Publié par Jean-Patrick Grumberg le 4 décembre 2019

127 ont signé un appel, en demandant de ne pas assimiler l’antisionisme à l’antisémitisme. Leurs arguments soulève une question : sont-ils sous-informés ou mal-intentionnés ?

Chaque fois que je lis une tribune destinée à légitimer l’antisionisme, je rencontre les mêmes parodies d’arguments, les mêmes évitements, et les mêmes médias qui leur apportent une profusion d’ornements.

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Les 127 qui réclament le retrait de la résolution – qui n’a qu’une force déclarative et non légale peut-on lire partout, montrant qu’il s’agit d’encre une clownerie de Macron – ont le soutien du groupe d’amitié France-Palestine, et c’est tout dire.

Les 127 donnent de l’antisionisme une fausse définition, et les journalistes, dans leur traditionnelle incompétence, n’ont pas même eu l’idée d’aller vérifier.

  • En un mot, non, l’antisionisme n’est pas «une critique légitime de l’Etat d’Israël». L’antisionisme concerne au contraire sa critique dévoyée.
  • Qu’est-ce qu’une critique illégitime ? Avant tout, la négation faite à Israël de son droit d’exister (ou d’exister dans l’espace d’un confetti encore plus petit). C’est ensuite la critique des actions ou politiques de l’Etat d’Israël, alors que les mêmes actions ou politiques, conduites par d’autres pays, n’attirent aucune critique.
  • Un exemple frappant : le colonialisme. La France, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, figurent sur la liste de l’ONU des pays coloniaux. Pas Israël. Ceux qui dénoncent Israël comme Etat colonial mais jamais les autres, tiennent des propos antisionistes antisémites.

Oui, l’antisionisme antisémite a une définition précise, et ce n’est pas la critique légitime de l’Etat ou de la politique israélienne.

Le test des « 3D »

Chapeau au Monde, qui a réussi à dénicher 127 intellectuels juifs qui n’ont jamais entendu parler du test des 3D

Je veux dire ici mon admiration que le Monde ait réussi à dénicher 127 juifs qui n’ont jamais entendu parler du test des 3D. Des intellectuels en plus. Ca n’a pas dû être facile. Car il n’est pas nouveau, ce test.

En 2004, le politicien israélien et réfugié politique Natan Sharansky s’est demandé comment distinguer la critique légitime d’Israël de l’antisémitisme. Où tracer la ligne rouge entre l’antisionisme utilisé comme déguisement de l’antisémitisme, et l’antisionisme comme dénonciation des actions et de la politique israélienne ?

Les 3D, qui font passer la critique dans le rouge de l’antisémitisme sont : Délégitimer Israël, Diaboliser Israël, et appliquer un Double standard à Israël.

C’est la soumission d’Israël à deux poids, deux mesures qui indique l’antisémitisme. Il a été validé par la Jewish Political Studies Review en 2004.

Les critères donc, visent à tracer la ligne de démarcation entre les critiques légitimes et illégitimes.

Délégitimation

Aujourd’hui, les antisémites les plus dangereux sont ceux qui veulent libérer le monde du Judenstaatrein, d’un Etat juif

La délégitimation se réfère au déni du droit du peuple juif à l’autodétermination.

Exemple, prétendre que l’existence de l’État d’Israël est une entreprise raciste est une idée discriminatoire, car elle les désigne comme inéligibles au droit fondamental à l’autodétermination tel que déterminé par le droit international.

Étant donné que toute discrimination à l’encontre d’un groupe ethnique, religieux, racial ou national spécifique est considérée comme un type de racisme, la délégitimation du droit du peuple juif à l’autodétermination est qualifiée de racisme contre les juifs, c’est-à-dire d’antisémitisme.

L’ancien vice-premier ministre de Suède, Per Ahlmark l’a très bien expliqué :

Dans le passé, les antisémites les plus dangereux étaient ceux qui voulaient rendre le monde judenrein, sans Juifs. Aujourd’hui, les antisémites les plus dangereux pourraient être ceux qui veulent libérer le monde du Judenstaatrein, d’un Etat juif. »

http://irwincotler.liberal.ca/uncategorized/irwin-cotler-delivers-remarks-at-signing-of-ottawa-protocol-on-combating-antisemitism/

Le professeur Irwin Cotler appelle le déni fait au peuple du droit à l’autodétermination et la délégitimation de l’Etat d’Israël, « l’antisémitisme politique ».

Diabolisation

Faire disparaître Israël assurerait la paix dans la région

Le second « D » fait référence à la représentation des juifs comme étant fondamentalement mauvais, démoniaques, sataniques, voire nazis. Les antisémites accusent fréquemment les Juifs de conspirer pour nuire à l’humanité, et ils blâment les Juifs de tous les malheurs du monde, laissant entendre que leur extermination n’est pas un crime monstrueux, bien au contraire, car c’est faire une bonne action pour la tranquillité du monde.

La même analogie veut que faire disparaître Israël assurerait la paix dans la région, voire dans le monde, au mépris des nombreux conflits arabes pour lesquels Israël et les juifs n’ont aucune prise : Syrie et les 500 000 morts de sa guerre civile, Liban et sa guerre civile larvée en cours, Yémen/ Arabie Saoudite, Iran, Irak, etc.

Double standard

condamner la migration des Israéliens vers les territoires disputés, tout en applaudissant la migration africaine en Europe

Le dernier « D » fait référence à l’application de deux poids deux mesures à des situations similaires.

Si une personne critique Israël et seulement Israël sur certaines questions, mais choisit d’ignorer les situations similaires menées par d’autres pays, elle applique une politique de deux poids deux mesures contre Israël.

L’application d’une norme morale pour Israël et une autre au reste du monde est discriminatoire à l’égard d’un groupe spécifique, les Juifs, et est donc de l’antisémitisme.

  • Par exemple, les médias et les antisionistes ont tendance à condamner la migration des Israéliens vers les territoires disputés, tout en applaudissant la migration africaine en Europe. Et ils ne critiquent jamais les colons du Maroc au Sahara occidental occupé, les colons de Turquie au nord de Chypre.
  • Autre exemple, la barrière de sécurité anti-terroriste. Il existe des murs de séparation dans de nombreux pays du monde, mais seul celui construit par Israël fait l’objet de dénonciation, et est qualifié d’Apartheid.
  • Un troisième exemple, probablement le plus insidieux car il est de règle dans les instances internationales, comme nous venons de le voir avec la décision de l’UE d’étiqueter les produits venant de Judée Samarie, parce qu’ils sont réputés illégitimes, ou précédemment à l’UNESCO en attribuant à d’autres le passé du peuple juif, consiste à nier à Israël le bénéfice des Traités internationaux qui le protège.
  • Quatrième exemple et je m’arrête, mais il y en a tant d’autres : la riposte disproportionnée. Refuser de qualifier les terroristes pour ce qu’ils sont, et les décrire comme de simples civils Palestiniens ; refuser à Israël le droit de se défendre pour éliminer la menace terroriste ; refuser de préciser que les roquettes tirées depuis Gaza est un crime de guerre, et un crime contre l’humanité, parce qu’ils visent non pas de combattants mais des civils ; et dénoncer Israël devant les instances internationales pour crime lorsqu’une maison d’habitation palestinienne a été ciblée par erreur et ses occupants tués, la même semaine ou la force international a par erreur tué 150 civils dans un village afghan sans soulever la moindre remarque internationale, voilà encore un double standard qui se hisse au niveau de l’antisémitisme.

Des médias partisans

les Français voient les mêmes jets de pierre contre leurs commissariats de police qu’à Gaza

La différence entre antisionisme et antisémitisme, Sharansky l’a expliquée. Aucun média ne veut le publier parce qu’ils sont partie prenante : ils affichent tous une critique d’Israël imposée par le Quai d’Orsay, dixit un journalisme du Monde invité en 2011 par l’Ambassade de France en Israël pour un symposium sur la liberté d’expression.

Mais surprise, de moins en moins de Français sont anti-israéliens – l’acharnement des médias veut faire croire l’inverse. Au fur et à mesure que les Français voient les mêmes jets de pierre contre leurs commissariats de police et à Gaza ; et la même colonisation à Saint-Denis que sur les terres juives de Judée et de Samarie, ils ne sont pas idiots et ils commencent à comprendre.

Entre la banlieue et Gaza, tout est identique : les mêmes acteurs, les mêmes motifs, les mêmes buts, la même haine du non-musulman, la même folie islamiste. Seule la provenance des pierres change.

De la poudre aux yeux Macronesquieuse

Le texte ne dit rien. Ou plutôt, il dit tout et rien à la fois, comme Macron durant sa campagne électorale

Vous avez déjà oublié le président précédent, vous oublierez vite celui-ci, même s’il sera réélu. Sa résolution sur l’antisionisme n’est pas qu’une clownerie à la Macron, non, c’est une insulte faite aux Juifs.

Ce n’est pas une résolution, c’est de la poudre de perlimpinpin.

Ce n’est pas une décision, c’est un enterrement de première classe.

Ce n’est pas de la lutte contre l’antisémitisme, c’est un os jeté aux juifs pour qu’ils se calment et se taisent.

La résolution n’est pas seulement d’une superficialité à pleurer – elle marque au fer rouge où est tombée l’intelligence France – elle est le reflet d’un pays perdu qui pour seule arme contre l’explosion de l’antisémitisme, n’a rien trouvé de mieux que voter une résolution de principe sans valeur juridique.

  1. Le texte ne dit rien. Ou plutôt, il dit tout et rien à la fois, comme Macron durant sa campagne électorale. «Les actes antisionistes peuvent parfois occulter des réalités antisémites» dit la résolution. Oh la belle découverte ! Parfois ? Parfois oui, parfois non ? P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non ?
  2. La résolution n’a aucune valeur contraignante. Le texte est juridiquement non-contraignant. Personne ne sera poursuivi en justice pour dire qu’Israël est un Etat d’Apartheid ou néo-nazi. C’est rien qu’une déclaration. Juste une déclaration. Une dé-cla-ra-tion. Rien. Vide. Ce n’est pas « un bon début » comme j’ai pu le lire, c’est une mauvaise fin.

Conclusion

J’en viens à me demander si les 127 idiots utiles qui ont appelé à ne pas signer la résolution, ils n’ont pas été recrutés par Macron lui-même pour donner de la valeur à une résolution qui n’en a zéro, pour fabriquer de l’importance à une frivolité.

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