteur intellectuel de l’attentat.

Il convient de noter que les méthodes pratiquées par la CIDH sont discutables car elle entend passer outre certains principes du droit : la CIDH considère, en effet, que «la responsabilité de la charge de la preuve incombe à l’État dénoncé», alors que le juge est celui qui doit prouver la culpabilité ou non de l’accusé, soit-il ou non un État. La CIDH enfreint ce principe en estimant que «dans certains cas, lorsque le défendeur est mieux placé pour prouver certains faits, il a le droit de les prouver, et non le demandeur. Celui-ci sera dispensé de prouver ce qu’il allègue, en suivant le critère de la possibilité et de la probabilité». Ce principe douteux est, donc, inspiré de notions non juridiques mais mathématiques, telles que le «calcul des probabilités» ! (1)

Quant à Ivan Cepeda il a obtenu des réparations pécuniaires et des excuses de la part de l’Etat colombien, grâce à l’arrêt de la CIDH. Mais il continue sa croisade urbi et orbi. Son obsession principale c’est d’abattre politiquement l’ancien président Uribe, lequel n’a rien à voir avec le cas Manuel Cepeda. Ivan Cepeda voudrait aussi que l’Etat colombien finance la réalisation d’une œuvre cinématographique où son père serait montré comme un héros de la paix et du socialisme.

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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(1). –Voir «Análisis de la sentencia del caso Manuel Cepeda Vargas vs. Colombia», page 128 :  https://repository.ucatolica.edu.co/bitstream/10983/18265/1/Los-derechos-humanos-a-debate_Cap12.pdf

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