Publié par H16 le 27 février 2020

La République est véritablement en Marche et comme ce sont bientôt les élections municipales, elle a décidé de trottiner vers les campagnes et la ruralité où deux problèmes sont véritablement prégnants et où deux ministres se sont donc lancés dans la bataille.

Les deux problèmes ruraux sont de taille. D’un côté, on le sait : à la campagne, les cafés ferment. De l’autre, on le sait aussi : il est devenu impossible de se passer de la voiture, et le permis de conduire y est vu comme le sésame pour une liberté de mouvement et une possibilité économique non négligeable.

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Dès lors, devant ces deux gros problèmes, il fallait répondre avec deux clowns ministres de gros gabarit : c’est chose faite avec Édouard Philippe d’un côté et Bruno Le Maire de l’autre. Rien de tel que lancer le premier ministre et celui de l’Économie dans le micro-management économique pour donner toute sa saveur à l’actuelle campagne municipale.

En plus, le micro-management, c’est bien connu, ça marche du tonnerre de Brest, d’autant plus lorsqu’il concerne l’économie, domaine de prédilection et véritable violon d’Ingres de nos deux ministres. Jugez plutôt : entre les performances véritablement exceptionnelles d’Édouard lorsqu’il était maire du Havre et qui lui aura valu une jolie lettre de recommandation de la Cour des Comptes – sans même évoquer son phénoménal succès de réduction des Comités Théodule, et le parcours remarquable de Bruno comme ministre (que ce fut à l’Agriculture où il découvrit ce qu’était un hectare, ou à l’Économie actuellement où il fait de véritables merveilles), tout concourt à placer ces deux têtes de gondole sur ces sujets à la fois proches du peuple et particulièrement adaptés à la puissance intellectuelle qu’ils sauront déployer.

Et d’ailleurs, question puissance intellectuelle, ça ne loupe pas.

Côté cafés, tout se déroule comme prévu : j’avais dans un précédent billet noté l’initiative de cette association tentaculaire, le Groupe SOS, dont les accointances nombreuses et purement liées au hasard avec l’actuel pouvoir ne pouvait qu’apporter d’heureuses initiatives en faveur des commerces de nos campagnes.

À l’époque, j’avais cependant noté que les cafés et bars rencontraient des difficultés à se maintenir dans les campagnes tant la bureaucratie délirante, les contrôles et les contraintes se multipliaient à leur détriment. Heureusement, cette notion semble avoir pénétré les hautes sphères, jusqu’au premier ministre qui a ainsi, dans un éclair de génie assez typique de l’élite éclairante qui nous gouverne, décidé d’attribuer gratuitement des Licences IV par douzaines.

Outre un timing particulièrement bien choisi alors que l’alcoolisme continue de poser problème sur les routes de France (notamment les rurales), on appréciera de voir enfin un petit bout du problème de bureaucratie galopante vaguement réglé par Édouard au profit de cette fameuse association qui entend aider nos campagnes.

Réjouissons-nous : le hasard, les coïncidences et la chance continuent donc d’opérer magiquement pour certains dans ce beau pays.

Parallèlement, Bruno n’est pas en reste puisqu’il a décidé de continuer la magnifique impulsion de mai 2019 portant sur le Plan Permis De Conduire, que j’évoquais déjà ici. Ce plan, on s’en souvient, s’inscrit dans une longue liste de plans et venait après le plan vélo (indispensable pour lutter contre le chômage, l’insécurité, le terrorisme et la pauvreté), le plan chaudières (impérieux pour lutter contre le chômage, l’insécurité, le terrorisme et la pauvreté), le plan petit-déjeuner (incontournable pour lutter contre le chômage, l’insécurité, le terrorisme et la pauvreté), le plan cabines de douches (inévitable pour lutter contre le chômage, l’insécurité, le terrorisme et la pauvreté).

Il faut dire que le permis de conduire est une véritable industrie en France : entre le passage dudit permis qu’il faut organiser et qui (surprise !) coûte une blinde à l’État, le code de la route qui n’en finit pas (étonnement !) de grossir d’années en années avec l’ajout de listes de plus en plus extensive des mesures écologiques, de sécurité et de citoyenneté et, bien évidemment, les contraintes techniques, sociales et administratives des auto-écoles, elles aussi (stupéfaction !) soumises à la bureaucratie délirante, au règne du cerfa rigolo en triplicata et à l’arbitraire administratif français, bref, avec tous ces différents paramètres, le passage du permis coûte fort cher (surprise, étonnement, stupéfaction !).

Heureusement, les connaissances approfondies en économie de Bruno Le Maire entrent ici en jeu : par le truchement d’une nouvelle contrainte administrative qui vise à obliger les auto-écoles à proposer un contrat type, notre minustre imagine qu’il va parvenir à faire baisser les prix.

Eh oui : comme les consommateurs (ces petits mammifères un peu stupides) seront enfin informés, forcément, ils pourront comparer, ce qui n’était pas possible avant l’intervention quasi-divine du politicien. Et comme ils pourront comparer, forcément, il y aura de la concurrence. Et (puissance de la maîtrise des bases de l’économie par Bruno Le Maire) comme il y aura de la concurrence, forcément, il y aura baisse des prix.

C’est absolument imparable.

Le fait que les prix des prestations auto-écoles soient énormément contraints par les charges sociales, les normes (sociales, d’hygiène et de sécurité, techniques, j’en passe) et les réglementation administratives ainsi que les coûts fixes inhérents à cette activité ne semble absolument pas traverser l’esprit primesautier de notre bondissant ministre. Il convient sans mal que passer le permis, en France, ce n’est ni simple ni bon marché. Mais cela ne l’empêche pas d’imaginer qu’on peut en sabrer 30% des coûts sans grand problème, avec cette naïveté qui serait touchante chez un gamin de 8 ans mais qui reste pathétiquement consternante pour un grand dadais de 50 ans.

Aucun doute : nos ministres ont du talent, tant Édouard, qui feint de croire que la gratuité de la licence IV permettra d’ouvrir des cafés par trouzaines, que Bruno qui explique qu’on peut ainsi baisser d’un tiers le prix d’une prestation par simple imposition des mains politiciennes sur le sujet.

Pas du talent en économie, bien sûr, mais en prestidigitation, en show-business, en communication, dans l’art consommé de faire passer des petits mouvements de bras comme une action concrète et des vessies pour des lanternes.

Joli spectacle de paillettes et d’esbroufe, dont le ticket a été payé par le contribuable.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © H16. Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur (son site)

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