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Publié par Magali Marc le 31 décembre 2019

Si les avantages du libre échange avec la Chine sont évidents (avec une population de 1,3 milliard d’habitants, la Chine a connu une croissance économique avoisinant les 6% par année) les risques pour l’économie, les entreprises et les investisseurs le sont moins, d’autant plus qu’ils ne sont pas débattus sur la place publique. Un de ces risques c’est qu’un pays comme le Canada se contente d’être un exportateur de matières premières en Chine, sans faire ou presque de la deuxième et de la troisième transformation. Ces processus créent beaucoup de valeur ajoutée dans une économie.

Or selon François Normand, du Journal Les Affaires (décembre 2017) c’est précisément ce risque que prendra le Québec s’il se contente d’être un exportateur de matières premières en Chine, sans faire de la deuxième et de la troisième transformation.

M. Normand donne l’exemple de la production d’aluminium : Les alumineries présentes sur le territoire québécois importent l’alumine et la bauxite pour les transformer en aluminium et l’exporter par la suite à l’étranger, au premier chef sur le marché américain. Les exportations d’aluminium sous forme brute sont d’ailleurs le premier poste des expéditions québécoises aux États-Unis, selon l’Institut de la statistique du Québec (ISQ).

Pour les lecteurs de Dreuz, j’ai traduit l’article de Nathanael Blake*, paru le 27 décembre dans The Federalist. Cet article concerne un éventuel accord commercial des États-Unis avec la Chine.

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Il ne peut pas y avoir de libre-échange avec la Chine tant qu’elle triche. Quand on additionne les externalités et le coût social, les produits chinois bon marché ne semblent pas aussi abordables qu’ils le sont dans les magasins ou dans les paniers en ligne.

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Contrairement au vieux dicton, les tricheurs s’enrichissent bel et bien.

Des Patriotes de la Nouvelle-Angleterre (NdT: une équipe professionnelle de football américain basée dans la région de Boston) à nos partenaires commerciaux chinois, beaucoup de gens sans scrupules ont réussi à s’enrichir en trichant.

Cela nous amène à nous demander quel genre d’imbéciles continuerait de traiter avec des tricheurs connus qui n’ont aucun remord.

C’est l’une des questions soulevées par la réponse en apparence oblique de Kevin Williamson à ma critique d’une de ses récentes chroniques.

Je ne sais pas si je dois me sentir offensé par le fait que cet auteur de la National Review n’ait pas daigné me donner une réponse directe ou, si étant donné ses capacités d’être insultant lorsqu’il est fâché, je dois me montrer reconnaissant.

Quoi qu’il en soit, Williamson reconnaît implicitement le problème lorsqu’il utilise des sarcasmes à propos de ceux qui s’inquiètent de voir les «Chinois sournois» voler des emplois américains. Comme il le dit, « le plus gros problème pour les entreprises américaines qui font affaire avec la Chine est le vol de la propriété intellectuelle, en particulier sous forme de contrefaçons ». Il soutient que la meilleure réponse à cette situation est d’appliquer, et peut-être de renforcer, les lois que nous avons contre la contrefaçon et l’importation de produits contrefaits.

C’est une idée raisonnable, et j’appuie les mesures d’application renforcées qu’il recommande. Si l’objectif est de nous protéger tout en maximisant le commerce avec la Chine, ce sont de bonnes recommandations.

Toutefois, en faisant valoir cet argument, M. Williamson reconnaît qu’il y a des coûts importants à faire affaire avec des tricheurs et des escrocs, et que les régimes politiques doivent être pris en considération lorsqu’on fait du commerce.

Ces idées méritent d’être étudiées, car elles compliquent le discours sur le libre-échange en tant qu’avantage inévitable pour toutes les parties.

Les coûts du commerce avec un régime malhonnête

L’un des mantras de Williamson est que le commerce se fait entre individus, et non entre pays.

C’est (surtout) vrai lorsque nous parlons, par exemple, de résidents du Missouri qui achètent du scotch single-malt, ou d’aficionados écossais du barbecue (il doit sûrement y en avoir) qui achètent des épices à frotter et des sauces pour barbecue du Missouri.

Ce n’est pas vrai lorsque nous parlons de traiter avec un pays totalitaire (supposément communiste mais réellement fasciste) comme la Chine continentale.

Le commerce avec un tel régime n’est jamais libre parce que le gouvernement contrôle toujours les affaires, ce qui ne donne aucun droit aux hommes d’affaires qu’ils puissent faire valoir contre le gouvernement.
Le gouvernement chinois ne s’intéresse pas à l’échange libre et équitable de biens et de services, considérant plutôt le commerce comme une forme de levier et un moyen de se procurer des nouvelles technologies.

Le gouvernement chinois a un impératif idéologique – les communistes méprisent la propriété privée – ainsi que des incitations géopolitiques et financières pour fermer les yeux sur la fraude et le vol et même à les encourager lorsqu’ils visent les Américains.

Bien sûr, nous avons notre part de commerçants frauduleux et d’experts en arnaque, mais les forces de l’ordre américaines s’efforcent de les réprimer.
Traiter avec des entreprises honnêtes sous un gouvernement honnête (selon les normes des gouvernements) n’est pas la même chose que de traiter avec un régime comme celui de la Chine.

Ce dernier impose des coûts supplémentaires, car le fait qu’il ne fait rien signifie que la propriété intellectuelle est volée et que les contrefaçons inondent le marché.

Prendre des mesures, que ce soit en embauchant plus d’inspecteurs portuaires ou en augmentant les efforts d’Amazon contre les contrefacteurs, coûte de l’argent, et ces coûts ne sont pas nécessairement assumés par ceux qui profitent de leurs relations avec des entreprises et des régimes étrangers sans scrupules.

Ces coûts n’ont pas été honnêtement pris en compte par ceux qui préconisent le libre-échange avec le régime de Beijing.

Il y a aussi d’autres coûts sociaux et culturels dont nous commençons à peine à prendre conscience.

Faire des affaires avec la Chine a amené le fait que nos films sont soumis à la censure du Parti communiste chinois.

Nos vedettes de la NBA (National Basketball Association ) qui parlent hardiment de politique intérieure, deviennent lâches lorsqu’on les interroge sur la campagne génocidaire actuelle de la Chine contre une population minoritaire musulmane.

Il y a de nombreux autres exemples de comment la Chine se sert de sa puissance économique pour étouffer le droit à la liberté d’expression de ses détracteurs.

Le fait de faire affaire avec des salauds meurtriers et quasi-communistes leur donne un moyen de pression, et ils s’en servent.

Nos relations commerciales avec la Chine n’ont pas libéralisé ce pays ; elles ont donné aux voyous qui le gouvernent plus d’outils de répression à l’interne et les moyens d’acheter les faveurs et d’intimider les critiques à l’étranger.

Quand on tient compte des externalités et du coût social, les produits chinois bon marché n’ont plus l’air aussi abordables.

Le commerce avec la Chine a créé de réels problèmes

Le commerce avec la Chine et d’autres régimes totalitaires en vaut peut-être encore la peine. Peut-être que les profits sont tout simplement trop beaux pour qu’on s’en passe, même en tenant compte des coûts liés au fait de traiter avec un gouvernement véreux qui encourage les entreprises véreuses.

Il devrait néanmoins être clair que les arguments insouciants utilisés pour justifier le libre-échange avec d’autres nations libres et amies ne s’appliquent évidemment pas au commerce avec un rival géopolitique tyrannique.

Nos relations commerciales avec la Chine ne se sont pas déroulées comme prévu, et il est plus que temps de faire les comptes.

La guerre commerciale du président Trump contre la Chine a été une campagne hasardeuse, mais il a au moins été capable de reconnaître qu’il y avait un problème avec la trajectoire sur pilote automatique des politiciens précédents. Il n’a pas proposé de politique commerciale alternative claire, mais sa présidence a créé des opportunités pour les politiciens républicains qui vont effectivement ré-examiner cette question.

Même si nos relations commerciales avec la Chine sont pour le plus grand bien, elles ont créé de réels problèmes, dont beaucoup sont dus aux méfaits de ce régime.

Ces difficultés doivent être abordées, tout d’abord par ceux qui insistent sur la continuité de nos relations commerciales étroites avec la Chine. Ceux qui sont en faveur du libre-échange, même avec des régimes comme celui de la Chine, devraient offrir des solutions aux problèmes créés par la conclusion d’accords avec de tels tyrans, plutôt que de se moquer de ceux qui en ont souffert.

* Nathanael Blake est un collaborateur principal de The Federalist. Il détient un Doctorat en théorie politique.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Traduction de Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

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