Publié par Liliane Messika le 25 décembre 2019

La laïcité ne sert que si on l’use contre les Français

En France, les crèches de Noël sont interdites dans les édifices publics et l’on doit désormais parler de « vacances d’hiver » pour éviter de prononcer le mot « Noël », qui heurte les sensibilités laïques, indignées que plus d’un milliard de Terriens se réjouissent, le 24 décembre, de la naissance d’un petit Juif, il y a deux millénaires.

Sur place, là où est né le divin enfant, ne jouent plus depuis longtemps les hautbois et ne résonnent plus les musettes. Depuis 1994, exactement, date à laquelle, en respect des Accords d’Oslo, l’administration israélienne a laissé la place à celle de Mahmoud Abbas, dans une partie de la Cisjordanie (qu’on appelait Judée-Samarie, à l’époque de celui qu’on célèbre sans le nommer).

Le milliard et quelque de chrétiens ne sont pas tous égaux devant la joie, tant s’en faut : ceux qui vivent dans les parties du monde gouvernées par la sharia, la loi d’Allah, sont persécutés de façon plus ou moins mortelle : ils sont emprisonnés sous des prétextes religieux, leurs églises sont attaquées, pillées, brûlées, leurs enfants sont kidnappés et vendus comme esclaves et tous, adultes et enfants, sont confrontés régulièrement à des conversions forcées et à la mort par lapidation pour ceux qui résistent[1].

Car les pays musulmans ne rigolent pas avec la laïcité : l’islam est religion d’État, la quitter est passible de la peine de mort.

Dans certains pays plus « tolérants » que la moyenne, les autres religions monothéistes peuvent subsister à condition de faire profil bas : les églises, quand elles sont autorisées, doivent être plus basses que la plus petite mosquée, les manifestations publiques d’autre foi que l’islam sont interdites (on ne parle pas de prières de rue, juste d’un signe de croix), la possession d’une Bible peut vous valoir emprisonnement avec torture, voire pire. Et chaque fois qu’un exutoire est nécessaire pour calmer les populations fanatisées, ce sont les chrétiens qui subissent les pogromes, puisque tous les Juifs ont été chassés de ces contrées.

Dans un texte datant de 1999, Habib C. Malik, enseignant à l’université américaine du Liban, remarquait déjà que « l’Islam politique était loin d’être indulgent avec les communautés chrétiennes indigènes vivant sous son règne. … le traitement systématique des chrétiens et des juifs (qui relèvent de la catégorie islamique des dhimmi) en tant que citoyens de seconde classe est fait de maltraitance et de discrimination dans tous  les domaines. … Sous l’Islam, les dhimmis ne sont pas autorisés à construire de nouveaux lieux de culte ou à rénover ceux qui existent. Les femmes dhimmi peuvent épouser des musulmans, mais l’inverse est strictement interdit. Les droits politiques des dhimmis sont inexistants et la communauté dhimmi en tant que groupe, mais aussi chacun de ses membres individuellement, vivent dans un état d’humiliation perpétuelle vis-à-vis de la communauté dirigeante.[2] »

Les chiffres disent la même chose que les lettres

Bien que les politiciens et les médias d’Europe occidentale présentent les migrants musulmans comme une population vulnérable, persécutée et impuissante, certains de ses membres persécutent et oppriment les minorités chrétiennes qui fuient avec eux – que ce soit en les persécutant dans les camps de réfugiés[3] ou en les noyant en Méditerranée[4].

Les chiffres confirment que les chrétiens vivant sous le Hamas et l’Autorité palestinienne connaissent la même situation que les chrétiens dans les pays arabes alentours : ils étaient environ 3.500 dans la bande de Gaza en 2007, avant le coup d’état du Hamas. Aujourd’hui, ils sont entre 500 et 1000.

Pour quitter Gaza, les Palestiniens ne peuvent passer que par l’Égypte ou par Israël, mais pour cela, il doivent d’abord obtenir le permis d’émigrer, que le ministère de l’Intérieur gazaoui ne délivre qu’au prix d’exorbitants bakchichs : il faut compter 1500 dollars par tête, alors que 53% de la population sont au chômage et que, pour ceux qui ne jouissent d’aucun piston de la part des apparatchiks du Hamas, le salaire moyen est de l’ordre de 17 dollars par jour. Pourtant, en 2018, 35.000 Gazaouis, dont 82 médecins, ont fui la bande de Gaza et le nombre de ceux qui ont émigré depuis 2007 a dépassé les 200.000 personnes.

Muntasser Ismail, un chirurgien qui travaillait à l’hôpital européen de Gaza, fait partie des émigrés : « La situation économique dans la bande de Gaza s’est aggravée en raison des sanctions de l’Autorité palestinienne, en particulier de la décision injuste qui a réduit nos salaires de 60%. Cela ne permet pas de vivre », a-t-il déclaré[5].

Un autre chrétien de Gaza, Kamal Tarazi, qui a émigré en 2007, est maintenant SDF à Nazareth, mais il préfère Scylla à Charybde : « Dès que le Hamas a pris le pouvoir, il a commencé à nous persécuter, détruisant nos églises et forçant les chrétiens à se convertir à l’islam », explique-t-il. Il espère de l’aide de ses coreligionnaires, car Israël ne possède aucune structure qui corresponde à ses besoins : « ‘Israël a des organisations qui s’occupent des réfugiés africains et des ONG qui aident les Palestiniens, surtout  pour l’aide juridique, mais aucune d’entre elles ne pourra lui fournir un logement, des médicaments ou même de la nourriture’, a expliqué un représentant de Gisha, une ONG israélienne d’extrême gauche, qui protège la liberté de mouvement des Palestiniens[6]. » 

En France on s’en fiche

Les églises palestiniennes profanées, on n’en entend jamais parler dans nos médias. Ce n’est pas que la chose soit secrète, c’est que « cela ferait le jeu d’Israël ». Donc on préfère le martyre des chrétiens, CQFD.

« Qu’est-ce qui fait les meilleurs titres dans la  presse », demandait Michael Oren, ancien ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, dans le Washington Post, « est-ce le chiffre ahurissant de 8000 roquettes tirées conte Israël depuis que l’État juif s’est retiré unilatéralement de Gaza en 2005 et les 42 ?5% d’enfants israéliens vivant à proximité de la frontière qui souffrent de stress post traumatique ? Ou bien est-ce que ce sont les images en haute résolution des bâtiments bombardés en représailles et les émouvants récits de Palestiniens démunis ? C’est le deuxième, évidemment, si l’on en croit la couverture presse de la récente opération israélienne contre le Hamas.[7] »

Il n’est pas surprenant, donc, que le Hamas fasse pression pour que les chrétiens se taisent, et que les médias occidentaux leur emboîtent le pas : « La seule chose qui intéresse l’Autorité palestinienne, c’est que ce type d’événement n’atteigne pas les médias. Les responsables de l’Autorité palestinienne font pression sur les chrétiens locaux pour qu’ils ne signalent pas de tels incidents, qui menacent de démasquer l’Autorité palestinienne comme un régime islamiste radical de plus au Moyen-Orient », lit-on dans un rapport sur la situation des chrétiens palestiniens… dans un journal israélien[8].

L’important est de critiquer Israël

C’est Bruno Retailleau qui s’y est collé, cette fois-ci. Le président du groupe Les Républicains au Sénat, a écrit à  l’ambassadrice d’Israël en France, Aliza Bin-Noun, la lettre qu’il avait initialement pensé envoyer au Père Noël : « Je souhaitais vous faire part de notre vive indignation à l’égard de la décision prise par les autorités israéliennes d’interdire l’accès aux villes saintes de Bethléem et de Jérusalem aux Chrétiens de la bande de Gaza en cette période particulière des fêtes de Noël.[9] »

S’indignait-il contre une grève de la SNCF et de la RATP qui aurait empêché les familles de ses compatriotes de se réunir pour le réveillon de Noël ? Non. Il s’insurgeait de la décision prise par le COGAT, le Coordinateur des activités gouvernementales dans les Territoires (un Arabe), pour des raisons sécuritaires, de pas autoriser les Gazaouis à se rendre en Cisjordanie ou à Jérusalem-Est pour Noël. Cette interdiction touchait en priorité les chrétiens, évidemment, mais pas volontairement.

En effet, dans les territoires palestiniens, la liberté de religion existe comme un concept. Rappelons l’explication du terme : « Prenez un couteau, retirez la lame et le manche, ce qui reste est le concept de couteau ». IL en va de même de la liberté religieuse en territoire palestinien. Retirez la liberté et la religion, ce qui reste est le concept de liberté religieuse.

La Loi fondamentale palestinienne stipule que l’islam est religion officielle, dans « le respect et la sainteté de toutes les autres religions célestes ». Donc la religion catholique est respectée dans la mesure où elle-même respecte l’islam. Ainsi l’apostasie, le fait de quitter l’islam pour embrasser une autre foi, qui est une liberté fondamentale selon la loi française, est punie de mort par la sharia. Et devinez ce qui s’applique dans les Territoires palestiniens, la loi française qu’on peine à mettre en œuvre dans l’Hexagone, ou la sharia interprétée par les potentats locaux ?

Concession rhétorique

Monsieur Retailleau n’accuse pas ouvertement Israël de christianophobie : il fait même semblant de prendre en considération la sécurité de l’État juif : « Si nous comprenons qu’Israël prenne toutes les dispositions propres à assurer sa sécurité, nous appelons les autorités israéliennes à reconsidérer leur décision. » Autrement dit, nous comprenons que cette décision permet de protéger vos citoyens, mais nous vos citoyens sont le dernier de nos soucis, d’autant qu’une part non négligeable des nôtres nous sera reconnaissante d’avoir, au mieux, facilité l’introduction de terroristes sur le sol de l’entité sioniste, et au pire, de l’avoir seulement embarrassée en renforçant l’accusation d’apartheid.

Pourtant, la raison invoquée est réelle : en 2018, le COGAT avait délivré 500 permis pour Noël. Mais entretemps, en juillet 2019, le Shin Bet (la DGSE israélienne) a déjoué une tentative du Hamas d’établir un réseau de fabrication de bombes en Cisjordanie en utilisant, pour y parvenir, les permis médicaux humanitaires accordés par Israël. Fadi al-Sabah, un expert artificier de la bande de Gaza formé par le Hamas, s’était infiltré au moyen de ce document, mais au lieu d’aller se faire soigner à l’hôpital, il avait œuvré pour y envoyer un maximum de Juifs : il avait mis au point un laboratoire de bombes destinées aux kamikazes. Le Shin Bet n’a révélé l’affaire qu’après avoir arrêté tout un réseau de terroristes[10].

Tsahal et la trêve des confiseurs

Nonobstant les risques certains, que la délivrance de permis à des Gazaouis fait courir aux citoyens israéliens, l’État juif a quand même fait un geste en souvenir du petit juif né il y a 2020 ans à Bethléem.

Tsahal a donc fait savoir que le COGAT, le coordinateur israélien des activités gouvernementales dans les Territoires, allait octroyer plus de permis que ce qu’il avait préalablement annoncé.

Juste pour rire, ce fonctionnaire israélien est, actuellement, le Major Général Kamil Abu Rukun, un Israélien arabe. En Israël, vous savez bien : cet État qui pratique l’apartheid !

Le jeu de la phrase qui interpelle

« Actuellement, de nombreuses familles sont séparées, certains membres vivant dans NOM DU LIEU CONSURÉ POUR LES BESOINS DE LA DEVINETTE avec une liberté de circulation toute relative. Les célébrations de fin d’année sont une des rares occasions offertes à ces populations pour réunir toute la famille l’espace de quelques jours. » Cette phrase se réfère-t-elle :

  • 1) aux Français dispersés dans l’Hexagone, dont seules les familles assez riches pour se payer l’avion pourront se réunir pour la fête ?
  • 2) aux Syriens emprisonnés dans les geôles de Bachar el-Assad, qui ne pourront obtenir ni permission de sortie, ni allègement de leurs tortures pour la Noël ?
  • 3) aux Coptes, chrétiens égyptiens, habitants originels de l’Égypte, réduits, aujourd’hui, à une minorité persécutée[11] ?
  • 4) au petit millier de chrétiens palestiniens qui survit encore à Gaza, maintenus en otages et utilisés comme boucliers humains par le Hamas, qui stocke ses arsenaux[12] sous des écoles et transporte les armes dans des ambulances[13] ?

Ceux qui auront donné la réponse n°4[14] ont gagné notre estime et méritent une bûche de Noël. Mais non, pas sur la tête : nous sommes en France, pas à Gaza !

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Liliane Messika pour Dreuz.info.

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