Publié par Jean-Patrick Grumberg le 20 février 2020

Les parlottes n’ont jamais remplacé les actes. Les juifs l’apprennent à leurs dépens, car « la France ne parvient pas à lutter contre la montée de l’antisémitisme« .

C’est la conclusion d’un rapport inédit (1) qui a duré deux ans sur l’antisémitisme dans 11 pays européens, réalisé par Raymond Kelly, ancien commissaire de la police de New York, à la demande de Ronald Lauder, ancien ambassadeur des États-Unis en Autriche. Et pourtant, cette conclusion n’est pas exacte. Il est faux de dire que la France ne parvient pas à lutter. Il serait plus juste de dire qu’elle ne fait pas grand-chose.

Lorsqu’en 2015, après une vague d’attaques mortelles à Londres, à Paris et à Copenhague, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a dit aux juifs que leur place était en Israël, le président français Hollande a déclaré « votre place est ici, chez vous. La France est votre pays », puis il a vaqué à ses autres occupations. Rien ou presque n’a été fait.

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Le gouvernement français n’a pas réagi à la violence et au harcèlement presque constants à l’encontre des Juifs français

Dans son rapport, Kelly conclut que la menace qui pèse sur les 300 à 450 000 Juifs de France, la troisième plus grande communauté du monde (après Israël et les États-Unis), est la plus « aiguë ».

  • Les attaques et les menaces contre les Juifs français ont augmenté de 74 % entre 2017 et 2018,
  • Les données préliminaires pour le premier semestre 2019 indiquent une « nouvelle intensification », avec une nouvelle augmentation de 75 % l’année dernière.
  • Les estimations officielles de quelque 500 attaques et actes antisémites par an sont « notoirement sous-déclarés », selon l’étude, qui soutient qu' »aucun individu responsable ou même représentant du gouvernement n’accorde beaucoup de crédit à ces chiffres ».

Kelly et deux collègues enquêteurs, David Cohen et Mitchell D. Silber, tous deux anciens hauts responsables de la lutte antiterroriste du NYPD, reprochent au gouvernement français de ne pas avoir réagi à la violence et au harcèlement presque constants à l’encontre des Juifs français.

La France « fait très peu pour donner aux juifs français l’assurance qu’ils seront protégés de manière durable contre le harcèlement et/ou la violence verbale et physique auxquels ils sont confrontés », écrit l’ancien commissaire de la police de New York, Raymond Kelly.

Une réponse inadaptée

La France a d’abord réagi de manière excessive aux attentats de 2015 au supermarché Bataclan et Hypercacher, mais elle a sous-réagi depuis. Ce que le rapport appelle les déploiements de mobiles « catch-as-catch-can » de la police pour protéger les synagogues et autres installations juives « n’assurent que peu ou pas de présence policière et de dissuasion ».

Pour justifier cette indifférence et ce que le rapport appelle la réponse « inadéquate » des secteurs public et privé à la menace croissante, Paris se cache derrière son « attachement de pure forme à la laïcité française ».

Les demandes de financement public supplémentaire pour remédier aux lacunes en matière de sécurité seraient probablement rejetées, se sont plaints d’éminents juifs français à l’équipe de Kelly, car l’establishment français interprète l' »idéologie de laïcité » du pays comme signifiant que l’État « ne peut accorder une attention « spéciale » à un groupe ethnique ou religieux plutôt qu’à un autre, même face à des menaces ou des dangers disparates ».

Cela se traduit par « faire très peu pour donner aux juifs français la certitude qu’ils seront protégés de manière durable contre le harcèlement et/ou la violence verbale et physique auxquels ils sont confrontés », écrit Kelly.

L’antisémitisme français est le résultat de l’histoire, de l’économie et d’une démographie atones

« La plus grande menace de violence » contre les Juifs français émane de la radicalisation de certaines parties de la population musulmane française en pleine croissance

Les Juifs sont aujourd’hui confrontés à la haine provenant de trois sources principales.

  1. Premièrement, la vieille « souche » de l’extrême droite.
  2. La deuxième menace vient de la gauche – « la classe intellectuelle/universitaire, [qui] dirige ses vues anti-israéliennes et pro-palestiniennes sur les Juifs français par le biais de protestations et de l’ostracisme social des Juifs, même professionnels ».
  3. Troisièmement, le rapport souligne que « la plus grande menace de violence » contre les Juifs français émane de la radicalisation de certaines parties de la population musulmane française en pleine croissance. Les attaques antisémites et le harcèlement verbal sont particulièrement prononcés dans les régions où les Arabes des classes moyennes et ouvrières vivent côte à côte avec les Juifs. Ces résidents « à risque » représentent un tiers de la population juive française.

Depuis le début du 21e siècle et jusqu’à ce jour, le premier groupe n’a pas touché un seul cheveu d’un seul juif. Son antisémitisme n’a pas varié depuis les années 50 : c’est celui des mots. Et ils ont conscience qu’être antisémite est moralement répréhensible.

Le second groupe a cru trouver un parfait alibi pour cacher sa haine des juifs : Israël. Les masques sont tombés depuis longtemps, mais ils feignent de l’ignorer.

Le dernier groupe en revanche est en pleine croissance. Il hait autant les juifs que les nazis les haïssaient.

Les juifs qui le peuvent s’échappent

En réaction, les Juifs français ont commencé à émigrer, soit vers Israël, soit vers des villes et des quartiers français plus sûrs. De nombreux juifs français plus aisés ont établi une double résidence en Israël ou dans d’autres pays. Alors que le flux d’émigration vers Israël s’est ralenti à 2 500 l’année dernière, après un pic de 9 000 en 2015, entre 3 000 et 5 000 Juifs français émigrent chaque année vers la Grande-Bretagne, l’Australie, les États-Unis et ailleurs – un exode « significatif ».

Les enfants juifs abandonnent l’école de la République

70 % de tous les Juifs d’âge scolaire, une proportion parmi les plus élevées d’Europe, ne peuvent plus fréquenter l’école publique

Pour protéger leurs enfants, les Juifs français ont largement abandonné les écoles publiques.

Environ 70 % de tous les Juifs d’âge scolaire, une proportion parmi les plus élevées d’Europe, fréquentent désormais des écoles religieuses. Les programmes sportifs sont aussi de plus en plus souvent des matchs réservés aux Juifs, tout comme les événements culturels. Les communautés juives comptent sur des « bénévoles » pour assurer la sauvegarde des 300 synagogues et autres institutions juives de France. Leurs effectifs, leur organisation et leurs infrastructures ont été « dépassés par la croissance de la menace antisémite ».

Un avenir sombre

Bien que le rapport n’exhorte pas les Juifs à émigrer, il suggère un avenir sombre pour ceux qui restent, étant donné la croissance prévue de la population musulmane. La population musulmane française s’élève aujourd’hui à quelque 6 millions de personnes et une récente étude de Pew prévoit une augmentation de 50 % d’ici 2050, même sans immigration supplémentaire.

Le rapport recommande plus d’une douzaine de mesures que le gouvernement et les Juifs français pourraient prendre pour réduire la menace. Il demande instamment à la principale organisation de sécurité juive, le Service de protection de la communauté juive, de créer un centre d’opérations de sécurité, qui puisse surveiller les caméras de sécurité dans les synagogues et autres grands centres juifs, et de créer une « unité de prévention du crime » pour examiner la sécurité des lieux juifs.

Dans l’ensemble, cependant, le rapport est pessimiste : « Cet antisémitisme plus enclin à la violence est certain de s’aggraver ».

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

  1. https://nypost.com/2019/11/21/1-in-4-europeans-hold-anti-semitic-beliefs-new-survey-finds/

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