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Publié par Gaia - Dreuz le 20 janvier 2020

Source : Rts

Une enquête du New York Times lève le voile sur le rôle joué par la Suisse durant la crise irano-américaine ces derniers jours. Des messages en relation avec la frappe américaine qui a tué le général Souleimani et les représailles iraniennes ont transité par l’ambassade suisse.

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Les tensions entre les Etats-Unis et l’Iran sont toujours plus fortes. Et s’il n’y a aucune communication directe entre ces deux pays, il y a toutefois un intermédiaire: la Suisse, via son ambassade à Téhéran. Un rôle de boîte à lettres et de messager sur lequel le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) reste très discret.

« Le canal de communication diplomatique entre les Etats-Unis et l’Iran, que la Suisse met à disposition dans le cadre du mandat de puissance protectrice, continue de fonctionner. Pour des raisons de confidentialité, le DFAE ne peut fournir aucune autre information », a ainsi répondu à la RTS le Département fédéral des affaires étrangères.

Fax crypté reçu par la Suisse

Une enquête du New York Times lève le voile sur le rôle joué par la Suisse ces dernières semaines. Le 3 janvier, après l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani, l’ambassadeur suisse à Téhéran Markus Leitner reçoit une note via un fax crypté, dans laquelle les Etats-Unis mettent en garde les Iraniens contre toute escalade. Ce message est remis en mains propres au ministre iranien des Affaires étrangères.

Quatre jours plus tard, après l’attaque de deux bases irakiennes où sont stationnés des soldats américains, l’Iran envoie un message à la représentation suisse pour indiquer la fin provisoire des représailles. Sept minutes suffisent pour que le message soit transféré à Washington.

Pour l’ex-ambassadeur de Suisse en Iran Tim Guldimann, grand connaisseur de la région, en ce moment, « c’est la situation la pire en ce qui concerne les relations avec les Etats-Unis depuis longtemps », affirme-t-il au micro de La Matinale jeudi matin (lire aussi encadré).

La Suisse joue en Iran un « mandat de protection ». Pour lui, le rôle de facteur de notre pays est très utile et reconnu: par ailleurs, les parties en présence demandent parfois « Comment voyez-vous ce que nous venons de recevoir? Comment est-ce que, de manière générale, vous appréciez la situation en Iran? » Tim Guldimann explique en outre que « c’est la raison pour laquelle l’ambassadeur suisse de Téhéran se rend à Washington une à deux fois par année pour raconter ce qu’il voit en Iran, surtout parce qu’il n’y a plus d’officiels américains dans ce pays depuis 40 ans ».

« Fidèle à notre ligne de neutralité active »

Pourquoi la Suisse est-elle cette médiatrice de l’ombre? Parce qu’elle représente les intérêts des Etats-Unis en Iran depuis 1980, après la prise d’otages dans l’ambassade américaine à Téhéran. Erik Lang y représentait la Suisse à l’époque. « Il faut quelqu’un qui soit extrêmement actif jour et nuit (…). On reste fidèle à notre ligne de neutralité active, c’est-à-dire faire ce qu’on peut faire pour essayer de normaliser les relations entre un pays et un autre », a-t-il estimé dans le 19h30 de la RTS mercredi.

Depuis 40 ans, la Confédération joue aussi les intermédiaires dans l’échange de prisonniers entre les deux pays, comme en décembre dernier à Zurich. Les bons offices de la Suisse ont donc un rôle crucial qui pourrait permettre d’éviter que la situation ne s’enflamme au Moyen-Orient.

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L’accord sur le nucléaire iranien est moribond

Récemment, trois pays majeurs de l’Union européenne, dont la France et la Grande-Bretagne, ont lancé une procédure pour dénoncer des différends dans le cadre de l’Accord sur le nucléaire iranien, signé à Vienne en 2015.

Pour Tim Guldimann, cet accord est aujourd’hui pratiquement mort. Mais il souligne qu’il a été signé par l’Allemagne et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité d’un côté et par l’Iran de l’autre: « L’accord contient l’obligation pour l’Iran de restreindre ses activités nucléaires et, surtout, de les faire surveiller par les contrôles les plus stricts existant au niveau mondial pour un pays ouvrant son programme nucléaire. D’autre part, le côté international s’est engagé pour que l’économie iranienne puisse s’ouvrir: c’est-à-dire pour l’abolition des sanctions – surtout américaines – contre l’économie iranienne ».

Or, « lorsque les Américains se sont retirés du pays », explique le diplomate, « ils ont imposé des sanctions. Donc le côté international n’a pas été respecté. Les Iraniens ont attendu un an avant de reprendre des activités nucléaires qui vont au-delà de leurs engagements dans le cadre de l’accord mais, en même temps, cela n’est pas reconnu par la communauté internationale dans le débat actuel ».

L’Iran ne s’oppose pas à des contrôles internationaux

Pour l’ex-ambassadeur, l’Iran est toujours ouvert à des contrôles internationaux: « Il n’y a pas une espèce d’écran de fumée derrière lequel l’Iran pourrait cacher des activités illicites. Il y a de nombreux soupçons comme quoi le pays pourrait aller vers la production d’une bombe atomique, ou nous surprendre avec un essai atomique – comme cela a été le cas avec l’Inde et le Pakistan. Mais l’Iran reste ouvert et dit : ‘Si, pour votre part, vous vous soumettez à votre côté de l’accord – donc nous garantir l’accès au marché international et nous ouvrir la possibilité de transférer de l’argent – alors nous sommes tout de suite prêts à réduire nos activités nucléaires’. En effet, ces sanctions causent de nombreux morts en empêchant notamment l’importation de médicaments qui sont urgemment nécessaires pour traiter les malades iraniens ».

Tim Guldimann estime que les pays européens – accompagnés par la Chine et la Russie qui ne veulent pas provoquer de conflits avec les Etats-Unis – vont invoquer le paragraphe 56 de l’Accord: « C’est un texte qui permet de faire pression sur l’un des côtés de l’Accord, s’il ne remplit pas ses obligations. La partie iranienne ne remplit pas ses obligations en ce qui concerne les activités nucléaires, mais il n’est pas question aujourd’hui de parler de l’autre côté, c’est-à-dire la question économique. Maintenant, on essaie de forcer l’Iran à réduire son activité nucléaire et, si ce n’est pas le cas d’ici un ou deux mois, l’affaire va être rapportée automatiquement devant le Conseil de sécurité et, par des voies automatiques, les sanctions vont être réimposées à l’Iran. Cela va donner à ces sanctions une légitimité du droit international public, ce qui force aussi les autres pays –Suisse incluse – à les suivre ».

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