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Publié par Eber Haddad le 29 décembre 2019
Erdogan en Tunisie pour une visite surprise afin de discuter de la Libye

Une guerre aux conséquences multiples se préparerait-elle en Méditerranée ? Il semble bien que oui.

Selon de multiples sources, le gouvernement Erdogan se préparerait à dépêcher des djihadistes de Syrie du Nord à sa solde, encadrés par des troupes turques, pour se battre aux côtés des djihadistes libyens contre « l’Armée Nationale Libyenne » sous le contrôle du maréchal Haftar, soutenu par l’Égypte, l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis.

Les djihadistes sous contrôle turc, en partance pour Tripoli, seraient transportés par avions ou bateaux d’un pays membre de l’OTAN, la Turquie, à travers la Méditerranée.

Il serait intéressant de connaître la réaction de cette organisation et des États-Unis, si cela devait se produire.

  • L’Algérie, qui vit une période de transition précaire, marquée par une instabilité qui semble durable et une grave crise économique, a déclaré être en totale opposition avec l’intervention turque en Libye, et s’est dite prête à agir militairement pour l’en empêcher. Rien de mieux que la fuite en avant et le risque d’un conflit pour galvaniser un peuple, surtout quand celui-ci manifeste toutes les semaines contre le gouvernement, et ne reconnaît pas les résultats des récentes élections.
    Mais, en même temps, l’Algérie a des intérêts à défendre dans la région. Autant elle a laissé les djihadistes du Nord Mali agir à leur guise, autant elle ne voit pas d’un bon œil la présence de ces mêmes forces en Libye où il deviendraient une menace pour elle et un risque pour l’islamisation du pays.
  • Erdogan est allé en Tunisie cette semaine, probablement à la recherche de soutien et d’une base arrière pour sa logistique et ses troupes. On ne connaît pas la réponse officielle tunisienne et il semble que les Tunisiens sont contre toute implication, mais comme Rachid Ghanouchi, le président de l’Assemblée nationale, est un ami personnel et un compagnon de route de plusieurs décennies de son « Frère Musulman » Erdogan, il n’est pas impossible que la Tunisie se retrouve entraînée d’une manière ou d’une autre dans ce conflit.
    D’autant que le nouveau Président de la République tunisienne, peu expérimenté politiquement, a laissé Erdogan s’exprimer contre ses «ennemis» de manière agressive, en sa présence, et à partir du territoire tunisien, pays qui partage une longue frontière avec la Libye.
  • En Libye, sont déjà présents sur le terrain des mercenaires russes très probablement envoyés par Poutine, ainsi que des Soudanais, dont Erdogan dénonce la présence en condamnant, avec une belle ironie et toute honte bue, la présence de mercenaires «étrangers» sur le territoire libyen. Ces facteurs contribuent encore plus à internationaliser ce conflit.

Quelles seront les réactions européennes, au premier rang de ce conflit, dont l’Europe subirait les conséquences directement et à plusieurs niveaux, énergétiques, migratoires, etc., et quelle intensité aurait une guerre où l’Égypte, l’Arabie saoudite, les Émirats, la Turquie, l’Algérie et, en sous-main le Qatar qui finance la Turquie, seraient impliquées avec en plus une forte présence de djihadistes qui pourraient, comme ça a été le cas en Syrie, être rejoints par des «collègues» en provenance d’Europe ?

Déjà la Grèce, à la fois membre de l’OTAN, comme la Turquie, et de l’Union européenne, est opposée à la présence turque dans cette région, d’autant qu’elle a été accompagnée d’un accord de partage des ressources sous-marines, signé avec le GNA djihadiste de Tripoli, qui nuit à ses intérêts.

Outre la situation géographique et géostratégique de ce pays, les ressources en hydrocarbures de la Libye intéressent beaucoup de monde, et donc toutes les convoitises sont prêtes à s’exprimer avec véhémence, vigueur et bien entendu violence.

La situation y est confuse et compliquée et, à moins d’une reculade – peu envisageable dans l’état actuel des choses – de certains protagonistes, ou une intervention diplomatique de grande envergure, on ne voit pas très bien ce qui peut empêcher ce conflit de dégénérer et de prendre des proportions cataclysmiques.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Eber Haddad

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