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Publié par Thierry Ferjeux Michaud-Nérard le 26 décembre 2019

Christophe Demarle : « Affaire Sarah Halimi : Le meurtrier de Sarah Halimi Kobili Traoré, considéré comme mentalement sain et encore à présent, aurait eu une « bouffée délirante » au moment des faits, d’après la première expertise. C’est ce qui le rendait apte à être jugé, une « altération du jugement » n’exonérant en rien la responsabilité du criminel. Malgré cela les expertises suivantes et la Cour d’Appel en ont décidé autrement.

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« Pourquoi ? Kobili Traoré, coupable mais pas responsable. C’est au juge de définir la culpabilité, sans se réfugier derrière des analyses psychiatriques, mais en prenant compte de tous les éléments de l’affaire.

« De ce que nous pouvons savoir, Kobili Traoré est un multirécidiviste, condamné à plus de vingt reprises pour des faits relatifs au trafic de drogue, à la possession d’armes prohibées, à des tentatives de vol, à des actes de violence et à des refus d’obtempérer. Quand les psychiatres disent qu’il est atteint d’une pathologie antisociale avec propension à la violence, on répond qu’on s’en doutait vu son pédigrée judiciaire.

« Kobili Traoré est un grand consommateur de cannabis. Son addiction étant habituelle, son corps est habitué à subir plus de 15 joints par jour, afin que la drogue puisse produire de l’effet. Le jour du passage à l’acte, son taux de THC (tétrahydrocannabinol, principe actif du cannabis, qui agit sur le psychisme) était modéré et ne correspondait absolument pas à la quantité de drogue qu’il prétendait avoir consommée.

« Les témoignages des proches, interrogés après les faits, font état d’une grande agitation de Kobili Traoré, sans pouvoir en connaître l’origine. Recueillir ça et là des phrases tronquées, des déclarations sur des agissements ponctuels et des comportements inhabituels ne constitue pas une preuve de l’irresponsabilité de l’accusé, qui n’avait jamais souffert de troubles psychiatriques auparavant, faut-il le rappeler.

« Les contradictions des expertisent font évoquer une « schizophrénie de circonstance« . Kobili Traoré, considéré comme mentalement sain jusqu’à présent, aurait eu une « bouffée délirante » au moment des faits, d’après l’expert psychiatre Zagury, une simple altération du jugement n’exonérant en rien la responsabilité du criminel. Une autre expertise collégiale confiée aux docteurs Bensussan, Meyer-Buisan et Rouillon, découvre chez Kobili Traoré un « trouble psychotique, probable (ce n’est pas sûr !) symptôme d’une schizophrénie« .

« Et donc, abolition du discernement et non-lieu. Trois autres experts donneront la même conclusion. »

Et, cerise sur le gâteau, en même temps tous les experts l’ont déclaré parfaitement sain d’esprit !

Goldnadel : « Entre le Mur des cons irresponsable et l’irresponsabilité du tortionnaire de Sarah Halimi, il n’y a qu’un mètre ! L’avocat Gilles-William Goldnadel dénonce ces juges idéologues qui poursuivent ceux qui les dénoncent ou déclarent irresponsable pénalement le bourreau d’une vieille dame juive.

« Certes, il est des décisions qui révulsent l’âme et l’esprit. Celle de la chambre de l’instruction qui a décidé contre la jurisprudence de la Cour de cassation qui veut qu’en cas de contrariété d’expertises sur l’irresponsabilité pénale, la Cour d’assises de renvoi soit compétente, est de celles-là. Considérer que celui qui a torturé et tué Sarah Halimi en pleine connaissance avouée de sa judéité, aux cris d’Allahu Akbar ! ne serait pas accessible à un châtiment pénal heurte le bon sens et la conscience. »

À droite fièrement : « Une décision de justice … stupéfiante. Certains penseront qu’il s’agit vraiment d’un second assassinat pour Sarah Halimi ! La justice vient de décider que l’homme qui avait torturé pendant de longues heures, puis défenestré, Sarah Halimi, une femme juive, au cri de Allah Akbar ne serait pas jugé !

« La chambre de l’instruction de la Cour d’Appel de Paris a tranché pour « l’abolition du discernement » de Kobili Traoré, le meurtrier de Sarah Halimi. Un avocat au Barreau de Paris, Oudy Ch. Bloch, dans un article paru dans Causeur, attire l’attention sur les conséquences énormes de cette décision de justice, l’usage massif du cannabis devenant une circonstance atténuante, une cause d’irresponsabilité pénale ! »

Où sont les preuves de l’abolition du discernement de Kobili Traoré, le meurtrier de Sarah Halimi, quand aucun des experts n’a pu réaliser d’observation directe du comportement de Kobili Traoré au moment des faits ? L’expertise collégiale effectuée longtemps après les faits ne peut représenter qu’une collection d’opinions de chacun des experts. Ceci concourt à déconsidérer les expertises judiciaires dans l’esprit de nos concitoyens ou à suspecter de noirs desseins pour justifier l’irresponsabilité pénale de l’auteur des faits.

La collégialité des experts favorise la multiplication des opinions lesquelles seront pratiquement toutes gommées au terme des négociations obligées par le consensus nécessaire et même indispensable. C’est ce qui concourt à faire disparaître toute notion de responsabilité individuelle au sein de l’expertise collégiale.

C’est pourquoi les vertus de l’expertise collégiale sont quasi inexistantes et elles ne font que faire disparaître les talents personnels, tout autant que violer la liberté individuelle, malgré la compétence initiale de chacun des experts. Les effets négatifs de la machine collégiale égalitaire gomment les qualités individuelles de chacun des experts et contribuent à la mystification des expertises collégiales en toute impunité.

Comme aucun des experts n’est plus responsable de sa propre opinion, on ne doit pas s’étonner que les délinquants ne soient plus déclarés coupables ! Il est inutile de chercher l’erreur, car non seulement la justice y perd, mais aussi tout le monde, alors que la société se pénalise elle-même. Il est clair que le malaise judiciaire dans l’affaire Sarah Halimi trouve là une de ses origines perverties. Chacun comprend la confusion et l’irresponsabilité entretenues par l’idéologie du consensus obligé au sein de l’expertise collégiale.

Bien entendu, cette situation déplorable n’est pas au premier plan des préoccupations de la justice de notre pays. C’est pourquoi la vérité et la justice sont absentes par la carence des préoccupations éthiques qui devraient nécessairement réglementer la pratique des expertises collégiales en matière de psychiatrie.

C’est pourquoi la tyrannie du consensus des expertises collégiales a pour résultat de généraliser les soupçons et de radicaliser les contestations. On observe une contradiction entre la légitimité de l’expertise et l’irresponsabilité inévitable de chacun des experts enfermés dans le cadre du consensus obligé de l’expertise collégiale et des négociations pour conclure un accord acceptable ! On ne saurait mieux caractériser cette disposition en faveur des négociations arbitrales en matière d’irresponsabilité. La vraie inquiétude qui est née de la décision judiciaire d’irresponsabilité pénale ne résulte pas des conflits d’opinion entre les experts mais au contraire des négociations du consensus obligé qui inspire l’expertise collégiale en toute irresponsabilité.

Il est donc impossible de proposer une opinion divergente sous le règne de la tyrannie du consensus !

Le consensus est le pire opium des experts dont les vertus dormitives encouragent l’irresponsabilité !

D’où la pénible impression d’une imposture qui résulte du consensus obligé de l’expertise collégiale.

C’est pourquoi le mythe du consensus donne à penser que la légitimité de l’expertise collégiale est alors devenue totalement irréelle et que la légitimité de l’expertise psychiatrique a complètement disparu !

Ceci n’est pas sans rappeler le concept de collusion de l’anonymat formulé par M. Balint qui souligne l’effet délétère de la multiplicité des avis des psychiatres autour d’un cas. Il décrit comment, lorsque plusieurs psychiatres s’occupent d’un cas, une décision est finalement prise sans que personne ne s’en sente vraiment responsable, ce qui est particulièrement vrai pour les diagnostics ressentis comme difficiles. Surtout lorsque le cas offre une énigme où les spécialistes sont exposés à la dilution des responsabilités et à la « collusion de l’anonymat ». Des décisions sont alors prises sans que personne ne s’en sente pleinement responsable.

La dilution des responsabilités par un nombre important d’experts crée une situation où personne n’est à même de prendre correctement la bonne décision. Et alors, personne ne peut être tenu comme personnellement responsable de la situation, pas plus que d’assumer le choix de la décisions prise. La fuite des responsabilités peut prendre la forme de la collusion de l’anonymat et de la soumission à l’autorité. Tels en sont les risques pour la pratique des expertises collégiales auxquelles personne ne veut rien changer !

Le tableau que l’on vient de brosser indique l’ampleur de la mystification qui, depuis quelques années, tend à aligner l’expertise collégiale sur des normes étrangères à la culture de la psychiatrie médico-légale.

Cette crise de l’expertise collégiale n’est pas seulement de nature intellectuelle, dans la mesure où la crise repose en réalité sur un diagnostic d’incertitude. Or, ce dont on fait ici le procès est précisément l’excès des fausses certitudes qui dictent leur loi, en s’appuyant sur la collusion de l’anonymat et sur la fuite des responsabilités dans le cadre de la tyrannie du consensus. La crise de l’expertise collégiale est plutôt celle de l’irresponsabilité des psychiatres qui se dissimulent derrière le discours péremptoire des experts !

Les juges sont paralysés par cette cacophonie psychiatrique laquelle peut avoir frappé les citoyens de stupeur. C’est une crise morale, au sens d’une crise des valeurs de la psychiatrie médico-légale, ce qui altère toutes les règles de droit et d’arbitrage, dans divers domaines judiciaires où la norme sociale n’a rien à faire.

Le problème serait plutôt celui du terrorisme intellectuel du discours péremptoire des experts qui s’érigent sans raison en professeurs nimbus de la psychiatrie et en donneurs de leçons. Si chacun est persuadé que son opinion est seule la bonne, il se soumet néanmoins à la tyrannie du consensus qui impose un choix arbitraire. Ce n’est pas un paradoxe, mais un constat à l’égard du pragmatisme de l’expertise.

Le pire est advenu chaque fois que l’on a tenté de dépasser l’opposition de l’expertise individuelle et de l’expertise collégiale, et de fonder une décision judiciaire en s’inspirant de ces modèles d’irresponsabilité.

Il n’y a pas de salut dans l’empirisme d’une synthèse judiciaire doctrinale conçue comme une réplique à l’irresponsabilité des psychiatres qui se dissimulent derrière le discours péremptoire des experts !

Contrairement à une réputation usurpée, la faiblesse des expertises collégiales ne consiste pas tant dans ses dissensions, qui ne sont pas plus fréquentes qu’ailleurs, que dans la fascination exercée sur elles par la tyrannie du consensus qui ne s’accommode guère de la diversité des opinions disqualifiées au nom du consensus. Aussi, l’obsession du consensus est d’autant plus néfaste qu’elle part d’une position idéologique extrême, subordonnant à ses fins l’exercice de la liberté intellectuelle et de la diversité des opinions.

Mais même quand la poursuite du consensus n’a d’autre but que d’éviter des conflits de compétence, la limitation des choix, qui lui est implicite, entraîne, de façon inéluctable, la montée de l’intolérance sous la forme de la conviction unitaire usurpée qui domine les pensées et les discours péremptoires des experts !

L’idéal de la tyrannie du consensus est la négation d’un pluralisme d’opinions organisé. Mais le fait est qu’en ne concevant pas le pluralisme sur un autre mode que consensuel et en substituant à la contradiction et au doute le discours péremptoire des experts, l’expertise collégiale rejette, en fait, tout ce qui est la vérité.

Nous voyons, à propos de l’expertise collégiale, une véritable idéologie du consensus qui crée, de gré ou de force, des rapports rédigés par des experts irresponsables. Hors du consensus obligé, point de salut.

C’est aujourd’hui le consensus qui oblige à minorer et à neutraliser les opinions des experts !

Comme il arrive souvent dans les périodes de doute judiciaire, on s’est contenté de plaquer l’expertise collégiale sur le modèle de l’expertise individuelle selon des modalités inchangées.

Paul Watzlawick a montré que trois fois plus de la même chose n’est pas trois fois mieux ! II existe certaines solutions qui, en voulant se débarrasser d’un problème, se débarrassent aussi de tout le reste. Mais trois fois plus n’est pas trois fois plus la même chose sauf dans les abstraction mathématiques. Si on applique ce raisonnement à l’expertise collégiale, ce qui mène aux échecs les plus illogiques, c’est que cela consiste à faire changer la nature de l’expertise individuelle au moment crucial, car le changement de la quantité modifie totalement la qualité. Et c’est ce changement de la qualité qui surprend totalement la raison et le bon sens.

À un certain point, trop d’experts, c’est trop. Si on se demande qu’est-ce que cela a à faire avec la qualité, c’est que : plus de la même chose va se transformer inévitablement en quelque chose d’autre !

Les incohérences de l’expertise collégiale sont liées aux problèmes engendrés par une conception simpliste de la multiplication des experts. La tyrannie du consensus illustre comment fonctionne le cercle vicieux et les graves défauts de l’expertise collégiale dont il est ici question. La pluralité des experts fonctionne peut-être bien dans la tête des juges, et seulement là, mais pas dans le monde réel où on voit les choses différemment. C’est pourquoi, à la surprise des juges et des experts eux-mêmes, plus d’experts se révèle loin d’être quelque chose de mieux et de plus satisfaisant, car plus de la même chose se révèle une fois de plus être quelque chose d’autre que le but que le juge s’était fixé. On s’est débarrassé de l’expertise individuelle comme d’un symptôme gênant. Mais l’expertise collégiale n’a pas guéri la maladie, elle l’a aggravée.

Le principal résultat de l’expertise collégiale est, en fait, un débat gommé encore plus réducteur.

La tyrannie du consensus dicte sa norme et quiconque semble s’en écarter est rendu inaudible.

Et toutes les hypothèses justifiées sont rejetées dans le néant de la tyrannie du consensus. Quoi que ce soit qui s’écarte de la norme du consensus est considéré a priori comme conduisant à des problèmes !

 Une longue expérience de l’expertise nous a appris que la stratégie de l’expertise collégiale conduit inévitablement à des partis pris conformes à l’idéologie dominante et à l’irresponsabilité des experts, alors que la confusion ainsi créée dans l’esprit des juges et du public sert toujours, peu ou prou, à disqualifier ceux des psychiatres qui essayent de se dissimuler derrière le discours péremptoire des experts.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Thierry-Ferjeux Michaud-Nérard pour Dreuz.info.

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