Publié par Jean-Patrick Grumberg le 2 décembre 2019

Sur Facebook, Scott Jacobs, fondateur de JewTube, et ami dans le monde réel, m’a invité à rejoindre le « Groupe consultatif sur les pleurnicheurs et les gémisseurs ».

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En lisant l’introduction du groupe, un souvenir d’adolescent m’est revenu, l’expérience d’une bande d’adultes, clients du ClubMed, qui se sont moqués de moi lorsque je leur ai raconté ce que je voulais faire de ma vie. J’avais 17 ans. Ils avaient la quarantaine, ils étaient cadres, entrepreneurs, professeurs, ils étaient mariés et avaient des enfants. Ils avaient l’expérience, ils connaissaient la vie. j’avais mes rêves…

Scott Jacobs pose une question :

« Qu’est-ce qui vous tracasse, aujourd’hui ? Partager vos frustrations et vos plaintes – et les solutions aux problèmes des autres.

Voici ma réponse :

« Je me suis inscrit à ce groupe parce que tu m’as invité, et je suis heureux de m’y conformer, mais je n’ai pas ma place ici : Je ne me plains pas, presque jamais. Je n’ai aucune frustration, presque aucune. Rien ne m’embête. Je suis une personne heureuse parce que j’ai pris ma vie en main quand j’avais 17 ans, j’ai tiré un bon numéro au loto de l’ADN, et j’ai eu de la chance dans ma vie.

J’ai très tôt rêvé de la façon dont je voulais gérer ma vie, et je peux dire que ma vision était solide.

Je suis resté fidèle à ma vision. J’ai vécu conformément à mes rêves.

C’était une suite de bonnes idées qui s’est avérée réaliste, même quand les adultes se moquaient de moi et me disaient que j’étais utopique.

Pour moi la vie va commencer

A 17 ans pendant la seconde moitié du 20e siècle, que sait-on de la vie ? Rien ou presque. On est idéaliste. On commence à rêver de ce qu’on veut faire plus tard. Un jour, à l’âge de 50 ans, on se regarde dans une glace et on se dit : « qu’est ce que j’ai fait de ma vie, je l’ai gâchée. Que sont devenus mes rêves d’adolescent ? ». Alors on s’achète un pantalon en cuir noir, des bottes Santiag et une chemise rouge, une Porsche si on en a les moyens ou une Harley-Davidson d’occasion. Ca s’appelle « la crise de la cinquantaine ». Après la crise d’adolescence…

Je n’ai pas eu de crise de la cinquantaine. Je n’ai pas eu de crise du tout. Lorsque je me regarde dans la glace, je vois quelqu’un qui a mis en pratique ses rêves d’adolescent.

Le ClubMed

Lycéen, je faisais un petit boulot pendant les vacances, j’avais été embauché comme DJ par la discothèque à la mode de Val d’Isère. J’étais le roi – du moins c’est ainsi que je me voyais : par mes choix musicaux, c’est moi qui mettais la bonne ambiance et permettais aux gens de passer une bonne soirée. J’aimais ça, apporter de la joie et offrir un bon moment aux clients qui dansaient. Déjà à l’époque – nous sommes au début des années 70 – le DJ était une star, un statut ridicule et totalement immérité qui m’amusait beaucoup (et flattait mon jeune ego).

Un groupe d’habitués, qui était en vacances au ClubMed voisin, m’invita à venir prendre le thé avec eux après le ski.

Je me retrouvais là, dans le cossu salon de l’hôtel, près de la cheminée, accueilli par ces couples souriants et décontractés dans leurs pulls à col roulé. La discussion allait bon train, tout le monde refaisait le monde. Quand quelqu’un se tourna vers moi et me posa la question : « et toi, qu’est ce que tu veux faire dans la vie, tu veux être DJ ? »

J’avais la réponse, car à 17 ans, j’étais un garçon trop sérieux pour laisser au hasard les choses de la vie.

« Je ne veux pas perdre ma vie pour la gagner » dis-je d’un trait, une phrase qui n’était évidemment pas de moi, mais que j’avais faite mienne. « Je veux vivre de mes passions » ajoutais-je, déclenchant un bon et franc rire de mes hôtes.

« Mon pauvre garçon, la vie, ça ne marche pas comme ça, on ne fait pas ce qu’on veut, et on ne vit certainement pas de ses passions », m’expliqua celui qui m’avait posé la question.

Je n’eus pas le loisir de développer, tout le monde acquiesça et me dit que j’étais un doux rêveur, et qu’à mon âge, c’était normal d’avoir des rêves, et que la réalité me rattraperait. Puis la conversation dériva sur d’autres sujets.

Je ne sais pas si certaines de ces personnes me lisent, et si elles se souviennent de ce DJ blond aux cheveux longs à Val d’Isère, qui passa ce jour-là pour un doux dingue, un utopiste comme on peut l’être à cet âge.

Je ne les ai pas écoutés.

Ce qu’ils ignoraient, c’est qu’à l’âge de 17 ans, parallèlement à mes études, j’avais déjà créé trois auto-entreprises, et je m’étais prouvé à moi-même que je pouvais avoir confiance en moi : j’étais capable de réussir.

Je m’en suis tenu à mes objectifs.

J’en avais d’autres d’ailleurs, qui auraient déclenché des fous rires encore plus francs : j’avais décidé que je voulais être mon propre patron parce que je ne suis pas fait pour obéir à des ordres. J’avais décidé que je choisirais un métier qui ne m’oblige pas à porter un costume-cravate parce qu’à l’époque, je n’aimais pas le costume-cravate. Et je voulais un métier qui me permette de me lever tard parce que je n’étais pas matinal mais du soir.

Je m’en suis donc tenu à mes objectifs.

Et j’ai gagné.

J’avais deux passions : l’art moderne et la musique et au travers d’elle, la Hi-fi.

Grand collectionneur depuis l’âge de 12 ans, ayant fréquenté la salle des ventes de Drouot, j’ai d’abord cherché à être commissaire priseur, un métier parfait pour approcher la peinture. Hélas, à l’époque, la profession n’acceptait pas les juifs. J’ai rencontré Maurice Rheims, qui me dit qu’il m’aurait bien accepté mais qu’il prenait sa retraite, et j’avais une recommandation avec maître Blache, à Versailles, qui eut la mauvaise idée de casser sa pipe au mauvais moment. Je ne réussis pas à trouver un seul commissaire-priseur pour me prendre en stage, obligatoire.

Alors je me suis tourné vers mon autre passion, ai créé Hifissimo, écrit pour Charlie Hebdo, entre autres. J’avais 23 ans. J’ai ainsi passé presque trois décennies à ne pas travailler : j’ai vécu de ma passion, et lorsqu’on est passionné, on n’a pas l’impression de travailler.

Lorsque j’ai finalement arrêté, la suite a été conforme à mes rêves. Je vis toujours mes passions. J’ai commencé ma vie avec l’écriture. Dans la Hi-fi, j’ai été le premier, sur internet, à écrire des critiques. Je continue à écrire. J’adore ça. Je me sens toujours comme un roi : j’apporte chaque jour à mes lecteurs ma contribution à leur air pur du matin.

Aux jeunes générations qui me lisent : découvrez vos passions. Apprenez à vous connaître. Vivez vos rêves. The sky the limit : n’ayez pas peur de vous lancer si vous vous en sentez le goût.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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