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Publié par Dreuz Info le 11 novembre 2019

Source : Scienceetvie

Avec sa théorie de l’évolution, Darwin a déchu l’homme de son statut de créature divine. Un sacrilège aux yeux de nombreux protestants anglo-saxons, qui mènent une croisade idéologique persistante contre les scientifiques.

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De la théorie quantique à la cosmologie, de la science des matériaux à l’informatique, de la robotique aux sciences sociales, les liens entre science et religion sont aujourd’hui pacifiés. Aux scientifiques l’exploration du monde matériel et l’élucidation de ses mécanismes, aux croyants la pensée des mystères insondables de la foi et de la révélation. Deux magistères donc, aux champs d’investigation et méthodes radicalement différents, qui n’ont aucune raison d’empiéter l’un sur l’autre. Sauf qu’il reste, aujourd’hui encore, un terrain de discorde : la théorie darwinienne de l’évolution. Soit rien de moins que « le cadre conceptuel au sein duquel est aujourd’hui pensé l’ensemble des sciences du vivant, de la génétique à la paléontologie en passant par la biochimie, la biologie cellulaire et celle des populations », rappelle Hervé Le Guyader, professeur à l’université Pierre-et-Marie-Curie, à Paris, et directeur du laboratoire Systématique, adaptation, évolution. Un cadre conceptuel qui a tout simplement déchu l’homme de son statut particulier au sein de la « Création » : d’espèce porteuse d’une vérité supérieure, le voici relégué au rang de fruit du hasard !

Darwin, digne successeur de Galilée

Alors même que l’Église accepte sans ciller la genèse du cosmos telle que la science la décrit, la question de l’apparition des espèces, et donc de l’homme, dessine ainsi une ligne de fracture entre la science et bon nombre de croyants. Comme si, quatre cents ans plus tard, Darwin et ses successeurs avaient remplacé à leurs yeux Galilée. Car que dit la théorie darwinienne de l’évolution ? Que l’ensemble des espèces terrestres, y compris l’homme, résulte, à partir d’un ancêtre commun, d’un lent processus de spéciation non finalisé et perpétuel, au cours duquel hasard et contingence jouent un grand rôle. De fait, les caractères héréditaires d’un individu sont sans cesse soumis à des variations, dont certaines sont le fruit de mutations génétiques. Transmises de génération en génération, ces variations conduisent à des individus dont les caractères (morphologiques, physiologiques ou comportementaux) diffèrent notablement de ceux de leurs prédécesseurs, au point de conduire à l’apparition d’espèces différenciées. Précisément, leurs caractéristiques nouvelles résultent de la sélection naturelle (voir encadrés ci-dessus).

Au cours de l’ensemble de ce processus évolutif, le hasard se manifeste à au moins trois niveaux. Celui d’un individu, à travers la survenue de variations dans ses caractères héréditaires ; celui d’une population, du fait des conditions environnementales qui influencent la sélection naturelle ; et celui de l’ensemble des espèces, toutes soumises à des événements indépendants qui peuvent se produire ou non, comme par exemple la chute d’une météorite. L’idée géniale de Darwin est d’avoir compris que le lien « caché » entre les espèces est leurs ascendants communs. Classer les espèces animales est donc strictement équivalent à retracer l’histoire de leur généalogie. Ainsi, malgré d’importants débats, en particulier sur le détail des mécanismes de la théorie darwinienne, cette dernière est d’emblée accueillie favorablement par les scientifiques. Elle prend ensuite de l’ampleur, notamment à partir du moment où y sont intégrées la génétique et l’embryologie.

Aujourd’hui, la théorie darwinienne de l’évolution permet de reconstruire avec un maximum de cohérence la phylogénie des espèces actuelles, présentée sous la forme d’arbres traduisant leurs degrés d’apparentement, en même temps qu’ils racontent le déroulement historique de l’apparition de leurs attributs. Ces mécanismes sont même observés en laboratoire sur des organismes à temps de génération courts, tels des mouches drosophiles, des champignons ou des bactéries. Bref, comme le résume Michel Morange, directeur du Centre Cavaillès d’histoire et de philosophie des sciences de l’École normale supérieure, à Paris : « Rien de sérieux ne permet aujourd’hui de remettre en cause cette théorie en tant que paradigme des sciences du vivant. » Théologien et conseiller éthique auprès du Cnes, Jacques Arnould confirme : « Le cadre issu de Darwin est indéniablement aujourd’hui le plus performant en biologie et sciences de l’évolution. »

En revanche, si aucun pape n’a jamais condamné de manière officielle la théorie de l’évolution, il est évident qu’elle interroge au minimum les théologiens. Concrètement, aujourd’hui, c’est le discours de Jean-Paul II prononcé le 22 octobre 1996 devant l’Académie pontificale des sciences qui fait autorité chez les catholiques. Certes, il a reconnu que « de nouvelles connaissances conduisent à reconnaître dans la théorie de l’évolution plus qu’une hypothèse ». Mais sans prononcer une seule fois le nom de Darwin. Et le souverain pontife d’ajouter : « Les théories de l’évolution qui, en fonction des philosophies qui les inspirent, considèrent l’esprit comme émergeant des forces de la matière vivante ou comme un simple épiphénomène de cette matière sont incompatibles avec la vérité de l’être humain. »

Ce qu’a découvert Darwin

Publiée en 1859 par Charles Darwin, la théorie de l’évolution a été affinée et confirmée au fil des découvertes des XIXe et XXe siècles en sciences de la vie. Elle énonce trois grands principes où le hasard joue un rôle central.

1. Les espèces descendent d’un ancêtre commun

Les liens ou apparentements entre espèces dessinent une généalogie de la vie sur Terre dont les racines plongent dans un très lointain passé. Passé dont les paléontologues reconstruisent peu à peu la trace grâce aux fossiles.

2. Des variations créent de nouvelles espèces

Apparues au hasard des individus, les variations de caractères se transmettent de génération en génération, pour aboutir à des espèces différenciées.

3. Une sélection naturelle s’opère

Au hasard des contraintes environnementales, les individus dont les taux de survie et de reproduction sont les meilleurs voient leurs caractères s’imposer au sein de leur espèce, via leur descendance.

Ce que prétend le créationnisme

Ces doctrines rejettent l’évolution, ou du moins la théorie darwinienne de l’évolution. Elles prennent des formes parfois très différentes, mais elles mettent toutes en avant la main d’un Créateur.

Les espèces n’évoluent pas

Les tenants du « fixisme » affirment que la Genèse de la Bible et du Coran donne une bonne description de la création de l’homme et de toutes les espèces apparues sur Terre dans leur forme actuelle.

Un programme caché guide l’évolution

Plus subtil, ce « néocréationnisme » développé depuis les années 1990 sous le nom d’ Intelligent Design ressemble à une théorie scientifique. Le but est de convaincre que la diversité et la complexité du vivant ne peuvent qu’être l’œuvre d’une intelligence supérieure guidant l’évolution, en particulier vers l’apparition prédéterminée de l’homme.

Leur bec variant d’une île à une autre, les pinsons des Galápagos ont suggéré à Darwin que des environnements différents mènent à la formation d’espèces distinctes.

Pour les créationnistes, la sélection naturelle n’expliquerait pas certains aspects de la nature, et la beauté de cette plume de paon serait la preuve d’une création divine.

Un hasard rejeté par le pape lui même

Quant à Benoît XVI, il a affirmé dans son homélie du 23 avril 2011 qu’il « n’est pas exact que, dans l’Univers en expansion, à la fin, dans un petit coin quelconque du cosmos, se forma aussi, par hasard, une certaine espèce d’êtres vivants, capable de raisonner et de tenter de trouver dans la Création une raison ou de l’avoir avec elle. » « Il n’est pas exact » … on ne peut mieux exprimer un désaccord qui, ici, s’avère de principe. Comme l’analyse Jean-Jacques Hublin, directeur du département d’évolution humaine de l’Institut Max Planck, à Leipzig (Allemagne), « il est difficile de réconcilier la foi avec les enseignements de la théorie darwinienne de l’évolution. Pour les croyants, l’espèce humaine a une place à part dans la Création du fait d’une volonté supérieure. Or, pour un scientifique, l’émergence de notre espèce, comme celle des autres, résulte tout simplement de processus naturels. L’homme occupe certes une niche écologique peu banale, mais il est néanmoins un pur produit d’une évolution, sous l’effet de la sélection naturelle et la dérive génique dans un environnement sans cesse changeant. Le scientifique poursuit : Les théologiens les plus progressistes résolvent la question en déplaçant la problématique de l’immanence et du rôle de Dieu au niveau de l’existence de l’Univers ou de l’être en général. Mais ce n’est pas le cas des fidèles des grandes religions monothéistes qui veulent prendre les Écritures au pied de la lettre. »

Mais si la théorie darwinienne est d’un usage délicat pour les catholiques, elle est carrément insupportable pour les protestants anglo-saxons, comme l’illustre la pluralité des approches anti-évolutionnistes et anti-darwiniennes qui ont fait florès aux États-Unis. Ainsi, les plus radicaux rejettent tout simplement en bloc les acquis de la science et s’en tiennent à une lecture littérale, ou quasi littérale, des Écritures. Pour eux, l’Univers a été créé en six jours et toutes les espèces sont apparues ex nihilo sous leur forme actuelle, il y a 6 000 ans. Dans certains États américains comme celui de Petersburg (voir p. 124), des musées du créationnisme vont même jusqu’à reconstituer les épisodes de la Genèse !

L’offensive « scientifique »

Dans son Atlas de la création (1), Harun Yahya montre des insectes prisonniers de l’ambre depuis des millions d’années et présentant de fortes ressemblances avec des espèces actuelles.

Il prétend ainsi prouver leur stabilité. Pourtant, les paléontologues ont découvert, par exemple avec l’archéoptéryx (2), des formes intermédiaires entre dinosaure et oiseau. Et le rythme de l’évolution n’étant pas constant, la théorie explique très bien pourquoi de telles formes sont rares.

Une vision fixiste des espèces

Moins farfelus, certains admettent l’idée d’une création beaucoup plus ancienne, mais s’en tiennent néanmoins à une vision fixiste (les espèces sont « fixes », créées dès l’origine telles qu’on les observe aujourd’hui), abandonnée par les scientifiques depuis plus de cent-cinquante ans. Minoritaire, ce créationnisme radical a eu ses heures de gloire au début du siècle dernier aux États-Unis. Et il prêterait à sourire si ses prosélytes n’étaient pas parvenus à obtenir, en 1925, dans l’État du Tennessee, le vote d’une loi interdisant l’enseignement de toute théorie niant la Création divine de l’homme telle que révélée dans la Bible ! Loi abolie en 1967 seulement, et à l’origine d’un des procès les plus retentissants et les plus médiatisés de toute l’histoire des États-Unis : le procès dit « du singe », qui s’est conclu en 1925 par la condamnation d’un professeur qui avait eu le tort d’enseigner Darwin. Du reste, il a fallu attendre 1968 pour que la Cour suprême des États-Unis déclare inconstitutionnelle l’interdiction d’enseigner la théorie darwinienne de l’évolution. Retard qui explique sans doute en partie que, selon un sondage Gallup réalisé en 2012, 46 % des Américains interrogés considèrent que Dieu a créé les humains tels qu’ils sont il y a moins de 10 000 ans, et 32 % que l’évolution est un processus guidé par Dieu. Chiffres que l’on retrouve à peu près à l’identique dans plusieurs pays de confession protestante, notamment l’Australie, et dans une moindre mesure dans plusieurs pays d’Europe, dont l’Angleterre et l’Allemagne. Et pour cause, les créationnistes radicaux sont loin d’avoir rendu les armes, et pas seulement chez les chrétiens des États-Unis. En 2007, par exemple, le Turc musulman Harun Yahya n’a pas hésité à publier un ouvrage spectaculaire de 772 pages, envoyé gratuitement par centaines d’exemplaires, en France et ailleurs, à des laboratoires, centres de documentation ou établissements scolaires (voir encadré). Objectif : démontrer que l’évolution est une illusion, en se basant sur des rapprochements approximatifs entre des photographies de fossiles et d’espèces actuelles leur ressemblant fortement.

Pour l’Intelligent Design, il ne s’agit plus de nier l’évolution, mais de prouver qu’elle est orientée, qu’elle se dirige vers un but

Une  » science de la création « 

Si certains rejettent la science, d’autres espèrent la détourner pour asseoir leurs thèses. Ainsi, pour Henry Morris, inventeur du créationnisme « scientifique », l’idée est de trouver des « preuves scientifiques » en faveur d’une interprétation littérale de la Genèse. En 1970, cet ingénieur baptiste crée l’Institute for Creation Research de San Diego, façade pseudo-scientifique d’un activisme législatif qui porte notamment ses fruits dans l’Arkansas, théâtre d’un autre procès retentissant. En 1987, la Cour suprême finit par condamner l’enseignement de la prétendue « Science de la création » dans les écoles publiques. Mais Morris et ses ouailles n’en essaiment pas moins en Afrique du Sud, en Suisse, en Suède, au Brésil, en Bolivie, au Nigeria et aux Philippines !

Changement de stratégie encore au début des années 1990 avec l’introduction, aux États-Unis, de « l’Intelligent Design » (ID) ou « dessein intelligent ». Il ne s’agit plus désormais de nier l’évolution, mais de prouver, sur la foi des résultats de la biologie moléculaire, qu’elle est orientée, qu’elle se dirige vers un but. Sur le site du Discovery Institute, puissant think tank conservateur fondé en 1990 à Seattle, on lit ainsi que « le dessein intelligent est une théorie scientifique qui affirme que certaines caractéristiques de la nature sont mieux expliquées par une cause intelligente, plutôt que par un processus non dirigé tel que la sélection naturelle ». Pour un tenant du « dessein », un organe aussi complexe que l’œil, par exemple, ne peut résulter du hasard. L’idée, ici, n’est plus de contrer la démarche scientifique, mais de faire mine de l’adopter pour produire un résultat différent et amener ainsi à penser que le darwinisme n’est rien de plus qu’une hypothèse qui en vaut bien d’autres ! L’entreprise est plus subtile que celle des anti-évolutionnistes, car Dieu, la Bible ou la Création ne sont pas ici explicitement cités. En outre, les tenants du dessein intelligent s’appuient sur la caution de quelques scientifiques crédibles, parmi lesquels le biochimiste Michael Behe, le mathématicien William Dembski ou Michael Denton, ancien directeur du Centre de génétique humaine de Sydney. Pour autant, comme le résume Hervé Le Guyader, « ils ne font que remettre au goût du jour la vieille théologie naturelle de William Paley, selon laquelle la complexité et l’apparente perfection de la nature permettent d’inférer l’existence d’un Créateur ou designer . L’idée était admissible au siècle, mais elle n’a plus aucun sens aujourd’hui. »

En conformité avec la foi chrétienne

Il faut dire que leur objectif est avant tout politique. La preuve : le texte élaboré en 1999 par le Center for Science and Culture, autre officine créationniste, où la stratégie des « IDers » est explicitée sans détour : il s’agit d’obtenir une « théorie [qui] promet de renverser l’étouffante domination de la vision matérialiste du monde et de la remplacer par une science conforme aux convictions chrétiennes et théistes ».

Résultat : en avril 2012, le Tennessee a voté une loi autorisant les enseignants à aider leurs élèves à comprendre, critiquer et étudier les théories scientifiques prétendument controversées comme l’évolution ou le changement climatique (qui a aussi ses « sceptiques », surtout parmi les industriels). Et déjà, en 2011, une enquête du magazine Science montrait qu’aux États-Unis, 60 % des professeurs de biologie enseignent l’existence de deux théories. Soit pour éviter les conflits en classe ou avec les parents, soit parce que cela leur semble nécessaire !

Une enquête menée en 2011 a révélé que 60 % des professeurs de biologie enseignent l’existence de deux théories aux États-Unis          

En France, la tradition de laïcité et le caractère centralisé de l’éducation scolaire mettent pour l’instant à l’abri des offensives des anti-darwiniens. Ces derniers ont néanmoins leurs chapelles. En particulier l’Université interdisciplinaire de Paris, une association de loi 1901 dont l’un des buts est de « contribuer à renouer le dialogue rompu par une certaine modernité entre l’ordre des faits et celui des valeurs, afin de mieux comprendre l’articulation entre les implications de la recherche scientifique et la quête de sens », notamment à travers l’organisation de colloques et de débats. Comme le précise adroitement Jean Staune, son fondateur : « En tant qu’évolutionniste non-darwinien, les créationnistes sont mes pires ennemis, car leurs âneries renforcent les positions darwiniennes. » Or, pour ce dernier, l’évolution serait comme guidée par des formes ou archétypes préexistants à toute matière. « Selon moi, le rôle de ces formes repose sur des mécanismes non matériels, tels des attracteurs au sens mathématique du terme », explique celui qui se targue, sur son site internet , d’un parcours interdisciplinaire ponctué de diplômes en mathématiques, informatique, paléontologie, sciences politiques, économie et gestion. Et d’ajouter : « Mon approche est plus compatible avec une vision spiritualiste que ne l’est la théorie darwinienne. Et donne une forte crédibilité au fait que des êtres tels que nous étaient d’une certaine façon « attendus », comme l’affirme par exemple avec force le paléontologiste Simon Conway Morris. » À l’appui de sa thèse, Jean Staune évoque par exemple la grande similitude entre l’œil humain et celui de la cuboméduse australienne : « Il y a un tel niveau de convergence que l’on est obligé d’admettre l’existence d’une canalisation de l’évolution menant inéluctablement à ce type d’organe. »

De son côté, Hervé Le Guyader soupire, comme fatigué de devoir sans cesse revenir sur les mêmes inepties. « C’est effectivement ce que l’on appelle une convergence évolutive : des chemins différents qui conduisent à la même adaptation. Le plus intéressant est que ce sont les mêmes gènes qui, chez les deux organismes, mettent sur pied cet organe. Pourquoi ? Car il existe de telles contraintes, notamment physiques, que si les conditions d’apparition de cet organe sont réunies, cela ne peut se mettre en place que de façon très similaire. Pour autant, le développement embryonnaire de cet organe est différent chez l’homme et chez la cuboméduse, de même que le traitement de l’image et le comportement qui en découle. » Fermez le ban ! Et Michel Morange d’enfoncer le clou : « On est dans la farce. Ces gens s’appuient sur le fait que la science actuelle n’explique pas tout, ce qui est clair ! Mais ce qu’ils produisent ne présente aucun intérêt scientifique. » De fait, les évolutionnistes darwiniens reconnaissent volontiers que leur discipline recèle encore bien des « mystères », ce qui après tout est le propre de toute science, qui ne cesse de se confronter à elle-même et n’est jamais fixée comme un dogme définitif.

L’offensive politique

En 1925, au terme d’un retentissant procès (1), John Scopes, un professeur du Tenessee, fut condamné pour avoir diffusé la théorie darwinienne. Aujourd’hui, les néocréationnistes continuent d’œuvrer, surtout aux États-Unis, pour que l’Intelligent Design soit enseigné, provoquant de vives réactions, notamment au Texas, en 2011 (2).

La science a progressé depuis Darwin

« À l’époque de la génétique triomphante, on a, par exemple, admis que les variations au niveau d’un individu résultaient toutes de mutations génétiques , explique Hervé Le Guyader. Puis, ces dernières années, on s’est rendu compte qu’elles dépendaient également de la temporalité de l’expression des gènes, de la spatialisation de l’expression et d’une multitude de boucles de rétroaction d’une grande complexité. Le biologiste poursuit : Il s’agit également de comprendre le rôle de l’épigénétique [la régulation de l’expression des gènes] qui ajoute des boucles de régulation supplémentaires sur la sélection. Ou encore le transfert dit « horizontal » de gènes observés chez certaines bactéries, alors que la théorie darwinienne standard et la génétique ne prévoient que le transfert vertical lié à la reproduction. Une chose est certaine, on est à des années- lumière des archétypes qui appartiennent à l’histoire des sciences ! »

Raisonnements pseudo-scientifiques

En attendant, il faut donc sans cesse démystifier, démonter avec patience les mêmes raisonnements pseudo-scientifiques qui pullulent à chaque fois qu’il est question des origines, là où les frontières entre la science et les questionnements existentiels deviennent poreuses. Ceci dit, le cas de l’évolution reste singulier. Si d’aucuns voient dans la beauté du cosmos la marque d’un Créateur, il ne vient à l’idée de personne que la cosmologie scientifique puisse prouver l’existence d’un dessein ! À l’inverse, les anti-darwiniens imaginent pouvoir prouver « scientifiquement » que l’évolution est davantage que le fruit de l’action de la matière sur elle-même, alors que la science a renoncé à s’occuper du monde immatériel depuis plusieurs siècles ! « Cela tient probablement en partie au fait que la cosmologie est une science mathématisée à l’extrême, il est donc très difficile de la mettre en doute sans connaissance. À l’inverse, la pensée biologique s’exprime en langage naturel, il est donc plus facile de la détourner et d’en produire une critique d’essence idéologique » , avance Hervé Le Guyader.

Au musée de la Création de Peters-burg (États-Unis), les origines de l’Univers sont présentées conformément à la Genèse. Le mythe d’Adam et Eve y a donc toute sa place !

Sans compter que la théorie darwinienne de l’évolution est redoutablement peu intuitive et difficile à comprendre. « Des sondages réalisés en première année de biologie à l’université d’Orsay montrent que seulement 2 % des étudiants interrogés répondent correctement à des questions à son sujet », précise le biologiste. En cause ici, le concept de hasard, au cœur de la théorie de l’évolution, alors même que tout dans nos vies est réalisé à dessein (je fais chauffer de l’eau pour faire du café…). Confusion dont on admet facilement qu’elle puisse conduire à toutes sortes de dérives, y compris involontaires.

La pensée biologique s’exprime en langage naturel, il est donc facile de la détourner et d’en produire une critique idéologique

Jacques Arnould ajoute un argument : « Les chrétiens ont toujours eu un rapport difficile au vivant, au sang, à la chair. Or, Darwin nous met devant le fait accompli que nous ne nous sommes intéressés qu’à l’âme, en même temps qu’il nous oblige à nous plonger dans le vivant. D’un mot, il bouscule les chrétiens ! Avant de conclure : La théorie darwinienne, en particulier avec la question du hasard, laisse toute la place à l’interrogation théologique, je ne vois pas pourquoi cela devrait déranger les croyants. » De quoi inviter ces derniers à reconnaître les acquis des sciences de l’évolution de la même façon qu’ils ont fini par admettre la théorie galiléenne. Laissant la science libre en son magistère. Et sans que Dieu, qui est peut-être à l’origine des lois de l’évolution darwinienne, ne s’en porte finalement plus mal !

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