Publié par Jean-Patrick Grumberg le 20 février 2020

Hier avait lieu un important débat de la primaire Démocrate : c’est la première fois que l’arrogant milliardaire Mike Bloomberg, un obsédé du climat et de l’interdiction des armes, se frottait à ses concurrents. Pour dire les choses gentiment, ça s’est mal passé…

Dans mon titre, je pose la question : l’argent peut-il acheter une élection présidentielle ? C’est ce qu’entend faire Bloomberg. Il a annoncé avoir l’intention de dépenser 2 milliards de dollars de son argent personnel (il pèse 64 milliards et il ne les a volés à personne : c’est un self-made-man qui a mis au point un logiciel qui fournit des données boursières), pour se faire élire, (il a déjà dépensé 500 millions et nous ne sommes qu’à la seconde primaire).

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Par comparaison, le président Trump, qui a financé seul sa campagne, a dépensé 57 millions, au total.

La stratégie Bloomberg est la suivante : il ne participe pas aux débats, il ne participe pas aux élections primaires secondaires, il attend le « super-Tuesday », le 3 mars, où le plus grand nombre de délégués sont à gagner. Le reste du temps, il inonde les médias de campagnes publicitaires. Il veut gagner par l’argent. Immoral, mais pas illégal.

Le parti Démocrate a changé les règles de participation aux débats, et c’est pourquoi Bloomberg était présent, hier à Las Vegas. Pardonnez-moi l’expression : il en a pris plein la gueule.

Punching ball

Les coups sont venus de partout, mais Elisabeth Warren a été la plus brutale.

  • Warren:

« J’aimerais parler de celui contre qui nous nous présentons : un milliardaire qui traite les femmes de grosses nanas et de lesbiennes à face de cheval », a dit Warren. « Non, je ne parle pas de Donald Trump. Je parle du maire Bloomberg. »

  • Amy Klobuchar a ensuite frappé :

 » Bloomberg se cache derrière ses publicités télévisées » a dit la candidate, et elle a dénoncé les appels lancés par la campagne Bloomberg pour qu’elle et d’autres candidats plus modérés abandonnent, afin de le laisser s’opposer à Sanders.

  • Warren, sur la clause de confidentialité qu’il faisait signer à ses employées féminines et les accusations de sexisme dont il est la cible :

« Il a fait signer des clauses de confidentialité à un certain nombre de femmes sur la discrimination sexuelle et le harcèlement sexuel. Monsieur le maire, êtes-vous disposé à libérer ces femmes de leur clause de confidentialité pour que nous puissions entendre leur version des faits ? »

Pour toute réponse, Bloomberg lève les yeux au ciel, refuse la demande de Warren, et ajoute « nous avons très peu de clauses de confidentialité, et aucune des femmes ne m’accuse de quoi que ce soit, à part peut-être les blagues que je raconte ».

Précisons tout de même, car je ne suis pas ici pour défendre ou enfoncer Bloomberg, que toutes les grandes entreprises font signer une clause de confidentialité à leurs employés. Mais sa réponse est désastreuse.

  • Joe Biden, concernant la politique « arrêt et fouille » des noirs lorsque Bloomberg était maire de New York, et pour laquelle il n’arrête pas de s’excuser (alors qu’il défend depuis 15 ans l’efficacité de cette pratique).

 » Ce n’est pas que vous vous excusiez ou non, c’est la décision de l’avoir fait. … c’était en fait une violation de tous les droits des gens ».

  • Warren:

« Les Démocrates prennent un risque énorme si nous remplaçons un milliardaire arrogant par un autre. »

  • Pete Buttigieg :

« La plupart des Américains ne voient pas où est leur place s’ils doivent choisir entre un socialiste [Bernie Sanders] qui pense que le capitalisme est la racine de tous les maux et un milliardaire [Bloomberg] qui pense que l’argent devrait être la racine de tout pouvoir ».

Warren encore :

« Les Démocrates ne gagneront pas si nous avons un candidat qui a l’habitude de cacher ses déclarations d’impôts, de harceler les femmes et de soutenir des politiques racistes comme le « redlining » [refuser d’accorder des prêts immobiliers dans des quartiers délabrés] et le « stop and frisk. » [ordonner à la police d’arrêter et fouiller les noirs et les latinos qui paraissent suspects]

Bloomberg n’a pas cru devoir se préparer

Plusieurs commentateurs politiques s’étonnent que Mike Bloomberg n’était pas prêt, pour son premier débat. Il aurait dû savoir que les sujets qui fâchent allaient lui sauter au visage, disent-ils. J’interprète cela comme le signe d’un homme qui vit totalement déconnecté du monde, et qui, chaque fois qu’il ouvre la bouche, montre qu’il se considère tellement au dessus de la mêlée, tellement supérieur au commun des mortels, qu’un Obama à côté de lui passe pour un homme humble et discret.

« Il n’était pas prêt pour ce qui l’attendait », a déclaré Jennifer Palmieri, ancienne conseillère du président Obama et d’Hillary Clinton. « Débattre à ce niveau est une chose vraiment difficile à faire. Et il n’avait pas l’air d’apprécier beaucoup – et il n’était pas très bon ».

« C’était assez étonnant de voir Michael Bloomberg incapable de se défendre contre des attaques qu’il savait venir lors du débat d’hier soir » a déclaré Bill O’Reilly.

« Il a sûrement compris qu’Elizabeth Warren, qui pense que le droit à un procès équitable est une blague et que toutes les allégations de « mauvaise conduite » doivent être considérées comme des faits, le martèlerait sur la question des femmes. Il a fallu à Warren une dizaine de secondes pour le faire.

Et le maire Mike a été idiot de penser que s’excuser pour « Stop and frisk » « arrêt et fouille » des noirs, allait marcher. Hé, Mike, tes adversaires ne veulent pas te fouiller, ils veulent te détruire ! »

Conclusion

Bloomberg est le grand perdant de ce débat. Globalement, ce n’est pas facile, pour les concurrents Démocrates, d’expliquer aux Américains qu’ils vont les protéger d’une économie qui marche à plein régime. C’est pour cela que les modérateurs n’ont pas évoqué une seule fois la bonne santé de l’économie, la hausse des salaires et le taux très bas du chômage.

Certains persiflent et disent comprendre pourquoi Bloomberg n’a pas participé aux débats précédents. Je ne crois pas qu’il soit fini, mais je pense que les sondages qui le mettent très haut, et la propagande médiatique qui veut éliminer Sanders et voit que Biden s’écroule, ne sont que du vent. La réalité se révélera lors des votes du 3 mars.

Joe Biden continue à s’enfoncer doucement. Warren, pour moi, est dehors, même si elle a bien joué sa carte.

Le socialiste Sanders ressemblait à Fidel Castro. Il a l’air aussi fanatique et dangereux que d’habitude – ses fans adorent – je doute fortement que l’Américain moyen, Démocrate ou indépendant, apprécie, et le parti Démocrate le sait parfaitement, qui tente par tous les moyens d’éjecter cet homme qui n’est même pas un Démocrate !

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