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Publié par Gaia - Dreuz le 31 octobre 2019

Source : Tdg

L’un des suspects est un djihadiste déjà condamné à son retour au pays. Pour l’heure, rien de concret n’indique qu’une attaque était planifiée.

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Par son ampleur, c’est la plus importante opération antiterroriste de l’histoire récente en Suisse. Une centaine d’agents de la police fédérale (Fedpol) et des polices cantonales ont perquisitionné simultanément onze endroits dans les cantons de Berne, de Zurich et de Schaffhouse, mardi au lever du jour. À la manœuvre, le Ministère public de la Confédération (MPC), en collaboration avec le Ministère public des mineurs de Winterthour (ZH) et celui du canton de Berne. Ils soupçonnent onze personnes d’avoir violé la loi fédérale interdisant les groupes Al-Qaida et État islamique (EI). Ils les poursuivent aussi pour soutien, respectivement participation à une organisation criminelle. La présomption d’innocence s’applique à toutes ces personnes.

Un djihadiste dans le lot

Par son importance, cette razzia antiterroriste interroge de manière assez frontale: les autorités suisses ont-elles déjoué une attaque? «Les actes d’enquêtes menés jusqu’ici n’ont donné aucun indice précis prouvant qu’une action concrète était planifiée en Suisse. Les enquêtes en cours ont pour but de clarifier le rôle et les intentions des prévenus, répond Linda von Burg, porte-parole du MPC. Les instructions pénales ouvertes montrent que les autorités sont toujours vigilantes et prêtes à tout moment, si nécessaire, à agir ensemble et de manière coordonnée contre toute violation de la loi interdisant l’État islamique.» Cela dit, le Ministère public de la Confédération précise le profil d’un des prévenus. Et ce n’est pas anodin: il s’agit d’un djihadiste de retour en Suisse qui a déjà été condamné.

Selon les recherches de la cellule enquête de Tamedia, cet homme a voyagé dans des zones djihadistes en 2014 avec sa sœur de 15 ans (lire encadré). Le Tribunal des mineurs de Winterthour (ZH) l’a condamné en février dernier à 11 mois de prison avec sursis et une période probatoire d’un an. Âgé aujourd’hui de 21 ans, il a été placé mardi en détention préventive par le Ministère public de la Confédération. Un autre suspect est aussi en préventive.

«Ces interventions prouvent que notre système fonctionne»

Que sait-on des neuf autres prévenus? Il y a parmi eux quatre adultes et cinq mineurs, âgés entre 15 et 17 ans. Quatre de ces jeunes viennent de la région de Winterthour. Le dernier mineur interpellé, 17 ans, est domicilié dans le canton de Berne. Selon plusieurs témoins, une action policière d’envergure a eu lieu tôt mardi matin le long de la rue de Madretsch, dans la ville de Bienne. Elle pourrait concerner un ou des prévenus. Le quartier abrite l’un des autres points chauds de Suisse, après Winterthour. Deux jeunes Biennoises parties en zone de djihad en 2014 y fréquentaient la mosquée Ar’Rahman. Quant au canton de Schaffhouse, il figure aussi sur la «carte» des endroits liés à la radicalisation en Suisse depuis le démantèlement d’une cellule prévenue pour complot terroriste en 2014.

Spécialiste des questions de lutte antiterroriste à l’Université de Genève, Frédéric Esposito le relève: «Les lieux concernés ne m’étonnent pas. Avec cet axe Winterthour, Zurich et Berne, nous retrouvons les centres dont nous savons qu’ils concentrent des personnes radicalisées en Suisse, avec également Lausanne et Genève.» Le spécialiste note aussi: «Ces interventions montrent que nous sommes exposés comme les autres États. Mais elles sont plutôt réjouissantes car elles prouvent que notre système fonctionne et que le Ministère public de la Confédération fait son travail et collabore bien avec les Cantons.»

Quels liens entre eux ?

Reste à définir les liens existants entre ces onze prévenus. Formaient-ils une cellule? Les uns servaient-ils de recruteurs, les autres de cibles? Le Ministère public de la Confédération ne donne pas davantage de renseignements à ce stade. Mais selon une source avisée, «il pourrait y avoir un lien direct entre cette opération et l’acte d’accusation déposé vendredi dernier par le MPC. Cela me semble une hypothèse pertinente.»

Passé largement inaperçu, cet acte d’accusation vise deux hommes. Le premier est un double national suisse et italien résidant à Winterthour, accusé d’avoir combattu aux côtés de l’État islamique puis d’avoir recruté à son retour en Suisse en «utilisant sa réputation de djihadiste», selon les termes du MPC. L’autre est un double national suisse et macédonien domicilié à Frauenfeld (TG). Il est accusé d’avoir tenté de rejoindre l’EI en Syrie, d’y avoir été empêché par la police, et d’avoir ensuite recruté une personne pour le groupe EI. Le MPC lui reproche aussi d’avoir soutenu l’État islamique «en diffusant du matériel de propagande et en étant en possession de représentations de la violence». Il serait un des hommes arrêtés mardi dans le canton de Schaffhouse. Mais pourquoi ces multiples perquisitions après et non avant le renvoi devant le Tribunal pénal fédéral? «Ça, je l’ignore. Mais une des raisons de l’opération pourrait être d’éviter la destruction de preuves», estime notre observateur.

Le moment de l’opération frappe aussi dans le contexte international. Dimanche, le président américain, Donald Trump, annonçait la mort du calife autoproclamé de l’État islamique, Al-Baghdadi. Les autorités suisses sont-elles intervenues par crainte que cette exécution n’encourage des personnes radicalisées à concrétiser leurs idées? «Il peut y avoir un phénomène de représailles mais, davantage qu’un regain de violence, la mort d’Al-Baghdadi entraîne une période d’incertitude qui peut être plus ou moins longue, estime Frédéric Esposito. Nous avons déjà vu par le passé que la chute d’un chef ne fait pas tomber le réseau. Au contraire, cela le renforce parfois», rappelle-t-il.

Jusqu’à ce que le drapeau de l’EI flotte sur Zurich Au centre de l’enquête qui a duré des mois, on retrouve Vedad*, parti rejoindre l’État islamique fin 2014 avec sa petite sœur Esra*. Après une année environ, ils étaient rentrés en Suisse, où ils avaient été enfermés dix et neuf mois dans des institutions pour mineurs puis condamnés en février 2019. Vedad devait se présenter régulièrement à la police cantonale zurichoise. Mais en secret, il aurait continué à faire du prosélytisme pour l’EI. La présomption d’innocence s’applique. Selon les informations de la cellule enquête de Tamedia, Vedad aurait entre autres exprimé l’espoir que le drapeau noir de l’EI flotte un jour au-dessus de Zurich. Un de ses collègues aurait été en contact avec la cellule du prédicateur extrémiste irakien Ahmad Abdullah, alias Abu Walaa. Le chef présumé de l’EI en Allemagne ainsi que quatre coaccusés sont actuellement jugés par un tribunal au nord de Hanovre pour avoir recruté des combattants pour l’EI.

Plusieurs jeunes de la mosquée An’Nur à Winterthour, aujourd’hui fermée, avaient rendu visite à Abu Walaa. D’autres jeunes de la région de Bienne étaient également en contact avec lui. Selon nos informations, le Service de renseignement de la Confédération a pu établir, grâce aux nouveaux moyens de surveillance préventive dont il dispose, que Vedad a continué à propager l’idéologie de l’EI après son retour et a essayé d’inspirer d’autres jeunes.
Durant la procédure pénale à son encontre, il avait affirmé, malgré de nombreux éléments à charge, qu’il n’avait jamais rejoint l’EI et qu’il considérait ses membres comme des gens qui «exagèrent dans la religion». Les psychiatres qui l’ont examiné n’ont jamais pu se faire une idée précise de ses convictions. Sa personnalité avait été décrite comme une «black box», tant elle leur semblait insondable.

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