Publié par Abbé Alain Arbez le 20 janvier 2020

Le 23 avril 2007, en présence des 500 invités de la Mission d’Israël à l’ONU, l’Ambassadeur israélien Itzhak Levanon a demandé à l’abbé Alain-René Arbez de prononcer le discours d’entrée, pour montrer l’évolution des relations entre chrétiens et juifs.

Parce que Dreuz est censuré pour le crime de désaccord avec la gauche, suivez notre fil Twitter, et retweetez-nous. C’est un important geste de résistance pour faire circuler vos idées.

Excellences, Mesdames, Messieurs,

Il m’a été amicalement offert de vous adresser quelques mots en cette soirée du Yom Ha atsmaout, en tant que délégué catholique aux relations avec le judaïsme. 

Et, heureux de vous saluer, j’aimerais rappeler ici très brièvement quelques encouragements essentiels concernant le lien christianisme-judaïsme, dont les enjeux s’avèrent être de première importance dans notre actualité.

Aussitôt après le cataclysme de la Shoah, les Eglises ont bien dû repenser leur relation au peuple juif et – au-delà de toute controverse – assumer leurs responsabilités. Vous savez que le grand tournant catholique dans ce domaine sensible a été Nostra Aetate, déclaration conciliaire de 1965. On a vu enfin abolie cette ancienne et horrible référence, doublement hostile aux juifs, (et qui n’était d’ailleurs pas une doctrine mais une coutume de pensée), la théorie accusatrice du déicide et de la substitution. 

A l’origine de ce processus purificateur honoré par Vatican II, Jean XXIII, qui avait su entendre l’émouvant appel de Jules Isaac à abandonner « l’enseignement du mépris ». Puis durant la dernière trentaine d’années, le mouvement de rapprochement judéo-chrétien a été puissamment poursuivi par la figure charismatique de Jean Paul II. Ce pape, conscient de l’importance – pour les chrétiens et pour les juifs – d’un retour à la fraternité originelle, a été celui qui à Mayence en 1980 rappelait que l’Alliance conclue par Dieu avec Israël n’avait jamais été abrogée ; il est celui qui en 1986, à la Synagogue de Rome affirmait que les juifs sont les frères aînés des chrétiens et que la foi juive est – à la différence des autres religions – intrinsèque au christianisme.

C’est dans ce sens que Jean-Paul II a toujours insisté pour dire que : « qui rencontre Jésus Christ rencontre le judaïsme »! On comprend alors la portée émotionnelle du geste du vieux pape introduisant sa prière entre les pierres du Kotel lors de son voyage à Jérusalem en l’an 2000 et sa visite à Yad Vashem pour honorer les victimes du nazisme.

Les documents officiels catholiques ont mis l’insistance sur la judéité de Jésus et de ses apôtres : par exemple le Notre Père qui est une prière entièrement juive. Ainsi, par le retour aux sources, s’est ouverte dans les milieux chrétiens une compréhension rénovée de la culture biblique. 

On le voit, des perspectives nouvelles existent et s’approfondissent, mais le poids négatif du passé s’exerce encore, c’est pourquoi la lutte contre l’antisémitisme et l’antijudaïsme ne doit jamais se relâcher. Il nous faut dénoncer les clichés, les slogans, les procès d’intention, les contresens, les contrevérités qui foisonnent à l’égard du peuple juif comme à l’égard d’Israël. 

En 2002 et 2004, deux événements sont encore venus renforcer cette démarche de clarification:

en 2002, le cardinal Kasper refuse, au nom de l’Eglise catholique, toute idée de conversion des juifs au christianisme. Il déclare : « Les juifs n’ont pas à devenir chrétiens pour être dans le salut de Dieu. S’ils suivent leur conscience et croient dans les promesses de Dieu telles que les comprend leur Tradition, ils sont par eux-mêmes dans la ligne de ce projet de Dieu qui selon nous trouve un accomplissement en Jésus Christ». 

Ensuite, en 2004, lors d’un symposium à Buenos Aires, la Commission Pontificale pour les Relations avec le Judaïsme déclare officiellement que l’antisionisme est inacceptable, car la plupart du temps il n’est que prétexte à banaliser la haine contre les juifs par la diabolisation d’Israël. Cela ne signifie évidemment pas la censure de toute liberté de critique envers le gouvernement israélien et sa politique, mais ce qui est surtout visé dans cette déclaration, c’est la mise en cause continuelle de la légitimité de l’Etat hébreu, reconnu par l’ONU en 1948, ainsi que la présentation partiale et unilatérale des événements du Proche Orient par les médias. 

Je cite la conclusion du symposium : « L’Eglise catholique reconnaît dans l’antisionisme une agression contre le Peuple juif en tant que tel ».

Aujourd’hui, nous fêtons la renaissance d’Israël en tant qu’Etat reconnu en 1948 par les Nations Unies. 

Je pense évidemment avec beaucoup d’autres que cette étape politique de 1948 n’épuise pas le sens spirituel d’Eretz Israël. L’Etat d’Israël ne se résume pas à un « après Shoah » comme on l’entend parfois, mais est l’aboutissement d’une légitime et profonde aspiration. Une ardente attente, manifestée au cours des siècles de dispersion des juifs. « L’an prochain à Jérusalem » : l’appel traditionnel résonne dans toutes les consciences juives, religieuses ou laïques. Voilà pourquoi la réémergence d’un Etat d’Israël est une étape symboliquement si forte après l’extermination des Juifs d’Europe menée par le 3° Reich ; mais cet appel au retour et à la renaissance d’Eretz Israel était déjà lancé au cours des générations antérieures, encouragé d’ailleurs par des chrétiens fervents ; cela d’autant plus qu’il y avait eu une présence ininterrompue de juifs sur leur terre, même depuis la destruction du Temple en 70 et les invasions successives qui ont bouleversé la Terre Sainte. 

J’aimerais conclure ce propos en citant le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, qui écrit ces paroles pleines de lucidité:

« C’est un fait aussi bien pour la foi juive que pour la foi chrétienne qu’il y a eu une fois et une fois seulement dans l’histoire de l’humanité, un pays, un pays bien déterminé, dont Dieu a pris possession pour toujours, comme étant Son héritage (1S, 26/19), Son pays (Jr 2/7), et qu’il a confié au peuple élu par lui Israël, comme étant Son propre peuple (Dt 1/36)… On ne peut guère mettre en doute que la fondation de l’Etat d’Israël soit liée à la promesse biblique de la terre ». 

Rappelons-nous que le Saint-Siège a signé sa reconnaissance de cet Etat dans un accord fondamental en 1993. Israël est un Etat démocratique aux multiples réalisations, une nation abritant plusieurs religions et ayant atteint une créativité de pointe dans de multiples domaines scientifiques.

En raison des nombreuses citations bibliques qui la fondent, la relation spirituelle entre le peuple juif et la terre d’Israël appartient substantiellement à la Révélation. De ce fait, elle concerne donc aussi les chrétiens qui partagent avec leurs frères juifs le premier Testament, comme l’a rappelé récemment le pape Benoît XVI qui continue l’action de son illustre prédécesseur. 

Ayons ce soir une pensée pour la paix dans cette région. Shalu shalom Ierushalaïm ! 

Que Dieu bénisse Jérusalem, capitale éternelle du judaïsme et qu’Il bénisse tout Israël, en tant que peuple et en tant que nation. 

Qu’Il bénisse tous les habitants sans exception de cette région et qu’Il leur inspire la paix. 

Bonne soirée à toutes et à tous !

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

Pour contribuer à Dreuz.info en utilisant votre carte de crédit sans vous inscrire à Paypal, cliquez sur ce lien Paypal.Dreuz, et indiquez le montant de votre contribution.


Soutenez Dreuz en partageant cet article

Partagez ce message !

Merci de cliquer sur J'aime pour soutenir Dreuz