Publié par Eduardo Mackenzie le 10 novembre 2019

Le ministre de la Défense n’a pas démissionné. Il a été congédié.

Le président Ivan Duque a accepté la démission présentée par Guillermo Botero (71 ans) et n’a rien fait pour le sortir du piège tendu par l’opposition Farco-santiste déguisé en débat au Sénat sur une motion de censure.

Pour contribuer à Dreuz.info en utilisant votre carte de crédit sans vous inscrire à Paypal, cliquez sur ce lien Paypal.Dreuz, et indiquez le montant de votre contribution.

Cependant, les accusations contre le ministre Botero étaient fragiles. Aucun des arguments présentés par le sénateur Roy Barreras et ses amis ne tenaient la route, ni du côté juridique ni du côté militaire, comme l’a démontré le sénateur Álvaro Uribe le 6 novembre en expliquant que l’armée n’avait eu aucune connaissance de la présence de mineurs dans le campement attaqué. Un jour plus tard, l’ancien vice-ministre de la Justice, Rafael Nieto Loaiza, a démontré que, du point de vue juridique, le campement d’alias Gildardo Cucho  était une cible légitime et que la responsabilité de la présence de mineurs et la mort de ces derniers, le 2 septembre, incombait aux FARC et seulement à elles, et non aux forces militaires (1).

Si le président Duque avait pris la peine de clarifier ces points devant l’opinion publique, en combattant chaque point du chapelet de mensonges de Roy Barreras, de Gustavo Petro, de Griselda Lobo (FARC), d’Angelica Lozano et des autres accusateurs, il aurait pu les démasquer et les isoler. Car ce qu’ils ont présenté comme un «massacre d’enfants» (cette phrase infâme a été inventée par le sénateur Lidio García) n’était rien d’autre d’une acte de plus dans la politique abjecte des FARC consistant à utiliser des enfants comme boucliers humains dans leurs opérations et dans leurs campements.

Pour parler franchement, la première constatation qui ressort de ce débat  parlementaire est que la chute du ministre de la Défense, et les critères de ce limogeage, furent le premier grand coup politique que la « dissidence » des FARC a pu faire contre le gouvernement d’Ivan Duque. Ces « dissidences » ont donc réussi à sauter de l’étape d’une bande criminelle errante à celui d’une force complexe aux ramifications civiles, capable de mener des opérations politiques contre l’État.

Les médias tentent de cacher ce fait et décrivent le débat de six heures au Sénat (2), et la démission du ministre, comme une victoire du parti de l’ancien président Santos et des FARC d’alias Timochenko. En réalité, ce fut la première manœuvre réussie de manipulation de l’opinion publique des FARC en armes, des prétendues «dissidences».

Le fait que Roy Barreras ait accepté le rôle de porte-parole de cette opération ne fait que noircir la trajectoire de ce personnage. Le fait que les « parlementaires » des FARC soient également impliqués dans cette opération confirme qu’entre le groupe FARC prétendument démobilisé et les impitoyables « dissidents » des FARC  il y a des connivences  et des courroies de transmission de plus en plus claires et efficaces.

C’est ce qui est en jeu et non la caricature qu’a fait Roy Barreras. Ce politicien a délibérément transformé une tuerie d’enfants facilitée par les FARC en carnage perpétré par l’armée. Barreras a manipulé la réalité et a intoxiqué le pays avec cette imposture. En franchissant ce pas, il s’est mis au service des narcoterroristes et les a aidés à ébranler la sécurité nationale.

Pour cacher sa trahison au pays, Roy Barreras se présente comme un responsable politique qui veut « donner vie à un scénario de paix ». Faux. Ce n’est pas par hasard si Diosdado Cabello, depuis Caracas, a immédiatement félicité Roy Barreras « pour avoir dévoilé le massacre qui allait être réduit au silence par l’administration Duque ».

Telle est la véritable logique de ce que la Colombie vient de voir.

Il a suffi à Roy Barreras de rédiger une phrase où les enfants guérilleros apparaissent comme des « enfants massacrés » par une cruelle action militaire – –en escamotant toute référence aux opérations de recrutement, forcées ou non, des FARC– pour obtenir la déstabilisation du gouvernement Duque. Pourquoi et comment un supposé « rapport de médecine légale » de Villavicencio, signé le 19 septembre 2019, sur le sort des combattants du bastion d’alias Cucho, est tombé dans les mains de Roy Barreras ? N’était-ce pas un document réservé au Procureur ? Le bureau du procureur n’enquête-t-il pas sur ce qui s’est passé dans le campement de Cucho ?

Le pays voit à présent que la fragilité des institutions colombiennes, et l’absence criante de services de contre-espionnage de l’État, ont permis encore une fois aux aventuriers et aux extrémistes de s’unir pour renverser, sans effort majeur, un ministre de la Défense. Comme le gouvernement les a laissé marquer ce but, ils préparent déjà le prochain.

La leçon de droit que Rafael Nieto Loaiza a donnée au sénateur Barreras, à qu’il qualifia de « ignorante et perverse », était excellente. Cependant, la Casa de Nariño a mis de côté ces arguments et a préféré céder aux gesticulations de Roy Barreras et des FARC.

La chute du ministre Botero aura un impact négatif sur la capacité de combat de la force publique. La doctrine militaire que Roy Barreras et Timochenko veulent imposer est claire: s’il y a des enfants dans les fiefs des FARC (et ceux-ci sont pleins de mineurs car leurs chefs connaissent les avantages d’avoir un tel personnel dans leurs campements), il est obligatoire de suspendre toutes les actions militaires. En conséquence, la force publique perdra sa capacité d’action et de réaction et, surtout l’armée de l’air, l’arme de l’État que craignent le plus les narco-bandits, doit rester à terre. Ainsi les pertes de la force publique qui combat le crime organisé dans toutes ses variantes vont considérablement augmenter.

Le sénateur Roy Barreras est responsable de tout cela. Dans son deuxième discours lors du débat du 5 novembre,  il s’est écrié : « Nous ne voulons pas continuer avec cette guerre, nous voulons reproduire un scénario de paix, nous continuerons à la défendre et à la défendre jusqu’à la fin ». Traduction : la vague d’atrocités des FARC au Cauca, Antioquia, Meta, Caquetá et autres régions doivent rester sans réponse. Les menaces de Maduro à la frontière avec la Colombie doivent être ignorées. Roy Barreras s’est révélé donc non pas comme un homme fidèle à la Constitution de son pays, mais comme un épigone du président mexicain Manuel Lopez Obrador et de sa lâcheté face à la violence des cartels de la drogue : « plus d’embrassades, pas de balles.

La classe politique veut banaliser ce qui s’est passé  en présentant   la démission du ministre de la Défense  comme une brève séance  d’escrime entre le gouvernement et « l’opposition ». En réalité, ce qui est arrivé est grave et il y aura des  répercussions à court et à long terme.

Se vantant de son pouvoir de destruction, Roy Barreras demande à présent au président Ivan Duque de « convoquer l’unité du pays» avant de nommer un nouveau ministre de la Défense. Selon Barreras, les termes de cette « unité » seraient « le respect de la paix signée » (Roy considère peut-être que les atrocités du Cauca font partie de cette « paix signée ») et un « dialogue » politique sur des questions stratégiques telles que « l’économie », « le chômage », « les impôts », « les leaders sociaux », « la sécurité nationale » et le  nouveau ministre de la Défense.

Que va répondre le président Duque ? Va-t-il négocier le nom du nouveau ministre de la Défense avec Roy Barreras ? 

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

Parce que Dreuz est censuré pour le crime de désaccord avec la gauche, suivez notre fil Twitter, et retweetez-nous. C’est un important geste de résistance pour faire circuler vos idées.

Soutenez Dreuz en partageant cet article

Partagez ce message !

Merci de cliquer sur J'aime pour soutenir Dreuz