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Publié par H16 le 4 décembre 2019

Le Milipol, salon professionnel consacré à la sécurité intérieure des États, s’est récemment tenu à Paris. En ouverture, l’actuel prétexte au poste de ministre de l’Intérieur, un certain Christophe RantanplCastaner, était intervenu pour y expliquer notamment que pour faire face aux nombreuses menaces qui rôdent autour de la République, le « partenariat » entre les forces de sécurité publiques et privées semble indispensable.

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Eh oui, la tendance est bien là : les entreprises privées de sécurité se développent de plus en plus en France, et ce d’autant plus qu’elles sont maintenant poussées par les autorités publiques qui semblent y trouver leur compte.

Entre l’autorisation récente – 1er janvier 2018 – d’armer sous conditions les agents de sécurité privée, l’augmentation continue des effectifs de ces entreprises en France qui atteignaient déjà 168 000 salariés en 2016, l’accroissement de leurs prérogatives et des secteurs qu’elles couvrent, tout indique que l’État et les élus de la République n’hésitent plus à envisager un avenir au moins en partie privé de la sécurité en France…

Devant cette tendance, on est en droit de se demander si l’État et les politiciens n’avouent pas ici, à demi-mots, les difficultés de la République à faire régner l’ordre et la loi sur tout le territoire. Autrement dit, l’intervention de plus en plus importante de prestataires privés pour couvrir des services qui sont normalement du ressort du régalien n’est-il pas l’aveu d’une faiblesse patente de l’État ?

Plus pragmatiquement, on devra se demander ce qui, dans les 10 ou 20 dernières années, a ainsi justifié une telle montée en puissance de ces sociétés privées de sécurité. Ne paie-t-on pas toujours plus d’impôts, ceux-là même dont la destination est, pour rappel initialement et principalement, destinés précisément à assurer notre sécurité ? Historiquement, l’impôt n’était-il pas le paiement du peuple pour financer sa sécurité au travers d’une armée et d’une police conçues pour ?

Cette fuite discrète du régalien vers le privé pose là plusieurs questions lancinantes.

Ainsi, où passent donc tous nos impôts ? Dans l’Éducation Nationale, dont les opportunités de faire mieux n’ont cessé d’augmenter ? Dans les ponts ? Dans la sécurité sociale ? Dans les petites sauteries élyséennes ? Allez savoir.

Ainsi, qui va payer ces nouveaux services de sécurité ? Que ce soit le client ou le contribuable, gageons que la facture s’ajoutera de toute façon à ces impôts qui financent nos infrastructures rutilantes, notre éducation jalousée, le système social que le monde nous envie moyennement, ou l’excellente sécurité du pays qui n’autorise pas le développement du moindre sentiment d’insécurité.

Au-delà de ces deux questions et si l’on peut même considérer a priori avec bienveillance le développement de ces entreprises privées de sécurité (quand on est cohérent, on juge aux résultats et non aux intentions, ce que nous pourrons faire dans quelques années), on peut cependant s’interroger sur le bienfondé de former des agents de sécurité à partir du même terreau volatile que celui qui produit les effervescents loustics qu’ils sont censés canaliser.

Dans la même veine, de nombreuses et récentes affaires de terrorisme ont amplement prouvé que la menace étant « intérieure », l’heure n’était probablement pas à la multiplication des canaux pour accéder à la sécurité (des aéroports, des trains, des sites classés, des préfectures de police des édifices publics). C’est-à-dire à peu près le contraire de ce qu’on observe et que les autorités actuelles semblent accueillir et favoriser avec la gourmandise si particulière de ceux qui n’ont pas à payer pour le gâteau…

Parallèlement, on devrait rapprocher ces nouveaux « horizons de dépense » auprès des sociétés privées des économies de bout de chandelle opérées sur le compte des armées, ainsi que de la noyade appliquée à tout l’appareil policier dans les milliers de cerfas et autres procédures qu’on qualifiera pudiquement de sous-optimales, ainsi que de l’usage quasi-systématique de nos forces de sécurité publiques dans la traque du père de famille, fou du volant roulant en Doblo à 52 km/h sur une artère passante de Trifouilly.

Peut-être y a-t-il dans cet écart entre ces dépenses et ces mesures d’un côté, et ces actions concrètes et ces « économies » de l’autre, matière à une réflexion et – soyons fous – l’occasion d’un petit réajustement politique ? En fait de « partenariat » entre le public et le privé, le ministricule de l’Intérieur aurait normalement tout intérêt à recentrer les forces déjà existantes sur un régalien qu’il peine à assurer actuellement.

N’y comptez pas. Ce recentrage entraînerait tant d’effervescence partout où la loi et l’ordre sont depuis longtemps absents que les effets, médiatiques donc électoraux, ne tarderaient pas à se faire connaître. Par anticipation, il sera donc urgent de n’en rien faire.

Et puis surtout, on voit mal l’État et toute l’actuelle clique de clowns à roulettes à sa tête admettre ouvertement la faillite de cet aspect régalien sans se décrédibiliser immédiatement. Dans ce contexte, notre brochette de rigolos a donc tout intérêt à en passer auparavant par ces sociétés privées qui supporteront amplement l’intégralité des blâmes lorsque les problèmes surviendront inévitablement. Gageons que les prochains attentats terroristes couteaux déséquilibrés trouveront une part de responsabilité chez l’une ou l’autre société privée de sécurité qui n’aura pas suffisamment fait son travail.

Enfin, ne perdons pas de vue que ces différents partenariats seront nouées entre le privé et le public dans ce qui a toujours été, en matière de partenariats public-privé, couronné de succès et d’économies somptueuses. Il serait donc particulièrement hardi de ne pas parier, là encore, sur une flamboyante réussite de l’État à externaliser ainsi sa raison d’être, d’autant plus si Castaner lui-même pilote le projet.

Les prochaines années promettent d’intéressants développements.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © H16. Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur (son site)

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