Publié par Abbé Alain Arbez le 12 février 2020

Excellences,

Chers soeurs et frères, que la paix et l’amour du Christ soient avec vous tous.

Avant tout, je voudrai remercier le Gouvernement Hongrois, ici présent en la personne de son Excellence, le représentant du premier ministre, M. Tristan Azbej, d’avoir considéré l’importance d’une telle réunion. Il a eu la bonne idée d’inviter les Evêques et les pasteurs des Eglises du Moyen-Orient pour leur offrir son soutien et écouter leurs voix, étouffées par les médias jugulés par les intérêts politiques des nations puissantes et leurs visées géopolitiques, sans tenir compte de la profonde souffrance des chrétiens, due aux injustices qui leur sont infligées un peu partout dans les pays où ils sont minoritaires.

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C’est la raison pour laquelle nous avons immédiatement accepté cette invitation si significative, et nous sommes très confiants et rassurés de nous trouver parmi vous, chers sœurs et frères ! Nous sollicitons votre aide pour les chrétiens de Syrie, ce qui les aidera à vivre dans leur patrie ancestrale, et à poursuivre leur mission dans cette terre bénie, témoin des premiers pas de l’Eglise Apostolique Universelle.

La souffrance quotidienne de ces chrétiens comporte deux faces :

  • une souffrance matérielle qui, nous l’espérons, sera bientôt terminée,
  • et une souffrance morale et existentielle due au défi, tribut de la survie de l’Eglise Apostolique présente en Syrie depuis 2000 ans.

Cette très ancienne Eglise, profondément enracinée en Syrie depuis les premiers mois de son existence, fut édifiée par les Apôtres eux-mêmes. Cette Eglise-mère est actuellement menacée de disparition. En plus de la tristesse de ses dirigeants et de celle des nombreux évêques à travers le monde, qui ont le souci de l’Eglise Universelle, il faut rappeler qu’aujourd’hui tous les évêques et les Pasteurs vivants, ne peuvent oublier qu’ils sont eux aussi les successeurs de ces mêmes Apôtres. Ils sont en vérité les descendants des fidèles et tributaires de cette première communauté de braves croyants en Jésus-Christ.

Cette communauté fidèle a appris à travers les âges comment résister et comment lutter courageusement pour survivre jusqu’à nos jours présents, pleins de misère et d’affliction. Il est évident à nous tous que ce qui menace le plus son existence, est le départ d’un grand nombre de ses membres, et disons-le clairement, l’exode meurtrière de son propre peuple. C’est un moment tragique de son existence qui la fait saigner au risque de disparaître.

En fait, nos fidèles, Dieu merci, jouissent ces jours-ci de la sécurité nécessaire et d’une aide humanitaire raisonnable qui s’accroit de jour en jour. Mais ce dont ils ont pourtant besoin actuellement, et d’une façon toute spéciale, c’est que la paix soit rétablie de nouveau et que les ONG qui viennent pour aider, les aident à rester dans leurs maisons et leur terre si généreuse. Ils doivent les aider à rester et à se stabiliser dans leur pays au lieu d’encourager leur immigration vers l’Occident. C’est la raison pour laquelle nous avons osé inviter un certain nombre de nos émigrants à rentrer chez eux, malgré toutes les contrariétés que nous avons eu à affronter pour cela, comme vous pouvez le constater dans les lignes suivantes.

C’était en 2017, la nuit du 27 Janvier, je n’arrivais pas à dormir de toute la nuit ! Une décision devrait être prise avant 9 heures du matin. Devrais-je ou pas faire l’annonce du nouveau projet que j’avais en tête concernant la conduite de notre jeunesse confrontée à un choix difficile pour son avenir : soit d’aller à l’étranger et émigrer vers l’un de ces nombreux pays de l’Ouest prêt à les accueillir, ou de résister et continuer à vivre dans leur foyer et leur propre cité ancestrale, là où ils sont nés et ont ouverts leurs yeux pour découvrir une belle localité où il fait bon vivre. Bien sûr, cette belle localité est devenue misérable et d’une certaine manière pitoyable mais reste malgré tout, la leur.

Devrais-je ou pas faire l’annonce de ce nouveau projet qui vise à aider un certain nombre d’émigrants à rentrer chez eux, et peut-être persuader d’autres qui cherchent à aller vers l’extérieur, à se calmer et à reconsidérer leur choix. Ce projet de retour a été intitulé « Alep vous attend ».

Mon problème, comme vous pouvez l’imaginer, est lié à l’impact d’une telle décision ! Je craignais d’être considéré comme un homme stupide allant à l’encontre du courant, une sorte de Don Quichotte qui agit contrairement au ‘’politiquement correct’’, habituellement suivi. Tout le monde est en train de chercher à faciliter le départ des Chrétiens et vous Mgr. Jean, vous osez prétendre que vous serez capable d’aider les gens à retourner chez eux ?

Je priais et demandais au Seigneur, durant cette longue nuit, de m’aider à découvrir Sa Volonté et la voie à suivre. Soudain, pendant que je priais et réfléchissais, j’ai ouvert le Saint Evangile et j’ai eu devant mes yeux le chapitre 5 de Saint Luc (4-9) racontant la pêche miraculeuse ! C’était un signe évident du ciel m’intimant à aller de l’avant mettant toute ma confiance dans le Seigneur Tout-Puissant, qui fait des miracles et rend toute chose possible, malgré tous les obstacles, les contraintes pratiques et les contrariétés politiques.

Dieu merci, cette action a été couronnée de succès et m’a donné satisfaction plus que je ne m’y attendais. Le bureau en charge de ce projet a été capable d’aider beaucoup plus de retours que le nombre escompté pour un début de campagne. Beaucoup de personnes dans la ville ont commencé à hésiter quant à quitter le pays. Plusieurs de ceux qui contestaient cette initiative vinrent demander aux responsables de ce programme d’aider l’un ou l’autre de leurs proches à rentrer chez eux. En Décembre 2017, S.E. Mr. Victor Orban m’invita à venir le visiter à Budapest. Il m’accueillit chaleureusement et me tendit la main pour offrir à l’avantage de nos différents projets humanitaires la belle somme de 2 millions d’euros. Il le fit de sa propre initiative comme une aide du bien-aimé peuple Hongrois aux chrétiens de mon Eglise souffrants à Alep. Cette aide providentielle a été une aide significative conséquente aux bons résultats de notre action durant ces deux dernières années.

Je dois dire que je n’avais rien demandé à S.E. Mr. Victor Orban, et je dois reconnaître que ce fut un geste plein de générosité qui m’avait réconforté et rendu très heureux ! C’était la première fois qu’on me faisait une donation sans préambules et sollicitations. Est-ce que c’est le Seigneur qui me l’a envoyé pour me rappeler qu’Il continuait à pourvoir son Eglise de prodiges et de pêches miraculeuses. Que Dieu bénisse son Messager et lui donne une longue vie pour le bien-être de nos chers frères hongrois. Je considère que la générosité de la Hongrie, qui ne représente même pas les 2% des capacités occidentales, envers les Chrétiens en détresse, met cette nation en tête des nations européennes donatrices.

Je suis sûr que vous vous demandez pourquoi j’insiste sur le problème de l’émigration oubliant, pour ainsi dire, la vie difficile de notre peuple en ces moments tragiques ? Je vous prie de ne pas penser que je ne prends pas soin de la vie quotidienne de notre pauvre peuple, si vous demandez à notre ‘’bureau d’aide humanitaire’’, vous pourrez être informé sur les 22 programmes de différents genres d’aide que nous offrons régulièrement à nos chrétiens à Alep. Mais je considère quant même que l’émigration est un fléau meurtrier qui frappe nos Eglises en Syrie. Et peut- être elle risque de condamner à mort la mission de notre communauté d’être le témoin de Notre Seigneur Jésus-Christ dans cette région du monde, où des milliers de personnes nous attendent depuis 14 siècles, pour nous entendre parler du Christ Jésus, en ces temps nouveaux où la parole devient de plus en plus libre grâce aux médias désormais incontrôlables, et à travers lesquels nos frères sont aujourd’hui facilement en mesure d’écouter la ‘’bonne nouvelle’’, mais ils ont besoin en même temps de rencontrer les chrétiens qui vivent à leurs côtés et qui témoignent de leur foi dans leur quotidien. S’ils ne sont pas là pour les aider à découvrir dans la vie de chaque jour ce que signifie être Chrétien, tout ce qu’ils pourront entendre dans les social-médias demeurera une image virtuelle éphémère qui disparaîtra avec l’apparition d’une information successive.

Dans cette situation critique que nous confrontons, nous chrétiens de Syrie, témoins de l’héritage que nous ont laissé les Apôtres qui avaient établi notre Eglise juste après la Pentecôte, nous sommes confrontés à un dilemme ardu et décisif : abandonner tous nos efforts et nous soumettre à la fatalité des événements qui nous accablent, ou bien réagir fermement et résister courageusement avec la grâce de Dieu et nos modestes moyens, pour contrer cette hémorragie, en nous engageant à agir pour dissuader les gens de quitter, tout en persuadant et encourageant un certain nombre de ceux qui ont quitté, à revenir, sans oublier, ce que cette pesante, exceptionnelle et difficile tâche peut nous coûter.

Malgré tout, nous avons décidé de relever le défi, persuadés que nous sommes d’être lié par l’engagement que nous avons pris de rester fidèle à notre rôle en temps que descendants et héritiers des premiers croyants convertis au Christ dans le monde.

On ne doit jamais oublier que l’Eglise de Syrie est un témoignage vivant de la continuité de l’Histoire Sainte de deux Alliances, l’Ancienne établie avec Abraham, Père des croyants et la Nouvelle en Jésus-Christ Sauveur du monde. Ce fait pourrait constituer un autre argument à développer pour les théologiens. Ce joint entre les deux Alliances a été réalisé par nos ancêtres, ces Juifs de la diaspora qui vivaient en Syrie, le jour où la Divine Providence les a guidés vers Jérusalem pour participer au pèlerinage traditionnel de la célébration Juive de la Pentecôte et ont été à cette occasion bénie, les premiers baptisés comme nous le rapporte le chapitre (II) des Actes des Apôtres. Ce fut un moment historique, extraordinaire, quand le Peuple Choisi de l’Ancienne Alliance rejoignit celui de la Nouvelle Alliance par le Baptême. Cet événement extraordinaire représente une autre raison significative pour nous, les fils de ces premiers croyants, pour faire tout notre possible en vue d’aider nos Chrétiens à rester là où le Seigneur les veut pour être les témoins de sa Résurrection.

D’autre part, si j’insiste sur le devoir missionnaire de nos Chrétiens Arabes, c’est parce que je sens que c’est probablement dans ce but que le Seigneur nous a aidés à survivre jusqu’au temps présent. En effet, il faut reconnaître que personne ne peut accomplir cette mission mieux que nous. Nous avons la confiance de nos frères Musulmans, avec lesquels nous savons vivre, nous somme originaires du même pays, nous ne sommes pas des intrus, nous avons le même langage, la même histoire, la même culture, les mêmes ambitions nationales, nous vivons ensemble et pouvons échanger avec beaucoup d’entre eux amicalement et en toute confiance. Dites-moi, de grâce, quelle meilleure préparation peut être donnée à un bon missionnaire envoyé dans un pays Musulman ?

Je vous remercie pour l’attention et l’intérêt que vous prêtez à la présence des Chrétiens dans le pays où l’Eglise a vu le jour pour prendre son essor en Occident et dans le monde.

Budapest, le 24 Novembre 2019

Jean-Clément JEAMBART, Archevêque d’Alep

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