Publié par Gaia - Dreuz le 22 février 2020

Source : Rtbf

La jeune femme de la photo s’appelle Mathilde Frances. Elle est née en 1932. Sa famille, juive, est originaire de Salonique. De 1942 à 1944, elle a vécu cachée avec sa mère dans une maison de la place Sainte-Véronique à Liège.

Son père et son frère étaient planqués quelques pâtés de maisons plus loin, rue de Serbie. Toute la famille échappera au pire. Mathilde, qui est décédée il y a un peu plus d’un an, a eu deux enfants. Aujourd’hui, son fils et sa fille,  retraités, ont posé les pieds dans ses pas. Ils sont à la recherche des traces de l’histoire vécue par leur mère.

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Aux Archives du Royaume, à Bruxelles, Jacques Klapholz ouvre un vieux dossier. Il y reconnaît le visage d’une jeune femme souriante : « Ah voilà. Une photo de notre mère. Il y a son adresse. C’est incroyable. » Au Cegesoma, toujours à Bruxelles, il découvrira aussi une fiche où sa mère est inscrite comme Juive. 

Après la rafle de Bruxelles

La famille de Mathilde Frances était installée à Bruxelles. Originaires de Grèce, les Frances ont des papiers italiens. Ca leur permet d’échapper aux rafles d’août et septembre 1942. Mais il faut quand même partir. Bruxelles est devenue trop dangereuse. Le père a une relation de travail à Liège, quelqu’un qui est prêt à aider des Juifs. C’est à Liège que les Frances iront se cacher. Et c’est aussi à Liège que Jacques Klapholz et sa soeur Marie-Simone Sztern débutent leur voyage de la mémoire.

Place Sainte-Véronique, Jacques et Marie-Simone s’arrêtent devant une vitrine. Pendant la guerre, ce commerce était une épicerie. Ils désignent une fenêtre au premier étage. C’est de là que leur mère regardait la rue et la maison d’en face. L’épicerie est devenue librairie. Le libraire nous laisse entrer pour voir. 

L’escalier au fond de l’épicerie

Dans l’arrière-boutique, un vieil escalier sculpté monte vers les appartements. « C’est un moment très émouvant de penser que ma mère et ma grand-mère ont monté et descendu cet escalier dans la clandestinité la plus absolue pendant deux ans. On voulait être physiquement là. Et puis après, on cherche des documents pour étoffer son témoignage. »

Mathilde Frances a laissé une version écrite de son histoire de petite Juive clandestine. Ce témoignage, Jacques Klapholz et Marie-Simone Sztern voudraient le publier. C’est pour ça aussi qu’ils tentent de retrouver des traces matérielles et des documents écrits. Il faut faire parler les archives. C’est difficile.

Le Registre des Etrangers garde trace du passage des Frances par la Belgique. Une trace un peu sèche. Ce sont des papiers administratifs jaunis. Des adresses, quelques photos d’identité, des tampons et des empreintes digitales. Les enfants de Mathilde Frances recherchent un document en particulier : une lettre de dénonciation.

Où trouver une simple lettre dans ce monceau d’archives ?

Pendant leur séjour caché à Liège, deux facteurs se présentent rue de Serbie. Ils ont intercepté une lettre de dénonciation : « Un Juif venu d’on ne sait où se cache… ». Comme elle a été interceptée, cette lettre est restée sans effet. Et puis, comme nous l’a expliqué l’historien du Cegesoma Fabrice Maerten, ces lettres étaient tellement nombreuses et à ce point peu crédibles que les Allemands les ont très vite négligées.

Des lettres de dénonciation, Jacques Klapholz et Marie-Simone Sztern ont pu en voir quelques dizaines dans un dossier préparé pour eux au Cegesoma. Des écrits minables, à l’orthographe parfois incertaine, mais la leur ne s’y trouve pas. « Les archives peuvent être cruelles » remarque Bernard Wilkin, historien aux Archives de l’Etat à Liège. « Parfois, on n’y trouve rien. Mais ici, on peut récolter des informations sur le contexte, notamment sur le service D, l’organisation de facteurs résistants qui interceptait les courriers de dénonciation ».

Cachées à Liège par une dame… allemande !

Mathilde Frances et sa mère Buena restent cachées deux ans au-dessus de l’épicerie de la Place Sainte-Véronique. La dame qui les héberge est allemande. C’est le paradoxe de cette histoire. « Elle est allemande » précise Jacques Klapholz, « mais je me souviens très bien du témoignage de mon oncle : elle vomissait les nazis ! »

« Ca donne encore un aspect particulier à cette affaire » commente Fabrice Maerten. « La guerre est souvent beaucoup plus complexe qu’on ne le croit. Il y a des gens de bonne volonté de chaque côté. » Ces gens de bonne volonté, le fils et la fille de Mathilde Frances voudraient aussi les retrouver, eux ou au moins leurs enfants ou petits-enfants : « Ils ont sauvé quatre personnes. Et non seulement ces quatres personnes, mais aussi tous leurs descendants » conclut Jacques Klapholz. 

Jacques Klapholz, aujourd’hui retraité, a émigré en Israël dans la première moitié des années septante. Il a mené une carrière de diplomate. Sa soeur Marie-Simone Sztern vit à Paris. Elle a travaillé dans le domaine de la communication.

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