Publié par Christian Larnet le 2 novembre 2019

Cela fait des années que ça dure : l’ONU dit lutter contre l’esclavage moderne, et soit les fonctionnaires internationaux sont corrompus, soit ils sont incompétents, car rien ne change. La BBC a découvert des marchés islamiques aux esclaves sur Instagram et d’autres applications.

Une enquête secrète menée par BBC News Arabic a révélé que des employés de maison sont achetés et vendus illégalement en ligne et que le marché est en plein essor, merci aux nouvelles technologies.

Allez comprendre quelque chose : ce sont les blancs à qui l’on réclame de « réparer » l’esclavage du 18e siècle tandis qu’on ferme les yeux sur l’esclavage du 21e siècle.

Une partie des transactions sont réalisées sur Instagram, propriété de Facebook, les messages sont promus via des hashtags et algorithmiques, et les ventes négociées via des messages privés.

Des milliers de femmes sont ainsi achetées et vendues comme travailleuses domestiques ou autre.

D’autres messages sont diffusés par des applications approuvées et fournies par Google Play et Apple App Store, ainsi que sur les sites Web des plateformes de commerce électronique.

« Ce qu’ils font, c’est promouvoir un marché aux esclaves en ligne », a déclaré Urmila Bhoola, rapporteur spécial des Nations Unies sur les formes contemporaines d’esclavage.

« Si Google, Apple, Facebook ou d’autres compagnies hébergent des applications comme celles-ci, elles doivent être tenues responsables. »

Après avoir été alerté à ce sujet, Facebook a déclaré qu’il avait interdit l’un des hashtags impliqués. Google et Apple ont dit qu’ils travaillaient avec des développeurs d’applications pour empêcher les activités illégales.

Cependant, la BBC a découvert qu’il y a encore beaucoup de listes connexes actives sur Instagram, et d’autres applications disponibles via Apple et Google.

Marché aux esclaves

Neuf foyers koweïtiens sur dix ont un employé de maison – ils viennent de certaines des régions les plus pauvres du monde.

Se faisant passer pour un couple nouvellement arrivé au Koweït, l’équipe d’infiltration arabe de la BBC s’est entretenue avec 57 utilisateurs d’applications et a visité plus d’une douzaine de personnes qui essayaient de leur vendre leur employée de maison via une application populaire appelée 4Sale.

Les vendeurs préconisaient presque tous de confisquer les passeports des femmes, de les enfermer dans la maison, de leur refuser tout congé et de leur donner peu ou pas d’accès à un téléphone.

L’application 4Sale permettait de filtrer par race, avec différentes fourchettes de prix clairement proposées, selon les catégories.

  • « Ouvrier africain, propre et souriant », dit l’une des annonces.
  • Une autre : « Népalais qui ose demander un jour de congé. »

En parlant aux vendeurs, l’équipe d’infiltration a souvent entendu des propos racistes. « Les Indiens sont les plus sales », a dit l’un d’entre eux, décrivant une femme qui fait l’objet d’une publicité.

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L’équipe de la BBC a été incitée par les utilisateurs de l’application, qui ont agi comme s’ils étaient les « propriétaires » de ces femmes, à leur refuser d’autres droits humains fondamentaux, comme leur accorder un « jour ou une minute ou une seconde » de congé.

Un homme, un policier, cherchant à se débarrasser de son esclave a dit :

« Crois-moi, elle est très gentille, elle rit et a un visage souriant. Même si vous la gardez éveillée jusqu’à 5 heures du matin, elle ne se plaindra pas. »

Il a expliqué à l’équipe de la BBC comment les esclaves domestiques étaient utilisés comme une marchandise.

« Vous trouverez quelqu’un qui achètera une bonne pour 600 KD (2 000 $) et la revendra pour 1 000 KD (3 300 $) « , dit-il.

Il a suggéré comment l’équipe de la BBC devrait la traiter : « Le passeport, ne lui donne pas. Vous êtes son parrain. Pourquoi lui donner son passeport ? »

Dans un cas, l’équipe de la BBC s’est vu offrir une jeune fille de 16 ans.

Fatou est victime de la traite d’esclave depuis la Guinée en Afrique de l’Ouest, et a été employée de maison au Koweït pendant six mois, lorsque la BBC l’a découverte. Les lois du Koweït stipulent que les travailleurs domestiques doivent avoir plus de 21 ans.

L’argument de vente de son propriétaire incluait le fait qu’elle n’avait pas donné de congé à Fatou, que son passeport et son téléphone lui avaient été retirés et qu’il ne lui avait pas permis de quitter la maison toute seule – ce qui est illégal au Koweït.

Autorisation du commanditaire esclavagiste

« C’est l’exemple par excellence de l’esclavage moderne », a déclaré Urmila Bhoola. « Ici, on voit un enfant vendu et échangé comme un bien mobilier, comme une propriété. »

  • Dans la plupart des endroits du Golfe, les « travailleurs domestiques » sont amenés dans le pays par des « agences » et sont ensuite officiellement enregistrés auprès du gouvernement.
  • Les « employeurs » potentiels versent une rémunération aux agences et deviennent le « parrain officiel » du travailleur domestique.
  • Dans ce qu’on appelle le système de Kafala, une employée de maison ne peut changer ou quitter son emploi, ni quitter le pays sans l’autorisation de son parrain.

En 2015, le Koweït a adopté des lois pour aider à protéger les travailleurs domestiques. Mais la loi n’était pas populaire auprès de tout le monde.

Partout dans le monde arabe

Le marché aux esclaves en ligne ne se déroule pas seulement au Koweït mais un peu partout dans le monde arabe.

Cependant, pour protéger l’image l’islam, les médias et les grandes organisations internationales noient le poisson en pointant du doigt certains pays asiatiques, en assimilant les heures pénibles imposées aux salariés à une « forme » d’esclavage moderne. Cela leur permet d’aider le monde arabe à sauver la face, pour des raisons difficiles à comprendre, puisque de façon générale, la gauche symbolise la défense des droits de l’homme.

  • En Arabie saoudite, l’enquête a révélé que des centaines de femmes étaient vendues sur Haraj, une autre application populaire. Il y en avait des centaines d’autres sur Instagram, qui appartient à Facebook.
  • L’équipe de la BBC s’est rendue en Guinée pour tenter de contacter la famille de Fatou, la fille qu’ils avaient découvert mise en vente au Koweït.
  • Chaque année, des centaines de femmes sont victimes de la traite d’esclaves noirs depuis la Guinée vers le Golfe.
  • Fatou a été retrouvée par les autorités koweïtiennes et emmenée dans un centre d’accueil géré par le gouvernement pour les travailleurs domestiques. Deux jours plus tard, elle a été expulsée vers la Guinée parce qu’elle était mineure.
  • Elle a raconté à la BBC son expérience de travail dans trois foyers pendant ses neuf mois au Koweït : « Ils me criaient dessus et me traitaient d’animal. Ça m’a fait mal, ça m’a rendu triste, mais je ne pouvais rien faire. »
  • Elle est maintenant de retour à l’école à Conakry, où la BBC lui a rendu visite.

Ma vie est meilleure maintenant. Je reviens de l’esclavage

« Je suis si heureuse », dit-elle. « Même maintenant, en parlant de ça. Ma vie est meilleure maintenant. Je reviens de l’esclavage. »

  • Interrogé par la BBC, le gouvernement koweïtien s’est déclaré « en guerre contre ce genre de comportement » et il a insisté sur le fait que les applications seraient  » fortement scrutées ».
  • A ce jour, aucune mesure importante n’a été prise à l’encontre des plates-formes.
  • Il n’y a eu aucune action en justice contre la femme qui a essayé de vendre Fatou.
  • Depuis que l’équipe de la BBC a contacté les applications et les sociétés de la Silicon Valley au sujet des conclusions de leur enquête, 4Sale a retiré la section des « travailleurs domestiques » de sa plate-forme.
  • Facebook a déclaré qu’il avait interdit le hashtag arabe « خادمات للتنازل# » – qui se traduit par « #bonneàtransférer ».
  • « Nous continuerons à travailler avec les forces de l’ordre, les organisations d’experts et l’industrie pour prévenir ce comportement sur nos plateformes », a ajouté un porte-parole de Facebook.
  • L’application saoudienne Haraj n’a pas bougé.
  • Google s’est dit « profondément troublé par ces allégations ». « Nous avons demandé à la BBC de partager des détails supplémentaires afin de pouvoir mener une enquête plus approfondie », a-t-il ajouté. « Nous veillons à ce que les développeurs d’applications mettent en place les mesures de protection nécessaires pour empêcher les individus de mener cette activité sur leurs plateformes.
  • Apple a déclaré qu’il était « strictement interdit » de faire la promotion de la traite des êtres humains et l’exploitation des enfants dans les applications mises à disposition sur son marché. « Les développeurs d’applications sont responsables du contrôle du contenu généré par les utilisateurs sur leurs plates-formes », dit-il. « Nous travaillons avec les développeurs pour prendre des mesures correctives immédiates chaque fois que nous trouvons des problèmes et, dans les cas extrêmes, nous supprimerons l’application. Nous travaillons aussi avec les développeurs pour signaler toute illégalité aux autorités locales. »
  • Apple et Google continuent toutefois de distribuer les applications 4Sale et Haraj, au motif que leur objectif principal est de vendre des biens et services légitimes.
  • 4Sale s’est peut-être attaqué au problème, mais au moment de la publication, des centaines de travailleurs domestiques étaient encore échangés sur Haraj, Instagram et autres applications que la BBC a vues.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Christian Larnet pour Dreuz.info.

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