Publié par Jean-Patrick Grumberg le 24 décembre 2019

Un certain nombre de lecteurs, y compris un ami proche, producteur de télévision en France, me questionnent, étonnés, choqués pour certains, par le refus du président américain de signer la reconnaissance par le Congrès du génocide arménien.

La semaine dernière, et après quatre tentatives infructueuses, le Sénat a voté à l’unanimité que la reconnaissance du génocide arménien était la position de politique étrangère des Etats-Unis. Cette décision a enragé la Turquie (qui devrait être le premier à reconnaître ce génocide). Pourtant ce n’était pas une nouveauté.

Parce que Dreuz est censuré pour le crime de désaccord avec la gauche, suivez notre fil Twitter, et retweetez-nous. C’est un important geste de résistance pour faire circuler vos idées.

La droite et les médias ont une chose en commun : ils sont infiniment plus tolérants des erreurs de politique étrangère du président Obama (« il est de gauche, il fait donc tout de travers ») que de Trump, pour qui la moindre de ses erreurs semble être prétexte à accorder aux médias un peu de crédibilité à leur incessante et obsessive critique de Trump)– et nous allons examiner les arguments afin de déterminer si Trump a commis ici une erreur politique.

Il n’est évidemment pas difficile de trouver les arguments anti-Trump : tous les médias se sont répandus en critiques– c’est leur fonds de commerce, leur lubie, leur Trump derangement syndrome. Même Dreuz n’y échappe pas toujours, pour avoir évoqué, il y a deux jours, l’éditorial d’un type qui ne représente que lui-même, appelant à la destitution de Trump dans le magazine évangélique Christianity Today– et présenté par les médias comme si l’opinion de cette personne isolée valait pour l’ensemble des évangélistes américains– ce qui est l’inverse absolu de la réalité.

Les évangélistes, il faut le rappeler, sont le groupe qui soutient le plus fortement et le plus fidèlement le président (lequel le leur rend bien dans sa politique pro-chrétienne de défense des libertés religieuses et pro-vie), et bien plus maintenant qu’avant, contrairement à ce que les médias laissent entendre.

La question du refus de Trump

La question peut être posée de la façon suivante : si la reconnaissance du génocide arménien est si populaire que les Républicains et les Démocrates peuvent l’approuver à l’unanimité, alors qu’ils sont plus divisés que jamais, pourquoi Trump a-t-il refusé de signer ?

Dit autrement : s’il y a de bonnes raisons pour que l’administration Trump ne le reconnaisse pas, alors pourquoi ce raisonnement n’a-t-il pas réussi à convaincre les Républicains du Congrès ?

La réponse est que c’est Trump, et non le Congrès, qui échange au quotidien avec les dirigeants du monde, et c’est lui qui fait pression dans l’intérêt des Américains, alors que le Congrès, c’est hélas traditionnel, se contrefiche de l’intérêt de la population, d’où son taux de popularité si faible (autour de 11 %).

« La position des Etats-Unis n’a pas changé »

Dans un communiqué réagissant au vote du Congrès, la porte-parole du Département d’Etat Morgan Ortagus a expliqué que « la position des Etats-Unis [sur le génocide arménien] n’a pas changé ».

Quelle est-elle ?

D’après le site de l’ANI, l’Institut national arménien à Washington, les Etats-Unis font partie des pays qui ont reconnu le génocide arménien. Rendez-vous à la page Pays qui reconnaissent le génocide arménien, et vous découvrez le tableau suivant :

1. Argentina16. Lithuania
2. Austria17. Luxembourg
3. Belgium18. Netherlands
4. Bolivia19. Paraguay
5. Brazil20. Poland
6. Canada21. Portugal
7. Chile22. Russia
8. Cyprus23. Slovakia
9. Czech Republic24. Sweden
10. Denmark25. Switzerland
11. France26. Vatican City
12. Germany27. Venezuela
13. Greece28. United States
14. Italy29. Uruguay
15. Lebanon

Les Etats-Unis ont reconnu le génocide arménien dès 1915

  • Le 24 mai 1915, pendant la Première Guerre mondiale, l’Ambassade des Etats-Unis a envoyé un télégramme aux puissances alliées (Royaume-Uni, France et Russie) représentant une déclaration conjointe (voir copie ci-dessus, tirée du site internet de l’ANI, l’Institut national arménien à Washington) dans laquelle elles déclaraient :

Pendant environ un mois, les populations kurdes et turques d’Arménie avaient massacré des Arméniens, avec la connivence et souvent l’aide des autorités ottomanes, et les puissances alliées tiendraient tous les officiers du Gouvernement ottoman impliqués dans ces crimes personnellement responsables de crimes contre l’humanité.

https://www.armenian-genocide.org/Affirmation.160/current_category.7/affirmation_detail.html

Tiens tiens… les Arméniens disent que les Etats-Unis ont reconnu le génocide arménien. Mais alors, pourquoi lit-on partout le contraire ?

Poursuivant ma visite du site de l’ANI, à la page Résolutions, lois et déclarations, je découvre que le Congrès ou une de ses deux branches a par neuf fois rappelé la position de 1915 :

  1. United States Senate Resolution 150
    December 12, 2019
  2. United States House of Representatives Resolution 296
    October 29, 2019
  3. U.S. House Committee Resolution—October 10, 2007
  4. United States House of Representatives Resolution 3540
    June 11, 1996
  5. United States House of Representatives Joint Resolution 247
    September 12, 1984
  6. United States House of Representatives Joint Resolution 148
    April 9, 1975
  7. United States Senate Resolution 359
    May 11, 1920
  8. United States Congress Act to Incorporate Near East Relief
    August 6, 1919
  9. United States Senate Concurrent Resolution 12
    February 9, 1916

Bras de fer entre le président et le Congrès

La Constitution des États-Unis répartit les pouvoirs en matière de politique étrangère entre le pouvoir exécutif et législatif. En résulte un bras de fer permanent entre le Congrès et le président, pour savoir qui décide de la politique étrangère du pays. Mais ce bras de fer est structurel, il a été pensé et voulu par les Pères fondateurs, rédacteurs de la Constitution.

Le bras de fer régulier entre le président et le Congrès au sujet de la politique étrangère n’est pas un sous-produit de la Constitution, mais plutôt l’un de ses principaux objectifs.

Les rédacteurs ont voulu répartir le pouvoir politique, et imposé des freins et des contrepoids afin de protéger les citoyens contre la tyrannie monarchique incarnée à l’époque par le roi George III de Grande-Bretagne, et franchement, totalement présente dans la gauche contemporaine.

Déclaration de Trump

Dans une déclaration faite en avril dernier à l’occasion de l’anniversaire du génocide, M. Trump a déclaré que les Etats-Unis rendent hommage aux victimes de « l’une des pires atrocités de masse du XXe siècle », mais il n’a pas spécifiquement utilisé le mot génocide. Chacun décidera en son âme et conscience si l’emploi du mot ou pas, est un crime ou pas. Trump a en outre encouragé les Arméniens et les Turcs à « reconnaître leur douloureuse histoire et à en tenir compte ».

Le président américain avait employé le terme « Meds Yeghern » (Grand Crime) et non génocide. Meds Yeghern est la description que les Arméniens utilisaient avant que le mot génocide ne soit inventé par Raphael Lemkin dans les années 1940.

La Turquie avait alors très mal réagi. Quelques heures après que la Maison Blanche ait publié le message de Trump sur le jour du Souvenir Arménien, elle avait publié un communiqué rageur :

 » Nous rejetons la déclaration du président américain Trump sur les incidents de 1915 faite le 24 avril 2019.

Basée sur le récit subjectif rapporté par les Arméniens, cette déclaration n’a aucune valeur.

La déformation de l’histoire pour des objectifs politiques est inacceptable », avait lu le ministère turc des Affaires étrangères le 24 avril.

Pour l’anecdote, Barack Obama avait promis, quand il était candidat à la présidence, de reconnaître les massacres des Arméniens comme un génocide. Après son élection, il n’a pas non plus utilisé ce mot. Sauf erreur, personne ne le lui a beaucoup reproché.

Politique étrangère ou morale politique ?

Après la déclaration du président américain– qui n’a pourtant pas employé le mot génocide– la BBC a révélé un fait non connu du public, mais que le Département d’Etat américain savait : Erdogan a menacé de fermer la base aérienne américaine d’Incirlik si Trump utilisait le mot « génocide » dans cette reconnaissance en avril.

On ne peut que spéculer sur le poids de cet argument dans la décision du président américain en ce mois de décembre, mais rappelons ces faits :

  1. L’Amérique a officielle reconnu en 1915 le massacre comme un génocide,
  2. Elle a voté en ce sens 9 fois depuis,
  3. La menace nucléaire de l’Iran, qui promet de commettre un génocide contre les Juifs israéliens, rend indispensable le maintien de cette base, et de cette alliance,
  4. Les Etats-unis possèdent en Turquie une base peut-être plus vitale encore : Kurecik, base de radars américains,
  5. La Syrie est toujours très agitée, l’Etat islamique menace de se reformer en Irak, et Incirlik a pour cela une importance stratégique majeure,
  6. Aussi fragile que l’alliance puisse être, n’oublions pas l’achat des S-400 russes par la Turquie, et les efforts en cours du président américain pour qu’il ne les active pas,
  7. La Turquie est l’allié le plus à l’est de l’OTAN, et la valeur diplomatique d’avoir des amis puissants dans cette région est à mettre en perspective, pour les Etats-Unis, avec la valeur morale d’une énième reconnaissance du génocide.

Considérant la situation géographique de la base d’Incirlik, la décision du président américain revient un peu à choisir entre reconnaître le génocide de 1915 et perdre la base, donc s’attacher une main dans le dos pour faire face à la promesse de génocide iranien en 2019 contre les Juifs.

  • En juillet dernier, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu, de visite à Washington, a déclaré :

 » Nous menons actuellement le processus [de mesures de rétorsion], qu’il s’agisse d’Incirlik, de Kurecik [la base radar américaine en Turquie] ou d’autres questions », suite aux dernières tensions entre les deux pays.

« Si l’Amérique prend des mesures très négatives à notre égard, a-t-il ajouté, s’il y a des sanctions ou d’autres mesures, nous aurons des réponses à l’Amérique. »

https://www.voanews.com/europe/key-us-base-risk-turkish-us-tensions-escalate
  • Le mois précédent, le président turc Recep Tayyip Erdogan aurait fait une menace similaire concernant l’utilisation d’Incirlik, lors de sa rencontre avec le président Donald Trump en marge du sommet économique du G-20 à Osaka, au Japon.

Ce n’est pas l’argent, mais la base aérienne d’Incirlik !

L’observateur superficiel pensera que le refus de Trump de signer la décision du Congrès est une affaire de gros sous. Comme il se trompe !

Mon rôle est d’aller au fond des choses, pas de valider les thèses fantaisistes.

1

les missiles S-400

  • La livraison en juillet dernier du système de missiles S-400 de la Russie à la Turquie violait la loi américaine intitulée Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act, ou CAATSA, qui interdit les achats importants de matériel militaire russe.
  • En vertu de la CAATSA, Ankara pouvait faire face à d’importantes sanctions financières et économiques.
  • L’achat de S-400 a d’ailleurs entraîné l’exclusion de la Turquie de l’achat du F-35, le plus récent avion de chasse furtif américain, ce qui démontre que ce n’est pas pour conserver des contrats que Trump a ainsi agi,
  • mais parce que les responsables américains considèrent que la décision de la Turquie d’utiliser la technologie radar avancée russe compromet également les systèmes militaires de l’OTAN dans le pays.
  • Pour cela, Trump tente de convaincre Erdogan de renoncer à déployer et activer les S-400.

2

la base aérienne d’Incirlik

Les analystes disent qu’Ankara a toujours considéré l’utilisation d’Incirlik par l’Amérique comme un levier important dans les moments de tension bilatérale.

Donald Trump est parfaitement informé que c’est là le point faible des Etats-Unis, et il sait qu’il a peu de choix.

Dès la guerre froide, la vaste base aérienne située près de la frontière syrienne a été vitale pour les intérêts stratégiques des États-Unis.

Ensuite, mais promettez-moi de le répéter à personne, selon les organismes de surveillance nucléaire, jusqu’à 50 armes nucléaires américaines sont entreposées à Incirlik.

Aujourd’hui, les forces américaines continuent d’utiliser Incirlik dans la guerre contre l’État islamique en Irak, et en plus d’être une importante plateforme logistique, c’est une base avancée d’action rapide contre l’Iran. Mais les analystes affirment que l’importance d’Incirlik va bien au-delà des intérêts militaires.

« Si l’utilisation d’Incirlik est arrêtée, cela créera d’autres discussions sur l’avenir des relations de la Turquie avec les Etats-Unis, et la place de la Turquie dans l’OTAN en général », a déclaré Galip Dalay, chercheur invité au Département de politique et de relations internationales de l’Université d’Oxford.

A cet égard, le symbolisme d’Incirlik est bien plus important que son utilité militaire, qui est déjà en soi très importante en termes de guerre contre le terrorisme en Syrie, en Irak, et en Iran.

Gagner du temps

J’écris plus haut que Donald Trump sait parfaitement que le point faible des Etats-Unis, c’est la base aérienne d’Incirlik. Et Donald Trump est un homme d’affaires, il sait négocier, et il sait qu’on ne négocie pas depuis une position de faiblesse – surtout en période de tension et d’urgence.

Les États-Unis ont récemment investi 150 millions de dollars pour améliorer la base aérienne de Muwaffaq Salti en Jordanie. Beaucoup y voient le signe d’un changement stratégique plus vaste, à savoir se sortir du chantage d’Ankara, qui mène d’une certaine manière, on le voit, les Etats-Unis par le bout du nez. Mais le remplacement d’Incirlik prend du temps. Et Trump n’a pas intérêt à perdre la main et brûler ses cartouches. Israël encore moins…

Le massacre des Azerbaïdjanais par les Arméniens

L’une des contre-accusations contre l’Arménie est qu’elle a mené ses propres massacres d’Azerbaïdjanais.

Au moment de l’éclatement de l’Union soviétique, elle a mené une guerre contre l’Azerbaïdjan, qui s’est soldée par le nettoyage ethnique de centaines de milliers d’Azerbaïdjanais dans une région appelée Haut-Karabakh, dans l’ouest de l’Azerbaïdjan, laissant à l’Azerbaïdjan un énorme problème de réfugiés.

Alors que le Conseil de sécurité de l’ONU a condamné l’invasion, le conflit a été gelé, pour utiliser le jargon des diplomates.

L’Azerbaïdjan (et Israël)

Quand on regarde la carte de la région, on remarque que l’Azerbaïdjan a des frontières avec la Russie et l’Iran. Cette position stratégique unique en fait un atout majeur pour les États-Unis.

Ajoutez à cela que ses exportations de pétrole affaiblissent l’influence russe, et sa valeur augmente à nouveau.

Enfin, ajoutez encore que la Turquie a rendu l’Azerbaïdjan furieux en négociant avec l’Arménie sans lier la question du Haut-Karabakh à un quelconque règlement turco-arménien.

Dans ce contexte, les États-Unis ont la possibilité de forger une relation bénéfique avec l’Azerbaïdjan à une époque où les Turcs renforcent leur hostilité contre les États-Unis.

Et l’Azerbaïdjan est une plateforme à partir de laquelle Washington peut mettre à mal les Iraniens.

Pour l’Azerbaïdjan, la question brûlante est celle du Haut-Karabakh. Ce n’est pas une question brûlante pour les États-Unis, ce n’est même pas une question du tout, mais la création d’une plateforme stable dans la région l’est, parce que l’Arménie est alliée aux Russes, et qu’elle a des troupes russes sur son territoire.

On peut également dire les choses comme ça : La Bosnie et le Kosovo étaient des concepts obscurs pour le monde jusqu’à ce qu’ils explosent. Le Haut-Karabakh, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie sont tout aussi obscurs aujourd’hui. Mais l’Azerbaïdjan est la clé de toute stratégie anti-russe et anti-Iran qui pourrait émerger, et Trump ne peut pas, dans l’intérêt des Etats-Unis et d’Israël, brûler cette carte : aucune stratégie de blocage de la Russie n’est imaginable sans inclure son flanc sud. Et l’Azerbaïdjan est un allié d’Israël.

Les relations étroites entre l’Azerbaïdjan et Israël renforcent également les tensions avec l’Iran.

Les États-Unis bloquent la plupart des ventes d’armes à l’Azerbaïdjan. Israël– avec l’approbation des États-Unis– leur vend les armes.

Cela vous donne une idée de la complexité des relations de la région.

L’islam, encore et toujours

L’Iran est en partie un pays azéri. Près d’un quart de ses citoyens, dont l’ayatollah Ali Khamenei lui-même, sont azéris. Mais si l’Azerbaïdjan et l’Iran sont tous deux à prédominance chiite, l’Azerbaïdjan est un État laïque.

En partie à cause de l’expérience soviétique et en partie à cause de l’évolution unique de l’identité azérie depuis le 19e siècle, l’Azerbaïdjan sépare la pratique privée de l’islam de la vie publique. L’Azerbaïdjan est ancré dans une constitution qui est plus explicitement laïque que toutes celles de l’Union européenne, à l’exception de celle de la France.

Ce n’est là qu’un des clivages entre l’Azerbaïdjan et l’Iran.

Et il existe une tension insoluble qui découle de la réalité géopolitique : toute attaque contre l’Iran pourrait venir de l’Azerbaïdjan.

Conclusion

Juger Trump sur le génocide arménien sous le seul angle moral– alors que les Eglises arméniennes ont demandé instamment à Trump de reconsidérer la déclaration de Jérusalem comme capitale de l’Etat juif, et qu’ils ont dénoncé son retrait de l’Accord iranien sur le nucléaire, a de quoi faire sourire. Refuser de regarder ce refus dans sa dimension géopolitique est totalement absurde.

De toutes les régions du monde, la région caucasienne Russie, Iran, Turquie est l’une des plus potentiellement explosives. Elle est la plus susceptible d’impliquer les États-Unis, et son allié Israël. La présence stratégique des Etats-Unis y est fondamentale.

Le calcul d’Ankara est construit sur le fait que toute sa stratégie au Proche-Orient est construite autour de l’autorité de Donald Trump, affirmait au plus haut des dernières menaces de sanction de juillet dernier, l’ancien diplomate turc Aydin Selcen. « Trump peut retarder les sanctions de la CAATSA ; c’est le calcul d’Ankara, » lorsqu’il a acquis les S-400 russes malgré les menaces de Trump.

Ankara avait raison. Trump s’est finalement opposé aux sanctions contre la Turquie afin de ne pas perdre les leviers dont il dispose. Il n’allait pas maintenant signer la reconnaissance du vote du Congrès, qui lui aurait apporté assez peu de choses. Il est, de toutes les manières, constamment critiqué quoiqu’il dise ou fasse. S’il avait validé la reconnaissance du génocide, les médias l’auraient accusé de “voler la vedette au Congrès” ou de tirer la couverture à lui en s’appropriant le bénéfice du vote. Et la signature lui aurait fait perdre énormément.

Le président américain a reconnu avoir développé de bonnes relations de travail avec Erdogan. C’est la base indispensable pour obtenir des avantages lorsque les moyens de pression sont fragiles. Trump fait face à une contrainte croissante du Congrès avec un soutien bipartite pour l’imposition de sanctions à la Turquie.

Si Trump avait signé la résolution du Congrès sur cette nouvelle reconnaissance du génocide arménien, la présence américaine à Incirlik serait très directement menacée.

« Une chose que nous avons apprise, c’est que la plupart des menaces que nous pensions être des bluffs d’Erdogan se sont avérées réalités », a déclaré Dalay. Erdogan ne bluffait pas.

Tout cela signifie qu’Incirlik ne sera plus longtemps la carte qu’Erdogan a en main contre les Etats-Unis, et ses besoins dans la région. Et cela, pour moi, valait de ne pas signer la résolution du Congrès.

A chacun de décider.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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