Quantcast
Publié par Eduardo Mackenzie le 24 novembre 2019

Sauf apparition d’éléments nouveaux dans les prochains jours, ce qui s’est passé hier en Colombie ne résiste pas à la comparaison avec les récents épisodes de sang et de destructions perpétrés au Chili, en Équateur et en Bolivie avant et après la chute du dictateur Evo Morales.

Dans ces pays, il y a eu plus de destructions et de morts qu’hier en Colombie. La journée de manifestations syndicales pour mettre à genoux le gouvernement d’Ivan Duque, a explosé en plein vol. La Colombie craignait que, dans la grève générale décrétée par la CUT (l’équivalent colombien de la CGT française) et d’autres syndicats, les malheurs seraient pires que ceux de ces trois pays. Heureusement, ce ne fut pas le cas.

Pour contribuer à Dreuz.info en utilisant votre carte de crédit sans vous inscrire à Paypal, cliquez sur ce lien Paypal.Dreuz, et indiquez le montant de votre contribution.

Toutefois, le bilan d’hier est grave : trois morts (dans le département du Valle del Cauca), 273 blessés (148 militaires, 3 officiers de police et 122 civils), au cours d’affrontements ou par inhalation de gaz. S’y ajoutent 98 arrestations et 474 personnes refoulées hors des lieux de manifestations (dont 255 pour violation du couvre-feu) selon les chiffres de la police nationale et du ministre de la Défense, Carlos Holmes Trujillo.

Les organisateurs de l’infâme journée d’hier ne doivent pas être blanchis. Les actes de violence commis à Bogotá, Cali, Medellín et Carthagène, pour ne citer que ces quatre villes, n’auraient pas été perpétrés sans cette nouvelle « grève civique ».

À Cali, des hordes ont attaqué la police, saccagé des commerces et pillé plusieurs immeubles d’habitation dont les occupants ont réclamé « la présence des autorités ». « Craignant que les marginaux pénètrent chez eux pour les piller, certains habitants […] ont déclaré qu’ils étaient disposés à utiliser des armes à feu pour se défendre », a révélé un journal. À Bogotá, 40 des 138 stations du Transmilenio (une ligne de bus qui traverse la capitale de part en part) ont été fermées suite à des actes de vandalisme, 90 bus ont été détruits. Ces dommages pourraient coûter à la ville 20 milliards de pesos (5,3 millions d’euros)

Aujourd’hui nous les Colombiens devons demander des comptes aux responsables de ces faits. Ou voulons-nous laisser l’impunité se développer davantage et couvrir également ces bavures? Si nous ne voulons pas que de telles violences se reproduisent fréquemment, des sanctions doivent être demandées aux centrales syndicales qui ont conçu et organisé cette grève et qui savaient pertinemment que celle-ci aboutirait à des pillages et à des morts.

L’organisation la plus coupable est la CUT (Central Unitaria de Trabajadores). Son leader, Diogènes Orjuela García, n’a pas voulu signer l’appel proposé par le gouvernement –que d’autres syndicats ont signé–, demandant que la grève soit pacifique. Il ne l’’a pas fait. Il savait que la journée serait violente. Pire : la CUT vient d’annoncer une nouvelle grève pour le 25 novembre prochain. Un gouvernement garantissant la sécurité publique suspendrait immédiatement pendant au moins six mois cette fédération syndicale communiste qui joue de cette façon avec la vie et la propriété des citoyens.

A Bogota, des gens cagoulés ont percé la sécurité qui protégeait le Congrès de la République et ont envahi la Plaza de Mosquera. Une radio a rapporté: « Ils ont jeté des bombes artisanales vers la terrasse où se trouvaient les autorités et les médias ». Après avoir détruit les barrières de sécurité, les cagoulés ont outragé la statue du Libérateur Simon Bolívar et  ont affronté « les autorités qui se trouvaient à l’intérieur du Congrès». La police a réussi à maîtriser la situation mais « les gaz ont pénétré dans le Congrès où plusieurs personnes s’étaient réfugiées ».

Les dirigeants syndicaux ont eu recours à leur technique habituelle: casser l’ordre public pour obliger le gouvernement à discuter une nouvelle série de concessions politiques favorables aux FARC et à l’ELN. Le « paquet économique » était une formule rhétorique inventée à la dernière minute. Ce qu’ils veulent est la mise en  application totale des accords Santos / FARC par la voie de la déstabilisation du président Ivan Duque.  Hier, s’ils ont détruit une partie des transports en commun à Bogotá, Cali et Carthagène, sans mentionner les morts, les incendies et les autres dégradations, le principal responsable est la CUT qui soutient «l’accord de paix» et demande à présent une nouvelle grève générale.

Paradoxalement, les extrémistes sont déroutés. Ils voulaient aller plus loin. Ils n’ont pas pu le faire. La foule a marché, certes, mais elle a refusé de suivre l’avant-garde désignée, les énergumènes qui n’ont pas réussi à prendre le contrôle du siège du Congrès et de la mairie de Bogotá, ni à s’emparer du palais de Justice, en raison de l’héroïsme de la force publique. Mais l’onde de choc ne s’est pas arrêtée la nuit dernière. Un autre chef révolutionnaire, le sénateur chaviste Gustavo Petro, veut plus de sang. Il sait qu’il a échoué personnellement hier et il veut lancer une nouvelle « grève civique » dans le pays. Cette attitude est criminelle, comme celle d’Orjuela.

Nous verrons ce qui se passera dans les prochains jours. Néanmoins, on doit tirer déjà des conclusions. Le président Duque fut de nouveau fragile face aux violents. Il a cédé au préjugé de gauche selon lequel le fait de mettre la force publique dans les rues de manière globale et préventive, avant et le jour des manifestations, « violait le droit de manifester ». Duque a sous-estimé la gravité de  la situation. Il a réduit les bavures d’hier à « des faits de pur vandalisme », excusant ainsi  ceux qui ont organisé cette journée infernale. Avec sa rengaine  «la protestation sociale est un droit», sans mesurer ce que cette formule signifie spécifiquement en Colombie, il a exposé les citoyens aux excès d’hier et à ceux qui vont suivre. Le président semble ne pas vouloir voir ses erreurs. Va-t-il continuer à suivre cette ligne, face aux prochains défis que la CUT ne manquera pas de lui poser ?

Duque était d’accord avec le sénateur de l’opposition Roy Barreras, lequel se félicitait hier de la « marche pacifique ». Or, Duque a parlé de « protestation pacifique ». Et il a estimé que les Colombiens « avaient parlé hier ». Quelle erreur ! La majorité des citoyens était à la maison et regardait avec horreur les images télévisées de ce dont la subversion marxiste était capable. Les Colombiens ne se sentent représentés ni par les casseurs ni par la minorité qui a marché.  Ils n’étaient que 253 000 personnes dans tout le pays. La Colombie compte 50 millions d’habitants.

L’opposition enragée a de nouveau utilisé son instrument pervers: la violence déguisée en « manifestation pacifique » pour dérouter et terroriser la population et affaiblir le gouvernement. Ils ont réussi. Pire,  ils ont obtenu que le gouvernement et la presse servent à nouveau leur plat préféré: les syndicats ne sont responsables de rien. Les méchants sont uniquement les casseurs. Mais ce ne sont surtout pas ceux qui ont organisé à l’échelle nationale cette grève violente.

Il y a eu aussi une sorte de censure. Je n’ai aucune preuve que le gouvernement ait donné des instructions à la presse écrite et audiovisuelle, mais le silence et les informations distillées au compte-gouttes indiquent qu’il y a eu au moins une autocensure. La page twitter de l’ancien président Uribe a été suspendue. Il manque à ce jour beaucoup de données.

Les médias répètent ce que les organisateurs de la grève veulent entendre: les coupables sont les vandales. Il est vrai que des jeunes malfrats se sont déchainés pour  casser et brûler (la violence physique procure du plaisir à ces crétins), mais personne ne doit être dupe. Alors même que les excès les plus durs commençaient, certains, sur les réseaux sociaux, écrivaient que la grève était terminée, que les gens étaient rentrés chez eux à cause de la pluie et que les responsables de tout étaient les «vandales ».

Ces voyous comptaient dans les plans subversifs, mais ils n’étaient pas les planificateurs de l’infâme journée. Voir les choses ainsi revient à excuser les meneurs de la grève et à laisser le rôle des méchants exclusivement aux petites frappes. Ce qui s’est passé hier en Colombie relève de la responsabilité de la direction du plus grand syndicat de gauche, qui a refusé tout compromis, et à des groupes extrémistes dirigés par des individus  comme Gustavo Petro, Ivan Cepeda et alias Timochenko. La violence est le résultat de cette coalition éphémère qui a décidé, contre vents et marées, de lancer une grève sans véritables motivations (sauf celle d’affaiblir encore plus le gouvernement d’Ivan Duque).

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

Parce que Dreuz est censuré pour le crime de désaccord avec la gauche, suivez notre fil Twitter, et retweetez-nous. C’est un important geste de résistance pour faire circuler vos idées.

Loading...
Merci de cliquer sur J'aime pour soutenir Dreuz